Dr Malika Baraka plaide pour la liberté des Kabyles

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Dr Malika Baraka Munich 2016 DR Tamurt

MUNICH (Tamurt) – La militante autonomiste, féministe Kabyle, Malika Baraka, médecin cardiologue à Paris, a été invitée par l’association « Amitié Allemagne-Kabylie », à la ville de Munich, au sud de l’Allemagne  dans le cadre de la célébration du printemps Amzigh d’Avril 1980. Elle a animé une conférence devant une nombreuse assistance composée d’Allemands et de Kabyles venus de plusieurs villes allemandes, de Suisse, de France, de République Tchèque et de Pologne

D’emblée, madame Baraka est revenu sur l’histoire de la Kabylie. Elle rappellera que «  le peuple kabyle est un peuple autochtone qui appartient à ce qu’on appelle les Amazighs, les premiers habitants connus d’Afrique du Nord.  Sa nature montagneuse et très boisée lui a permis de sauvegarder, sa culture, sa langue et son organisation sociale particulière en petites républiques que constituent les villages, un peu à l’image des cantons suisses.   L’islam a été probablement introduit tardivement par rapport au reste de l’Algérie, ce qui peut expliquer le rapport au religieux. Il s’agit non pas d’une laïcité telle qu’on l’entend en Occident mais d’une sorte de distanciation du fait religieux. Il existe deux institutions distinctes sur des sites différents du village, l’assemblée villageoise « Tajmaat » dans un lieu situé généralement au centre du village et où se traitent les affaires de la cité et la mosquée lieu de la spiritualité  et des cérémonies religieuses. Il est à noter un fait marquant qui montre l’attitude des Kabyles envers la religion, c’est l’accord signé au milieu du 18eme siècle par une confédération de villages autorisant l’exhérédation des femmes en complète opposition avec le droit musulman ». La conférencière est, devant une assistance attentive, remontée jusqu’à la période de l’invasion de l’armée française pour expliquer comment la Kabylie avait perdu sa souveraineté.

« En 1857, l’occupation française va bouleverser l’histoire de la Kabylie. Cette terre á forte identité située sur la rive sud de la méditerranée  a toujours réussi à maintenir son intégrité face aux multiples intrusions. C’est la  colonisation française porteuse d´une culture impériale avec imposition d’un pouvoir central de type jacobin  perpétué par le pouvoir algérien qui va lui associer l’hégémonie arabo- islamique. Les effets délétères de la déculturation  vont s´accélérer et se démultiplier avec les moyens modernes de communication.

La Kabylie ayant perdu son autonomie va entrer en résistance et dans une révolte cyclique amenant à chaque fois son lot de souffrances, mais toujours  tendue par l’espoir et la volonté  de retrouver son intégrité, sa dignité et sa liberté. Chaque étape de lutte se traduira de manière différente selon le contexte sociopolitique du moment. Les avancées seront d’importance inégale, il y aura des erreurs, des régressions mais la dynamique globale est dans la rupture progressive des liens qui l’entravent. Depuis plus d´un siècle, elle ne cessera pas de porter et de défendre les idées de liberté. C´est pour cela que contrairement a un discours que j´entend parfois, je pense qu´il  il faut parler de continuité des luttes kabyles même s’il y a eu des étapes marquantes dans cette quête de liberté. 2001 n´a été possible que parce qu´il y a eu1980  lequel n´a été possible  que grâce a 1949 », relata Malika Baraaka qui insiste sur l’enchainement des évènements tragiques et de protestations en Kabylie depuis 1962.   Pour toutes ses raisons, Malika Baraka estime que

Aujourd’hui, «  c’est le temps de l’affirmation identitaire kabyle. Les Kabyles parlent enfin d’eux mêmes sans complexes et disent ce qu’ils veulent faire de leur avenir mais on est encore loin de la réalisation de leurs projets. La marche du 20 avril dernier,  même s’il est difficile de tirer des conclusions des ces marches avec un biais lié à cette date anniversaire (on marche car est le 20 avril) , on peut dire que la militance kabyle a choisi le chemin de la prise en mains de la Kabylie de son destin et l’abandon de la thèse de solution par la démocratisation  d’un Etat Nation. Lequel Etat vient de montrer  une fois de plus son incapacité à changer la réalité linguistique en n’amorçant aucun changement institutionnel en faveur de la prise en charge réelle de la langue amazighe qui vient d’être reconnue comme

Dr Malika Baraka et Lyazid Abid, Munich avril 2016 DR Tamurt
Dr Malika Baraka et Lyazid Abid, Munich avril 2016 DR Tamurt

langue officielle dans la nouvelle constitution  mais avec un statut minoré par rapport à celui de la langue arabe ».

L’intervention détaillée de Malika Baraka a attiré l’attention de l’assistance jusqu’à la fin. Très lucide dans ces déclarations, son discours est  très structuré et surtout limpide. Plusieurs questions ont été posées sur l’assistance concernant l’avenir de la Kabylie. A la fin de la conférence, Lyazid Abid, vice président du GPK llui a remis un bouquet de fleur sous les applaudissements du public et le crépitement des appareils des photographes. La soiré est cloturée par le concert d’Akli D. au grand bonheur du public présent.

Nous publiereons prochainement  la conférence dans son integralité.

Lounès B 

Akli D a Munich avril 2016 DR Tamurt
Akli D a Munich avril 2016 DR Tamurt