LIBERTE – La dignité perdue (et revendiquée) de la presse

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La démarche, outre qu’elle suppose, en effet, une dignité perdue, fait d’elle un attribut que les pouvoirs publics et, accessoirement, nos employeurs pourraient nous décerner ou nous retirer.
Ce ne devrait pas être le cas, si l’on convient que la dignité est d’abord un mode de conduite, une morale, qui émane de soi. L’individu, ou le groupe, a le choix de rester debout ou de se coucher, même contraint d’affronter les circonstances d’infortune et les velléités d’avilissement des grands despotes et des petits tyrans.
À moins de considérer qu’elle se mesure à la seule grille des salaires et à l’échelle des avantages sociaux, la dignité procède de sa foi avant de relever de la revendication sociale ou politique.
Pourquoi ne pas commencer alors à s’adresser à nous-mêmes, et ensuite à nos employeurs, avant de succomber au réflexe de “revendiquer” à l’État.
Le pouvoir n’est pas adepte de vérité et de liberté d’informer. Le pouvoir est obligé de souffrir la presse écrite privée variable contraignante ; il n’est pas là pour ajouter de l’honneur à ce qu’il considère comme un regrettable fait accompli historique.
Cherchons alors, d’abord en nous, la source de notre dignité. Et nous verrons, peut-être, à quel point nous l’avons compromise. Révisons notre comportement, si l’honneur est comportement avant d’être un droit.
Commençons par imposer le respect à nos “sources”, devenues nos gourous ; refusons de délivrer aux lecteurs, dont la confiance nous fait vivre et exciter, toute information qui vise à les tromper et le sincère fruit de notre quête de vérité ! Donnons de la dignité à notre métier avant de nous l’offrir comme un luxe de caste en refuser, par exemple, qu’un fabricant de “cashir” ou de jus de fruits, qu’un opérateur de téléphonie, qu’un corps constitué puisse nous décerner “un prix du meilleur article” ou “du meilleur journaliste” et n’acceptons que les reconnaissances mutuelles entre consœurs et confrères ! Commençons par refuser les pacotilles et les humiliants couffins qu’on nous remet en fin de séance ou de visite de sites et de salons. Commençons par boycotter les “opérateurs” qui mettent en bas du carton d’invitation la mention : “un buffet est prévu à la fin de la présentation” !
Commençons par obliger nos patrons, qui parfois nous disputent ces cadeaux corrupteurs, à ne pas tolérer les prises en charge corruptrices du monde des affaires et financer, dans l’autonomie, la mission de collecte d’information pour laquelle ils nous ont recrutés ! Dénonçons ces “économies” d’éditeurs qui nous livrent à la “prise en charge” de sponsors intéressés par notre capacité à abuser le lecteur et jusqu’à faire assurer une “formation” de journaliste par un mécène téléphoniste qui gagnerait à améliorer les standards de qualification de son propre personnel !
Nous nous revendiquons – revendiquions, en fait – de Djaout, Mekbel et d’autres aînés martyrs. Ni la terreur ni la répression des autres ne les a empêchés de vivre, et de mourir, dignes.
Notre dignité, c’est d’abord notre éthique.