Libye : Congrès Mondial Amazigh, lettre ouverte aux membres de l’OTAN et principalement aux trois Etats directement impliqués dans la chute du régime de Kadhafi (France, Grande Bretagne, USA)

20

LIBYE (Tamurt) – Sous mandat de l’ONU, l’Otan a contribué de manière déterminante à la chute du régime dictatorial de Kadhafi et à la libération du peuple libyen. La justification proclamée de cette intervention était la protection des populations et l’instauration de la démocratie. L’écrasante majorité des populations de toutes les régions du pays ont souhaité et accueilli avec joie les frappes de l’Otan contre les points stratégiques de l’armée de Kadhafi et toutes les composantes de la société libyenne ont pris part activement à leur révolution. Les Amazighs de l’Adrar Nefussa et des autres régions ont joué un rôle décisif dans la chute de la dictature et la libération du pays.

Le 23 octobre dernier, jour de la proclamation officielle de la libération de la Libye, on s’attendait à ce que les nouvelles instances annoncent les étapes d’un processus démocratique. Au lieu de cela, le président du Conseil National de Transition (CNT) annonce publiquement que le pays sera régi par le régime de la charia islamique, ce qui signifie l’instauration d’un régime théocratique radical, c’est-à-dire tout le contraire de la démocratie.

Cette surprenante déclaration du président du CNT a été fortement dénoncée par une partie de la société libyenne et en particulier par les représentants des organisations amazighes libyennes car elle ne correspond en rien aux principes du droit universel ni aux objectifs démocratiques prévus.

Le 22 novembre 2011, le nouveau premier ministre, M. Abdel Rahim Al-Kib, annonce la composition du premier gouvernement provisoire de la Libye libre. Ce gouvernement ne comprend aucun représentant des régions montagneuses de Nefussa et de Zwara, Ghadamès, Oubari, Ghat, Aujila mais y figure Fathi Terbel qui a eu l’occasion de déclarer publiquement son hostilité aux Amazighs et à leur culture. Les représentants de ces régions ont immédiatement exprimé leur indignation et déclaré leur non reconnaissance de ce gouvernement illégitime.

Nous sommes très inquiets de cette mise à l’écart des populations autochtones de Libye qui pourraient subir à l’avenir, le même sort que leur réservait le régime de Kadhafi. L’APMM et le CMA ne sauraient accepter une telle situation qui nous ramènerait en arrière, comme s’il n’y avait pas eu de révolution, comme si tous les sacrifices ont été consentis en vain.

Si les pays occidentaux qui ont permis la libération de la Libye ne montrent pas leur attachement effectif aux valeurs démocratiques et au respect des droits humains lors de la mise en place du nouveau régime, cela confirmerait l’idée que leur intervention était motivée uniquement par la mainmise sur les richesses naturelles du sous-sol libyen.

Il est donc impératif et urgent pour les membres de l’OTAN et de l’ONU, d’agir fermement pour protéger les populations autochtones amazighes contre les abus des nouveaux gouvernements et veiller à la mise en place de la démocratie effective pour tous. Le droit international l’exige, la stabilité de ce pays l’impose.

Paris, 2/12/2011

Jean LASSALLE, Président de l’APMM

Fathi NKHLIFA, Président du CMA

Copie : M. Ban Ki-Moon, Secrétaire Général de l’ONU