Lors d’une conférence-débat – Nourredine Aït-Hammouda à Tizi-Ouzou : « le pire est à venir »

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TIZI OUZOU (Tamurt) – Le conférencier est même allé jusqu’à prédire l’échéance où la Kabylie entrera dans une nouvelle phase infernale. Selon le député du RCD, ce pire arrivera dans cinq ans au plus tard. Sans le dire explicitement, Nourredine Aït-Hamouda a quand même laissé entendre qu’il s’agit d’une violence multiforme, qui pourra comporter un conflit armé. Sans prendre de gants, le fils du colonel Amirouche a accusé le pouvoir incarné par le président Abdelaziz Bouteflika et son premier ministre, Ahmed Ouyahia, d’être directement responsable du désastre qui s’est abattu sur la Kabylie où se mêlent la corruption, les détournements, l’insécurité, le sabotage économique, l’absence de projets et de perspective, la débauche, la saleté, l’islamisme salafiste, l’impunité et tant d’autres maux faisant le malheur de la région.

À propos de la saleté de la capitale du Djurdjura devenue à présent légendaire, le conférencier dira : « La ville de Tizi-Ouzou est devenue une poubelle à ciel ouvert ». Sur ce même volet d’hygiène, le député du RCD révèlera que pour les 1200 villages que compte la wilaya de Tizi-Ouzou, plus de 2000 décharges publiques à ciel ouvert sont enregistrées. Cette catastrophe écologique menaçant directement la santé des citoyens, le député du RCD l’impute à l’antikabylisme qui prévaut dans les cercles du pouvoir. Sur ce volet environnemental, c’est le sénateur Mohamed Ikherbane qui prendra la parole pour revenir sur l’affaire du projet du PNUD qui devait faire bénéficier la wilaya de Tizi-Ouzou d’une aide financière canadienne, mais qui, hélas, a été bloqué par un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères.

Reprenant la parole, Nourredine Aït-Hamouda parlera de l’absence de l’État à Tizi-Ouzou dans une intervention où les services de la police et de la gendarmerie seront mis au pilori. Commençant par l’extraction de sable, le conférencier dira en s’appuyant sur des données chiffrées que jadis, il y avait cinq sablières qui procédaient légalement à l’extraction de sable au niveau de l’oued Sébaou. « Aujourd’hui, soutient-il, ces entreprises ont cessé leurs activités. Cependant, il existe cinq fois plus de sablières qui font l’extraction de sable illicitement », révèle le député du RCD pour affirmer ensuite que « derrière chaque sablière, il y a un gendarme ».

Le prétexte de la menace terroriste avancé par les gendarmes pour justifier leur inertie face aux activités maffieuses et hors la loi est fallacieux selon le conférencier. « Ces camions transportant le sable passent par au moins cinq barrages de la gendarmerie », soutient le conférencier pour prouver que l’extraction illicite et exagérée du sable au niveau de l’oued Sébaou est dictée par une réalité de gros sous et que les bénéficiaires sont « des intouchables ». Nourredine Aït-Hamouda a également averti que si l’extraction de sable continue à ce rythme effréné, il n’y aura plus d’eau dans l’oued Sébaou dans quelques années seulement avec toutes les conséquences qui s’en suivront.

Poursuivant son discours sur l’existence de cercles maffieux au sein des services de sécurité, le vice-président de l’APN parlera de deux policiers exerçant leurs compétences à Iferhounène. « En un laps de temps de deux années seulement, ces deux policiers ont acheté 38 voitures », révèlera-t-il pour dire ensuite qu’il était prêt à témoigner sur cette affaire. « Et avant de me présenter au tribunal, ajoute le conférencier, je rendrai d’abord mon immunité parlementaire ». Un autre responsable de police a réussi à se faire plus d’un million de DA par mois par le racket et d‘autres méthodes immorales avant d’être muté ailleurs. À entendre le conférencier, certains fonctionnaires de police et de gendarmerie sont pourris jusqu’à la moelle.

À propos des gigantesques détournements opérés à la SONATRACH, le fils du colonel Amirouche dira que non seulement les proches de Bouteflika et des enfants des membres du gouvernement sont directement impliqués dans cette affaire, mais que les plus grands coupables sont toujours en liberté. Ce qui veut dire que les personnes arrêtées ont joué un rôle minime par rapport à ceux qui ne sont pas touchés par la justice dans cette escroquerie du siècle dont est victime le peuple. Dans l’affaire Khalifa, le fils du colonel Amirouche dira également que des enfants des membres du gouvernement et de généraux sont impliqués jusqu’au cou. « Chiche, qu’on aille donc chercher Khalifa pour apporter son témoignage », lance le conférencier comme un défi pour prouver que ses dires sont fondés. Dans le projet d’autoroute est-ouest, les détournements d’argent et les vols commis peuvent donner aussi le tournis à un citoyen honnête et innocent. Toute cette gabegie, le député du RCD l’impute à la politique suivie par le duo Bouteflika-Ouyahia. La construction de l’autoroute est-ouest, le conférencier la situera dans un contexte régionaliste et imputera la culpabilité au président de la République. « On peut rallier Oudjda à partir d’Alger au bout de quatre heures de voiture alors qu’on met cinq heures entre Tizi-Ouzou et Alger », ironisera le député du RCD pour signifier que le président Bouteflika nourrit beaucoup plus de sympathie pour Oudjda que pour Tizi-Ouzou.

