L’union du Maghreb Arabe: Une insulte pour le passé et un affront pour l’avenir !

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Contribution (Tamurt) – En effet, le faux pas a été commis dés le départ et l’union fut élaborée non dans un quelconque souci de coopération inter états, mais dans la puérile intention de satisfaire le lobby arabo-baathiste qui semblait alors, plus que jamais empressé à forcer les prénuptiales d’une intégration régionale dans l’espoir de faciliter, au moment opportun le parachèvement d’une union arabe. L’UMA (Union du Maghreb arabe) n’est de ce fait qu’une manœuvre de plus dont l’illégitimité et l’archaïsme transparaissent de sa dénomination même. Au lieu d’opter pour une identification géographique intégrante au travers d’une circulation fluide des biens et des personnes, ce projet ne visait apparemment que le maintien du statut-quo, la consécration institutionnelle de l’exclusion, du déni culturel et identitaire de la berbérité. L’attribut « Arabe » qui fut « marcotté » au sigle en est une preuve irréfutable.

L’UMA est de ce fait le fruit amer du nationalisme expansionniste arabe, qui a eu la malchance de naître à l’instant même où les nationalismes fascisants s’éteignaient et se démodaient partout ailleurs dans le monde. Ses précurseurs n’avaient pas écumé moult chemins avant de dresser les remparts de leur future nation arabe. Au lendemain de la Première Guerre mondiale (1918), il s’est confirmé la fin et l’émiettement de l’empire ottoman. Le réveil identitaire arabe s’étant constitué en parallèle avec le rejet de la tutelle turque. Les communautés arabes se sont donc approprié « la souche » comme marqueur identitaire censé contrebalancer celui de la religion. La présence de nombreuses minorités chrétiennes au moyen orient fut l’autre élément qui a motivé ce repli sur la
« Qawmeya » la souche et la langue; le tout à demi dénudé de références confessionnelles.

Il s’est avéré toutefois que la voracité de ce nationalisme ne diffère en rien des aînés hitlériens et fascistes. Ses avidités expansionnistes n’étaient-elles pas fondées sur la confiscation de l’héritage de l’empire musulman dont faisait partie l’Afrique du Nord? Ainsi, un ensemble pluriculturel et pluriethnique qui n’avait d’autre raison d’être que l’appartenance à la foi musulmane s’est vu tout d’un coup, métamorphosé en projet politique d’obédience nationaliste arabe. La partie occidentale du khalifat désignée jusque-là par « Maghreb musulman » occident par opposition à l’orient, s’est transformé extraordinairement en Maghreb ARABE! Une appellation aussi étrange que discriminatoire qui ne repose sur aucun fondement historique ou réalité sociologique.

Aussi bien dans ses soubassements idéologiques que dans les moyens qu’il met en œuvre, le Baath arabe n’a donc rien à envier au nazisme hitlérien. En rejetant tout culture ou système de valeurs qui ne seraient pas le sien, il n’a pas hésité à falsifier l’histoire, en reniant tout ce qui ne confirme pas la légitimité de son projet totalitaire. L’intox et le mensonge et autres amalgames sont ses armes de choix. « El harbou khidaa » : soutiennent-ils, car évidemment, leur guerre à eux qui vient de commencer justifierait tout les moyens. La foi musulmane qui autrefois, servait de trait d’union entre les différents peuples de l’empire n’a du reste pas été épargnée dans cette escalade fascisante. Le panarabisme en a fait un redoutable dispositif d’assimilation culturelle et d’arabisation forcée. L’amalgame étant délibérément entretenu entre arabité et islamité, et toute opposition ou rejet de la langue arabe est assimilé à l’apostasie.

Les minorités linguistiques et culturelles qui ont eu le malheur d’opposer une quelconque résistance tels les Kurdes, les Kabyles et les Berbères marocains et libyens subirent une répression cruelle. Optant pour une stratégie parasitaire, le Baath n’hésitera donc pas à conclure des alliances tacites tantôt avec les islamistes radicaux tantôt avec les militaires putschistes. Aussi, toute puissance qui serait à même de les propulser vers les rouages du pouvoir était la bienvenue. Le rêve d’une nation arabe homogène, débarrassée des minorités linguistiques et culturelles constitue pour eux un objectif suprême. Ceci étant, dans sa manœuvre expansionniste, le Baath a fait preuve d’inventivité en favorisant exclusivement le processus d’acculturation par l’assimilation volontaire ou forcée. Les différences sont appelées à s’effacer en se laissant absorber par la dualité arabo-musulmane. Ce sont à juste titre les multiples assauts exercés par le lobby baathiste qui ont généré l’Union du Maghreb Arabe; une entreprise raciste et discriminatoire basée sur le seul paramètre de la souche et qui constitue une offense à plus de 3000 ans d’histoire et de présence berbère.

La totalité des blocs régionaux qui se sont formés dans le monde a eu pour seul objectif une intégration très large de leurs diversités propres. C’est la raison pour laquelle ils ont eu recours à des dénominations intégratrices neutres. Les blocs communistes et libéraux s’étaient formés sur un critère strictement idéologique. L’Union européenne, L’OCDAO, L’ASEAN sont des ensembles régionaux dont les dénominations renvoient à des références géographiques neutres. Leurs précurseurs avaient compris que le chemin le plus court vers une consolidation régionale était celui qui tendrait à surmonter les clivages ethniques et culturels pour en faire des éléments de concorde et de rapprochement.

Ils s’enorgueillissent aujourd’hui de leurs réalisations, car, outre leur objectif initial de coopération, des zones comme l’Union européenne ont transformé des territoires qui jadis étaient minés par les guerres et les tensions, en de véritables havres de paix ou la prospérité économique et l’échange sont devenus des réalités palpables. Si la mondialisation apparaît comme un processus incontournable, le dialogue entre les cultures et le respect des différences semblent un passage inévitable dans un monde où cette ouverture sur l’extérieur est accompagnée par un réveil identitaire et la volonté de tout un chacun de se réapproprier son identité et sa culture. De par son histoire, l ‘Afrique du Nord a été, de tous les temps, un vrai carrefour humain et culturel. Des hommes et des valeurs s’y sont croisés et ont enrichi son socle berbère.

La quasi-totalité des documents historiques dont la déclaration du 1er novembre évoquait cette région par sa dénomination réelle et généreuse d’Afrique du Nord. Le premier mouvement indépendantiste qui a inscrit dans son programme une nécessaire intégration régionale fut dénommé l’étoile nord-africaine. Ne serait-il pas temps d’abroger l’appellation humiliante et frustrante de Maghreb et de réhabiliter la dénomination authentique d’Afrique du Nord? Celle ci recèle à elle seule une symbolique remplie de symbiose, d’hospitalité et de générosité. Quant au processus d’intégration, il devrait se faire sur des bases plus solides qui impliqueraient davantage la société civile. Un tel redressement aura en tout cas le mérite de conférer à la région son rôle séculaire de carrefour des valeurs et des hommes. Y a-t-il un autre rôle plus gratifiant que celui-là?

Mohand-Ali ALLIOUI
Doctorant en SIC à l’université de Provence