Manifestation des femmes d’Aït-Ouabane : Le savoir-faire féminin et les produits du terroir mis en valeur

3

SOCIÉTÉ (Tamurt) – Fidèlement à la tradition, les femmes du village Aït-Ouabane, commune d’Akbil, ont honoré leur rendez-vous annuel, connu sous l’appellation de « Marché d’hiver des femmes d’Aït-Ouabane » lequel correspond à la journée du 12 avril.

Vendredi dernier et sur initiative des associations Assurif et Vers le Vert, en collaboration avec le comité du village Aït-Ouabane, l’élément féminin de ce village a mis en valeur son savoir-faire en matière de production artisanale et alimentaire entièrement bio. Cette manifestation d’une dimension nationale qui a drainé plusieurs dizaines de milliers de personnes dont certaines sont venues des coins les plus reculés du pays a été traduite par la dégustation des plats traditionnels kabyles et la commercialisation aussi bien des produits alimentaires bio et anciens que par le produit artisanal.

C’est ainsi qu’à travers les différents stands réservés aux produits alimentaires, le visiteur a pu découvrir la semoule préparée à base de glands, de seigle et d’orge, le poireau, la figue sèche, le lait de vache caillé, le beurre, l’huile d’olive vierge, les épinards et tant d’autres légumes verts que la famille rurale utilisait autrefois comme légumes accompagnant le couscous ou tout simplement faisant le plat de légumes.

En matière d’étoffes, l’exposition a offert à l’oeil curieux toute une panoplie de produits. On y trouve de la robe kabyle jusqu’à l’édredon via le tapis. C’est surtout les atours corporels féminins qui ont dominé. La bijouterie d’Aït-Ouabane a prouvé également qu’elle est loin d’être indigente. En effet, bagues, bracelets, broches, chaînes et gourmettes, argentés ou dorés, ont fait l’objet d’exposition et de commercialisation. Même l’option de commande a été proposée au visiteur pouvant être un éventuel client.

L’autre point à signaler et qui n’est pas des moindres est naturellement la dégustation. La salle qui a été réservée à cet effet, la plus part des visiteurs ont découvert pour la première fois le pain et le couscous préparés à base de semoule de glands, de seigle et d’orges. Et bien, le tout a été avalé en un temps record. En effet, les visiteurs arrivés en derniers ont trouvé les plats entièrement vides. Toutefois, nos lecteurs doivent savoir que la semoule de glands et de seigle est de couleur très grise. Elle vire au noir. C’est une alimentation considérée autrefois comme celle des pauvres. Les familles algériennes l’ont beaucoup consommée durant notamment l’époque de la Seconde guerre mondiale. En Kabylie, la nourriture à base de la semoule de glands ou de seigle faisait le quotidien de la plus part des famille jusqu’à la veille de la guerre de libération nationale. Comme la société kabyle était phallocrate, même chez les familles aisées, les femmes s’alimentaient à base de l’alimentation faite de seigle alors que les hommes avaient droit à la nourriture faite à base de blé ou d’orge. Durant la saison des labours surtout, on veillait toujours à ce que les hommes aient leur ration de pain ou de couscous fait à base de la semoule de blé ou d’orge alors que les femmes ne pouvaient que préparer les plats. Pour elles, rien que le seigle. C’est pourquoi, il serait erroné de croire que le pain ou le couscous fait à base de la semoule de seigle relève du luxe. Pour en être sûr, il faut tout simplement se rapprocher d’une personne, homme ou femme, ayant vécu cette période d’avant l’indépendance, surtout celle d’avant la guerre de libération nationale. « Que Dieu fasse éviter à l’humanité la nourriture de seigle ! », telle sera sa réponse immédiate. Toutefois, pour certains besoins de thérapeute d’estomac, des médecins et des spécialistes de la diététique recommande à leurs patients des plats préparés à base de la semoule d’orge. Jamais toutefois, ils n’ont recommandé jusqu’à présent à quelque patient une alimentation faite à base de la semoule de glands ou de seigle. D’ailleurs nos hommes et nos femmes d’aujourd’hui sont plus attirés par les tendres côtelettes d’agneau bien grillées et non pour les plats de grands-parents. En définitive, savoir d’où nous venons, c’est très bien mais retourner d’où nous venons, c’est très mauvais.

Addenda : Sur invitation des organisateurs, Le président du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), M. Bouaziz Aït-Chebib, à la tête d’une délégation, a marqué sa présence au village Aït-Ouabane. Le responsable du MAK a visité tous les stands qu’il a d’ailleurs entièrement trouvé à son gout.

Saïd Tissegouine