L’opposition kabyle, 1e partie : Point de vue d’un militant autonomiste

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CONTRIBUTION (Tamurt) – En dépit de leurs programmes indéniablement d’essence démocratique et moderniste que nul ne peut leur dénier, leur obsession à vouloir devenir des partis « nationaux » oblige néanmoins ces deux partis à prouver continuellement leur « patriotisme national » au détriment de la valorisation de la spécificité de la Kabylie dans l’ensemble national où, justement, ils n’arrivent pas à obtenir de résultats probants. C’est que les faits sont têtus ! nul ne pourra nier que, quelle que soit la stratégie adoptée depuis près de 50 ans pour le premier et de plus de 20 ans pour le second, le FFS et le RCD sont restés des partis kabyles qui n’arrivent pas à s’implanter ailleurs qu’en Kabylie.

Au-delà du fait que la stratégie participationniste adoptée par nos partis kabyles soit très étrange, dans le sens où tout le monde connait le crédit qu’il y a lieu de donner aux élections en Algérie, à l’image de la « dernière fraude du siècle » comme l’a dit le président du RCD lui-même ou de toutes celles qui l’ont suivie ou précédée, cette stratégie à laquelle le FFS et le RCD souscrivent  » de fait « , en rentrant dans le jeu électoral du pouvoir, a eu comme revers pour ces 2 partis un recul de leur propre formation dans leur fief naturel ! Et plus grave, à l’échelle de la Kabylie, c’est cette stratégie participationniste qui a permis aux machines électorales du régime de s’offrir des APC en Kabylie, un environnement qui leur avait toujours été hostile.

Aussi, à moins d’accepter de « passer par pertes et profits », ces organisations, d’obédience indéniablement kabyle, n’ont pas d’autres choix que de s’assumer en tant que telles, c’est à dire en tant que partis kabyles dans un ensemble national, certes, mais bien spécifiques. Ces formations n’ont aucun autre choix si elles veulent avoir un avenir politique dans une Algérie qui leur a toujours tourné le dos et qui, à ce jour, continue de le faire.

En réalité, le régime raciste d’Alger a déjà remporté la bataille idéologique face à nos partis kabyles. En effet, les thématiques qui ont toujours constitué la ligne de démarcation, entre « la famille qui avance et la famille qui recule », est évacuée du débat politique. Ni le FFS, ni le RCD ne font plus aucune allusion aux questions qui fâchent en Algérie et surtout pas à celles qui menacent directement la Kabylie dans son existence même, c’est-à-dire la politique d’arabisation, la dékabylisation de l’Histoire et de la société kabyle, la laïcité, le statut de la langue amazighe, le système éducatif et le code de la famille… tout cela est mis aux oubliettes des discours de nos deux partis. « L’opposition » est bel et bien muselée et ne s’exprime plus que pour des questions liées au déroulement des scrutins électoraux, tandis que les questions qui fâchent, et qui ont fondé l’existence même de ces partis, sont allegrement évacuées …

Il est désespérant de voir que même la solidarité identitaire devient problématique, voire même politiquement…incorrecte, puisque, hormis le MAK, aucune de nos formations kabyles ne s’est, par exemple, portée solidaire de nos frères amazighs de Libye. « Alger capitale de la culture arabe » n’a pas non plus indigné nos formation politique kabyles à l’exception, encore une fois, du MAK qui avait condamné et dénoncé cette provocation, la qualifiant « d’entreprise infâme visant à humilier les amazighs d’Algérie ».

Après avoir défendu le concept absurde d’une « arabisation de qualité », un véritable défi au bon sens, le plus vieux parti d’opposition boude tout ce qui a trait à la question identitaire. Dans la vaine tentative de gagner la sympathie du reste des Algériens, la structure du FFS brille par son absence systématique aux commémorations des printemps de Kabylie. Le Printemps Amazigh et le Printemps Noir ne conviennent pas, il est vrai, à qui veut se débarrasser de l’étiquette kabyle, obstacle majeur au destin national qu’ils n’atteindront jamais. L’implantation géographique du FFS, comme du RCD, est en ce sens sans appel. Ces partis n’existent concrètement qu’en Kabylie et dans les grandes villes à très forte diaspora kabyle, essentiellement à Alger.

