Meeting des cadres du MAK à Fréha : « Une fois l’autonomie acquise, le MAK sera dissous »

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KABYLIE (Tamurt) – Et comme d’habitude, c’est MM. Mohand Larvi Tayeb et Bouaziz Aït-Chebib, respectivement président du MAK par intérim et Secrétaire National à l’Organique, qui ont eu la mission de discourir face à une assistance fort nombreuse et attentionnée. Et comme de coutume aussi, c’est le premier cité qui donna le coup d’envoi de ce meeting que d’aucuns qualifient d’historique, et ce, après l’écoute de l’hymne national kabyle et l’observation d’une minute de silence à la mémoire des martyrs de la démocratie.

Le président du MAK par intérim a tenu à apporter des preuves irréfutables de l’existence de la nation kabyle, et ce, de par ses ordres sociologique, culturel, religieux et son concept de gouvernance mettant en avant la démocratie, la recherche de la modernité et la science depuis des millénaires. L’orateur a affirmé que les chiffres de zéro à neuf (0 à 9) sont des chiffres d’origine berbères et non arabes comme on a toujours tenté de le faire croire. « C’est bien un mathématicien kabyle de l’université des Hammadite (Béjaia) qui en est l’inventeur », a soutenu avec véhémence le président du MAK par intérim. Poursuivant sur ce registre, l’orateur dira que la Kabylie a toujours été le berceau de la science et du savoir. Le premier responsable du MAK par intérim ira jusqu’à citer certains noms d’émminents scientifiques formés par l’université des Hammadites tels que Leonardo Fibonacci et Si M’hand Oudhriss.

Évoquant la question religieuse, Mohand Larvi Tayeb soulignera que c’est dans le respect des croyances et des convictions de tout un chacun que les savants et dirigeants kabyles de l’époque ont décidé d’instaurer la laïcité et « d’où justement la naissance du jurement « Djmaâ limane » qui signifie littéralement « par toutes les croyances » ». « Mais qu’en est-il donc aujourd’hui ? », s’insurge l’orateur pour critiquer sévèrement le système éducatif algérien « qui, se basant sur l’arabo-islamisme, apprend aux enfants à se dresser contre leurs parents ».

Abordant ensuite la délicate question de la pauvreté en Algérie et le flagrant déséquilibre régional, Mohand Larvi Tayeb informera l’assistance de ce qu’a toujours tenté de cacher l’Administration Centrale d’Alger ; à savoir le départ de jeunes Touaregs algériens en Libye suite au déclenchement du mouvement insurrectionnel pour offrir au régime de Tripoli leurs services de mercenaires contre une poignée de dollars. Selon l’orateur, c’est l’extrême misère et dénuement qui poussent ces jeunes Targuis à partir en Libye pour tuer et se faire tuer contre de l’argent. « Au pays des M’zab aussi, les populations sont contraintes de fouiller dans les poubelles en quête de trouver quelques chose à se mettre sous la dent », révèle le président du MAK par intérim. Après avoir constaté que l’assistance est chauffée à blanc, l’orateur tentera de démystifier l’appellation « Algérie » en soulignant que cette appellation en question ne date que de 1838 et qu’on la doit au général français Schneider. Enfin, Mohand Larvi Tayeb conclut : « L’autonomie n’est qu’une sorte d’outil pour nous libérer. Et le siècle dans lequel nous vivons actuellement est le siècle de la réhabilitation des peuples autochtones, imposée par l’exigence de la globalisation, et ce, pour répondre aux besoins économiques et commerciaux ».

Lui succédant au micro, Bouaziz Aït-Chebib décide lui aussi de maintenir en haleine l’assistance plus accrochée que jamais. « Il faut comprendre une bonne fois pour toutes chers frères, déclare-t-il d’emblée, que nous autres kabyles, nous ne sommes pas des Arabes et ne nous voulons pas être arabisés ! ». « Toutefois, ajoute-il aussitôt, notre revendication porte uniquement sur l’autonomie qu’il ne faut pas confondre avec l’indépendance ». Le premier Secrétaire National à l’Organique du MAK se fait déjà une brèche en s’attaquant à ceux qui tentent de faire d’une façon délibérée l’amalgame entre l’autonomie et l’indépendance, les Kabyles de service, le FLN et le pouvoir algérien. En guise de réponse aux adversaires de l’autonomie, Bouaziz Aït-Chebib leur lance le défi d’organiser un référendum sur cette question. « C’est le pouvoir et ses supplétifs qui craignent l’autonomie de la Kabylie », soutient l’orateur avant d’ajouter : « Leur crainte est telle qu’ils nous interdisent de nous réunir dans les salles, ils interdisent à la presse de nous médiatiser ».

Le premier Secrétaire à l’Organique du MAK a affirmé que le pouvoir a fait main basse sur les rédactions nationales des journaux et censure tous les articles parlant de nous. « Nous savons, soutient-il encore, que des journalistes dont bon nombre d’entre-eux sont nos amis tentent de rendre compte de nos activités mais leurs écrits ne paraissent jamais. Et cela est dû, tout simplement, au fait que ces écrits sont bloqués au niveau des rédactions nationales ». L’orateur tire ensuite sur l’arabo-islamisme considéré comme l’ennemi juré de la nation kabyle. Bouaziz Aït-Chebib ira même jusqu’à réfuter l’appellation du Maghreb « car cela sous-entend que ce n’est pas seulement en Orient qu’il y a des Arabes mais aussi dans ce Maghreb ». « la vraie appellation de cette région de l’Afrique du nord est Tamazgha », soutient l’orateur avant de marteler : « Dans Tamazgha, ce sont les peuples kabyle et amazighs qui sont majoritaires et non les Arabes ». Et pour pouvoir aider les autres peuples amazighs à se libérer du joug qui les tient, le Secrétaire National à l’Organique ne voit qu’un seul moyen : réussir d’abord à créer un Etat kabyle autonome. Bouaziz Aït-Chebib soutient que la création d’un Etat kabyle est une nécessité impérative car « seuls nous-mêmes pouvons servir nos intérêts ».

S’agissant de l’avenir du MAK, l’orateur n’en fait pas un mystère. « Une fois l’autonomie acquise, le MAK sera mis au Musée », déclare-t-il sans ambages pour lancer ensuite une flèche empoisonnée en direction du Front de Libération Nationale (FLN) : « Le MAK ne fera pas comme le FLN qui, une fois l’indépendance arrachée, a remplacé la France coloniale dans ses pratiques malsaines ». Concernant les futures échéances électorales algériennes, Bouaziz Aït-Chebib a affirmé que le MAK les boycottera toutes. Enfin, l’orateur qui, évidemment n’a pas manqué de tirer à boulets rouges sur les détenteurs réels du pouvoir, a appelé les citoyens kabyles à participer massivement à la commémoration du 31ème anniversaire du Printemps kabyle.