Abordant le sujet de l’islamisme, le conférencier criera au danger et, en même temps, pointera du doigt les principaux instigateurs : Bouteflika et Ouyahia. La djellaba portée par Ahmed Ouyahia à la grande mosquée d’Alger à l’occasion de Leïllat El kadr n’a pas échappé à l’attention du fils du colonel Amirouche. Il interprète ce geste comme une nouvelle stratégie basée sur l’opportunisme outrancier du premier ministre algérien. Selon le conférencier, la campagne de salafisme menée en Kabylie peut entraîner de lourdes conséquences si la Kabylie ne lui oppose pas un front de résistance unifié. Nourredine Amirouche ne manquera pas de parler de l’affaire d’Aghribs et des deux hommes d’Ain El Hammam arrêtés pour non-observation du jeûne ainsi que de celle des deux autres personnes arrêtées à Béjaïa pour le même motif. À propos de l’affaire d’Aghribs qui vient de connaître un rebondissement aux grandes dimensions, le conférencier reviendra sur la genèse de l’affaire. « Au début, soutient-il, une dizaine de Salafistes ont décidé d’imposer un changement des règles de pratique de l’islam aux habitants de ce village, lesquels ont manifesté leur refus. Un peu plus tard, ces Salafistes ont agressé physiquement trois jeunes de ce village. Ils les ont carrément passés à tabac. Les victimes ont alors déposé plainte contre eux à la brigade de gendarmerie de Fréha. Quelques jours plus tard, ces mêmes gendarmes ont convoqué les trois victimes au lieu d’interpeller les agresseurs. Suite à cela, tous les habitants d’Aghribs sont descendus à la brigade de gendarmerie de Fréha pour soutenir leurs trois concitoyens. Le responsable de la brigade de gendarmerie a ensuite alerté le commandement du groupement de Tizi-Ouzou par le biais d’un rapport lui signalant que les habitants d’Aghribs envisagent d’incendier non seulement la mosquée d’Aghribs, mais aussi le siège de brigade de la gendarmerie de Fréha. » Concernant les personnes arrêtées pour non-observation de jeûne, le conférencier a non seulement souligné son indignation et celle de sa famille politique, mais a déclaré également qu’il était hors de question « que nous admettions ce genre d’incartades et de dépassements ». « Il faut combattre le salafisme : », a appelé le fils du colonel Amirouche. « S’il y a des islamistes dans les rangs des services de sécurité, soutient le député du RCD, la faute est au pouvoir. Dans ce cas, nous nous défendrons avec nos moyens appropriés ». Continuant sur sa lancée, le conférencier mettra en avant le grand paradoxe existant entre l’insécurité régnante en Kabylie et son quadrillage militaire.

Le conférencier reviendra ensuite sur le livre du Dr Saïd Sadi intitulé « Amirouche : une vie, deux morts et un testament » : « Plus de 75.000 exemplaires ont été vendus », révèle Nourredine Aït-Hamouda avant d’ajouter que ce livre sortira dans la version arabe avant le mois de novembre prochain. « Par ailleurs, ajoute-t-il encore, Saïd Sadi sortira un autre livre traitant justement de ce livre qui a dérangé certains ». Le fils du colonel Amirouche n’a pas raté l’occasion de fustiger ceux qui ont dénoncé le contenu du livre relatant la vérité concernant la mort du colonel Amirouche. Le député du RCD est revenu aussi sur le douloureux épisode relatif à la séquestration du cadavre de son père. À titre de rappel, le colonel Amirouche a été tué sur dénonciation de certains responsables algériens par l’armée coloniale à Boussaâda et son corps a été transféré à Alger où il fut séquestré à la caserne Ali Khodja. Sur ce chapitre aussi, le conférencier n’a pas manqué de souligner que la Kabylie est aussi haïe que jalousée. Au passage, il cite des noms, dont celui du grand antikabyle, Mahsas. Ce personnage a, selon le fils du colonel Amirouche, volé les deniers du FLN en bons suisses en 1956, d’où son arrestation. À l’ouverture du débat, le conférencier répondant à une question sur le motif de l’exclusion de cadres et militants du RCD dira : « le motif n’est rien d’autre que le vol ». Il a cité à titre d’exemple le nom d’un homme, aujourd’hui responsable de wilaya de Tizi-Ouzou. « Un homme peut faire de la politique en ayant de la morale », dit le conférencier.

Notons enfin que le député du RCD a affirmé que Madame Khalida Toumi, la ministre de la Culture, aura une surprise lors de la prochaine session de l’APN à l’occasion de la présentation de son projet de loi stipulant que tout projet relatif à la production et au tournage d’un film sera soumis au préalable à l’autorisation gouvernementale.

Said Tissegouine