Malika Matoub lors d’une conférence à Tizi-Ouzou : Le dossier Lounes Matoub est clos

23

TIZI-OUZOU (Tamurt) – Cette vérité, Malika Matoub l’a apprise ce matin même de la bouche du procureur général-adjoint près de la cour de Tizi-Ouzou. D’emblée, la conférencière a dénoncé cet état de fait et n’a pas caché ses soupçons quant à la volonté du pouvoir de classer définitivement cette affaire qui dure depuis 13 ans. Fidèle à ses premières positions concernant l’assassinat de son frère, Malika Matoub, qui est aussi, rappelons-le, présidente de la fondation portant le nom du défunt, a récapitulé par ordre chronologique tous les subterfuges et toutes les anomalies ayant trait à l’enquête de ce qui s’est passé en ce jour du jeudi, 25 juin 1998 à 13 heures et trente minutes à Thala-Bounane.

Elle a commencé par témoigner de l’appel téléphonique qu’elle a reçu juste quelques minutes après le crime où son interlocuteur lui affirma que l’auteur de l’assassinat était le Groupe Islamique Armé (GIA). « C’est à base de cet appel téléphonique que j’ai fait une déclaration à Antenne 2 où j’ai pointé un doigt accusateur vers le GIA », a souligné la sœur du Rebelle avant d’ajouter : « Le lendemain, en rentrant à la maison, tous mes proches m’ont fait le reproche d’avoir accusé le GIA sans pour autant avoir de preuves ». Malika Matoub dira ensuite que depuis leur rentrée à la maison, sa mère et elle-même, et ce, jusqu’au 28 juin, « nous avons été prises en otages par un parti politique ». Le nom de ce parti n’a pas été cité et ne sera jamais cité durant tout le long de la conférence.

La reconstitution des faits datant du 07 juin 2000 sera dénoncée par la conférencière puisque durant son déroulement, « en sus de l’absence des témoins principaux du crime, même la circulation automobile n’a pas été interrompue ». « Ma mère et moi avons saisi le magistrat de cette mascarade mais notre lettre resta morte ». La sœur du rebelle dira également avoir appris par le biais de la presse les aveux de sa belle-sœur Nadia selon lesquels son premier témoignage a été fait sous les pressions d’un parti politique. Idem concernant les premières assertions des autorités qui lui ont été adressées et selon lesquelles « le crime a été commis par des éléments appartenant à un groupe islamiste armé non identifié ». Les indices indiquant l’implication du pouvoir algérien dans ce crime que d’aucuns qualifient de « politique » abondent encore de la part de la conférencière.

En effet, elle affirmera avoir déposé, en date du 09 juillet 2008 avoir auprès du tribunal de Tizi-Ouzou, une liste de 33 témoins concernés par cette affaire et que plus tard, la liste sera portéé à 51 témoins. « Nonobstant cela, jusqu’à ce jour, on n’a entendu personne », clamera la conférencière. « Mais aujourd’hui encore, ajoute-t-elle, nous demandons toujours une enquête sur l’assassinat de mon frère ». Prenant la parole à son tour, M° Aïssa Rahmoune « démontrera » l’absence de volonté de l’Etat algérien à faire la lumière sur ces faits tragiques commis il y a de cela 13 ans sur la route d’Ath-Douala. Le conférencier tirera à boulet rouge sur le pouvoir algérien et selon ce qu’il semble « on veut assassiner une deuxième fois Lounès Matoub par ces procédures judiciaires contraires à la logique ». M° Aïssa Rahmoune informera l’assistance, fort nombreuse, qu’il s’agit de savoir si l’assassinat de Lounès Matoub est politique ou non. D’autres arguments « démontrant » la culpabilité du pouvoir seront également portés à la connaissance de l’assistance sous forme de questionnements.

En effet, le membre de la direction de la LADD dira : « Comment Lounès Matoub a été assassiné ? Pourquoi Lounès Matoub a été assassiné ? Par qui il a été assassiné ? Et pourquoi c’est suite à la crise au sommet de l’Etat et qui a coûté le départ de Zeroual que Lounès Matoub a été assassiné ? ». Sachant avoir captivé, presque hypnotisé l’assistance, M° Aïssa Rahmoune fera ensuite « le procès » de la justice algérienne qui est « indépendante dans la dépendance ». « L’horizontalité de la justice algérienne, (c’est-à-dire dans son sens réel de la justice) n’existe que lorsqu’il s’agit d’une affaire opposant deux simples citoyens », remarquera le juriste avant de faire ensuite le procès du pouvoir algérien. Sans prendre de gants, M° Aïssa Rahmoune dira « qu’on est sorti de l’état d’urgence pour vivre dans un état d’exception ». Le conférencier citera le cas des derniers faits tragiques commis à Azazga où « les militaires ont non seulement tué et blessé des personnes, ils ont aussi délesté un citoyen de son argent et son épouse de ses bijoux ». M° Aîssa Rahmoune dira également que « les faits exacts concernant cette affaire d’Azazga sont connus ». « Ce qui vient de se passer est édifiant et ne relève pas d’une bavure », précise le conférencier qui décide de revenir sur les faiblesses de la justice algérienne notamment dans l’affaire relative à l’assassinat de Lounès Matoub.

M° Aïssa Rahmoune dénoncera le fait de n’avoir pas réceptionné le témoignage des 51 témoins, notamment ceux qui ont fait des déclarations sur l’assassinat. L’accent sera surtout mis sur l’absence de curiosité de la justice sur les motifs de ceux qui ont manipulé l’information. Et pour mieux aider l’assistance à comprendre les choses, le conférencier citera Goebels qui a toujours conseillé de rechercher les bénéficiaires de la chose dans tout ce qui est opaque. Enfin, l’orateur plaidera pour la libération immédiate des deux présumés assassins du rebelle, en l’occurrence Medjnoun et Chenoui car « leur culpabilité n’est pas avérée ». En ce qui le concerne, le troisième intervenant, à savoir M. Farid Bouaziz, il fera l’éloge de son parti (FFS) et tirera naturellement à boulets rouges sur le pouvoir.

Addenda : Le rassemblement auquel a appelé, hier, Malika Matoub à partir de Taourirt-Moussa a été bel et bien tenu ce matin devant la cour de Tizi-Ouzou. Parmi les manifestants, figurent de nombreux militants et patriotes du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) parmi lesquels se trouvent même de hauts responsables. Par ailleurs, le responsable du MAK au Canada, M. Amar Sah, a figuré parmi la délégation conduite par Malika Matoub auprès du procureur général-adjoint près de la cour.