Mali : « Pour les intégristes, vénérer un saint, c’est porter atteinte à l’unicité de Dieu »

Pourquoi les islamistes s’attaquent-ils aux mausolées ?

Les mausolées de Tombouctou sont des tombeaux d’hommes vénérés pour leur foi et leur érudition. Ces saints ont souvent fait beaucoup pour leur lignée et leur communauté. Or, les différents groupes armés qui ont pris la ville en avril [Ansar Eddine et AQMI] prônent un islam très rigoriste. Ils estiment qu’Allah seul est saint.

Quand on voit les images de mausolées en miettes, on repense bien évidemment à la destruction, il y a une dizaine d’années, des bouddhas de Bâmiyân par les talibans en Afghanistan. Au Mali, ce qu’il y a de nouveau par rapport à l’épisode de 2001, c’est qu’il ne s’agit pas là de sculptures. Les islamistes s’en prennent directement à des symboles d’une religion musulmane qu’ils considèrent comme déviante.

Des islamistes d’Ansar Eddine attaquent un mausolée à la pioche, le 1er juillet.

L’interdiction des représentations est-elle inscrite dans le Coran ?

L’islam est généralement considéré comme iconoclaste, mais il faut nuancer tout cela car le Coran ne dit pas un mot des images. L’interdit se trouve dans les hadith, les propos prêtés au prophète Mahomet. Ainsi, on trouve des représentations humaines dans les châteaux du désert jordanien, pourtant des lieux de retraites datant de la première génération de l’islam, mais aussi des miniatures persanes qui représentent des visages, y compris celui du prophète.

En Afrique du Nord s’est installé un culte des saints, des marabouts, qui se voient ériger des mausolées. Ce culte se retrouve aussi au Pakistan, en Inde et dans d’autres pays, un peu comme dans le catholicisme ou dans l’orthodoxie. Simplement, les intégristes estiment que vénérer un saint c’est porter atteinte à l’unicité de Dieu.

Les autres religions ont-elle connu des épisodes iconoclastes ?

Si l’interdiction des images ne figure pas dans le Coran, on la retrouve à l’inverse communément dans la Bible et la Torah (« Tu ne te feras pas d’idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la erre », Exode, 20). Pour autant, l’interprétation des textes n’a pas été totale. Aucune religion n’est exclusivement iconoclaste ou iconolâtre.

Par exemple, le judaïsme n’est pas intégralement iconoclaste, puisqu’on a trouvé des mosaïques avec des représentations humaines et même divines – par exemple le dieu du soleil Helios – dans les angles du fronton de la synagogue de Capharnaüm, en Israël.

Le christianisme a, lui, été tantôt iconoclaste tantôt iconolâtre. Il y a eu deux grandes querelles iconoclastes aux VIIIe et IXe siècles après J.-C., surtout dans l’Eglise d’Orient. Mais le plus grand iconoclaste a sans doute été le protestant Jean Calvin. Au XVIe siècle, cet artisan de la Réforme a fait badigeonner à la chaux tous les murs des églises, supprimer les statues, les peintures et les vitraux. On remarque les mêmes contradictions dans le bouddhisme, où les temples zen japonais sont totalement dénudés, alors qu’au Tibet il y a des statues partout. Ce débat traverse donc bien l’ensemble des religions monothéistes.

Propos recueillis par Pauline Pellissier

Odon Vallet est l’auteur de Dieu et les religions en 101 questions-réponses (Albin Michel)