Plus grave encore, le FFS s’est spectaculairement distingué au pire des moments ; durant le printemps noir, en réponse à la demande du gouvernement algérien pour établir un accord d’association avec l’Union Européenne, celle-ci (l’UE) a exigé du gouvernement algérien la prise en considération des droits du peuple amazigh en Algérie. Plus royaliste que le roi, c’est le FFS a dénoncé l’EU, surpassant le régime raciste d’Alger dans ses réactions épidermiques dès lors qu’il s’agit de la question identitaire.

Le FFS a eu l’audace (et le déshonneur) de nier purement et simplement l’existence des peuples amazighs en Algérie. L’affirmation d’une négation aussi flagrante venant, de surcroit, d’un parti à ancrage kabyle, a comblé le régime raciste d’Alger au-delà de tous ses espoirs, car lui-même n’aurait jamais pu, à ce point, nier une réalité inscrite par ailleurs dans sa propre constitution ! Et c’est là que l’on se dit que le mal est vraiment profond ! Comment le FFS a-t-il bien pu en arriver là ? Comment peut-il en arriver à nier l’existence de peuples amazighs en Algérie sous le prétexte fallacieux et hypocrite qu’il n’y a qu’un seul peuple en Algérie: le peuple algérien… mais alors lequel ? Et qui sont donc ces Kabyles, ces Mozabites, ces Touaregs, ces Chaouis, et tous ces amazighs d’Algérie ? Ou alors, est-ce le fameux concept « d’arabisation de qualité » si chère au FFS qui débaptisera ceux qu’il se refuse de nommer et qui les dissoudra dans une masse arabe et islamique que l’on appelle le « peuple algérien ».

Le FFS se fait le gardien du temple, le gardien de « l’Algérie une et indivisible », clairement définie dans une unicité arabe et islamique telle que prévu par les lois de la République Algérienne avec une petite référence au passé « révolu » des amazighs … histoire de faire taire un peu ces primitifs qui osent se réclamer d’une culture et d’une identité antéislamique.
En dépit du bon sens, ce parti, indéniablement kabyle, s’inscrit en porte à faux avec une Algérie plurielle et tourne honteusement le dos aux revendications légitimes des Amazighs d’Algérie et des kabyles en particulier. Le parti de Hocine Ait Ahmed pense pouvoir séduire les Arabophones en ignorant les Kabyles qui constituent pourtant la base même de son parti. Peine perdue, aux yeux des non Kabyles, et quelle que soit la stratégie adoptée, y compris pour un KDS de haut niveau comme Ouyehya, un Kabyle restera toujours kabyle.

En quête de l’inaccessible dimension nationale, le FFS est allé jusqu’à faire dans le recyclage des anciens démons du parti unique. Ainsi, MEHRI et HAMROUCHE, ces deux piliers du FLN, ces artisans de l’arabisme d’Etat, ne sont-ils pas devenu les alliés du FFS ? Personne n’a pourtant oublié le silence des nouveaux amis du FFS devant le massacre de la jeunesse kabyle durant le tragique Printemps Noir. Le glorieux passé historique de Hocine Ait Ahmed et le caractère démocratique et laïc de sa formation politique sont des gages de respectabilité pour les arabistes et autres islamistes en attente de présider aux destinées de l’Algérie. En retour, le FFS, lui, est en perte de vitesse en Kabylie et reste irrémédiablement inexistant ailleurs en Algérie…Désormais, on ne peut plus prétendre changer l’Algérie tout en faisant office de « machine à laver » du système.

Quant au RCD, issu du MCB, il s’est radicalement métamorphosé à partir de 1999. Les positions adoptées par ce parti vont à l’encontre de tout ce qu’il avait été. Eradicateur acharné, il se retrouve à soutenir la « concorde civile » de Bouteflika non sans l’avoir qualifié trois mois auparavant de « OJNI » (objet juridique non identifié) alors que c’était le RCD qui avait appelé à la formation des groupes d’autodéfense contre les bénéficiaires de cette même concorde, c’est-à-dire les terroristes islamistes.
Autre attitude défiant le bon sens: après avoir boycotté la « dernière fraude du siècle », le RCD participe au premier gouvernement de Bouteflika et siège avec les islamistes du MSP et les autres baathistes du régime qu’il combattait du temps où le RCD accordait ses actions avec ses idées. Et plus grave encore, il a fallu attendre que le 42ème martyr kabyle tombe sous les balles assassines du pouvoir dont le RCD faisait partie pour qu’il se retire du gouvernement de Bouteflika.