Meeting des « Rassembleurs » du FFS à la place de l’ex-Mairie de Tizi-Ouzou : « Nous voulons que le FFS retrouve ses principes et idéaux de 1963 »

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TIZI OUZOU (Tamurt) – Les animateurs de ce rendez-vous marquant le début d’une guerre s’annonçant longue dans les rangs du plus vieux parti d’opposition sont de grosses pointures. En effet, il s’agit du Dr Mustapha Bouhadef, Djoudi Mammeri, Ali Kerboua, Samir Bouakouir, Djamel Zenati, Massinissa Hannifi ainsi que d’autres personnalités « historiques » telles que Salem Ramdane dit « da Salem » et un certain Brahimi.

Avant de revenir sur la teneur des discours prononcés, nous jugeons utile de mentionner que le rendez-vous a été donné à la place de l’ex-Mairie suite au refus de l’administration de mettre à la disposition des manifestants la salle Kateb Yacine. Et pour dire vrai, le refus de l’administration d’octroyer la salle aux opposants de la direction actuelle du FFS n’a étonné personne. C’est pourquoi dès les premières heures de la journée, l’espace de plein air « improvisé » pour le meeting a été envahi par la foule composée pour la plupart des militants du parti concerné. <img1967|right>
Sur les banderoles, on pouvait lire les slogans que voici : « Pour la réhabilitation de la ligne originelle du FFS », « Pour une assemblée constituante », « Pour une alternance démocratique », « Ni Etat policier, ni un Etat intégriste » et « Pour la reconnaissance du statut des martyrs de 1963 ». A l’exception de ce dernier slogan, les autres sont des anciens, c’est-à-dire ceux clamés par le FFS dans ses moments de gloire.

S’agissant du meeting proprement dit, son début a été marqué par l’observation d’une minute de silence à la mémoire des martyrs de la Révolution de Novembre 1954, des martyrs de 1963 et des martyrs de la démocratie. C’est suite à cela que la parole fut donnée à M. Brahimi, un membre de l’ALN et ancien de 1963. L’intervenant dont l’âge exact est difficile à déterminer (il doit se situer entre 76 et 85 ans), d’une voix ferme et certaine, a rappelé les grands moments ayant suivi la proclamation du cessez-le feu. De par son témoignage, l’assistance a appris que le vrai début de l’indépendance de l’Algérie est cette journée du 19 mars 1962 et non le 5 juillet. Cette proclamation du 5 juillet 1962 comme journée de l’indépendance du pays a été décidée par Charles de Gaules, et ce, pour les propres intérêts de son pays.

Sur la même lancée, l’orateur a souligné que la violence armée ayant ciblé les éléments de l’ALN a été initiée et dirigée par le Groupe d’Oudjda. « A Tiaret, à Sour El Ghozlane et un peu partout, c’est l’armée d’Oudjda qui a tiré sur l’ALN », a témoigné cet acteur de la Révolution de Novembre et des Maquis de 1963. Par son témoignage, l’orateur a accablé les nouveaux maîtres de l’Algérie et principaux auteurs de la dérive. C’est sous un tonnerre d’ovations que le combattant de la guerre d’indépendance et du redressement national a posé le micro, repris par M. Ali Kerboua, ex-premier secrétaire du parti.

Comme son prédécesseur, M. Ali Kerboua n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer les dérives de l’actuelle direction du FFS.  » Aujourd’hui, a-t-il dit, il y a danger dans la maison FFS » et a plaidé « pour un redressement du parti à travers des correctifs « . Pour mettre en évidence, les « égarements » de la direction actuelle du parti, l’intervenant a cité à titre d’exemple le refus de la majorité de la base militante quant à la participation du FFS aux élections législatives du 10 mai dernier. « A l’issue d’une réunion tenue à Bouira, où il était question de faire le choix, 17 voix contre 3 ont déclaré « non à la participation du FFS à ces élections ». M. Ali Kerboua a souligné également qu’aujourd’hui, « le FFS tient le même langage que le FLN et le RND et a tiré la conclusion que « le problème est la dérive politique » avant d’annoncer qu’il est hors de question de laisser le FFS continuer sur cette voie « car le FFS, de par son passé historique n’est pas comme les autres ».
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Le prochain intervenant sera Djoudi Mammeri. Comme son prédécesseur, l’homme ne fera pas dans la dentelle pour dénoncer la compromission dans laquelle s’est enfoncée la direction du parti. L’homme s’attaquera également au régime algérien et à ses représentants. Dans sa diatribe contre le régime d’Alger, l’orateur tentera de prouver que les probables dangers dont les hauts responsables n’arrêtaient pas de menacer les citoyens dont le principal est l’intervention de l’OTAN (Organisation du Traité Nord-Atlantique) sur le sol algérien ne sont qu’imaginaires. « Jusqu’à maintenant, dira-t-il, je n’ai vu aucun destroyer de l’OTAN à l’horizon. En revanche, j’ai vu des jeunes algériens partir à bord de barques de fortune vers l’étranger ». A noter que Djoudi Mammeri a bien joué avec le style de la litote pour faire passer son message. En effet, l’universitaire Mammeri dira que « nous remettrons l’aigle à voler très haut dans le ciel ».En même temps, il rappellera qu’il ne faut pas se contenter de peu et se jeter des dithyrambes. Avant de donner ce « conseil », l’intervenant aura parlé d’abord du taux de réussite important au baccalauréat des jeunes gens et jeunes filles de Tizi-Ouzou. Pour M. Doudi Mammeri la réussite à l’examen
d’entrée à l’université n’est pas une fin en soi, car le défi à relever est de devenir la première force à l’échelle du bassin de la Méditerranée et même du monde. Donc, pour l’intervenant le véritable défi est de devenir une puissance à l’échelle planétaire, car de la puissance seulement que dépend la sécurité sous toutes ses formes pour un peuple.

Il va sans dire également que l’orateur ne manquera pas de tourner en dérision les hauts dirigeants algériens, et ce, en rappelant dans quel contexte exact a été fêté le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. En effet, pour M. Djoudi Mammeri, certains responsables algériens « ont eu la trouille de porter la fête dans la rue ». L’homme signalera encore une multitude d’autres observations sur la dichotomie flagrante existante entre le pouvoir et le peuple.

Quant au Dr Mustapha Bouhadef, de sa voix calme légendaire, il parlera de la nécessité d’apporter des correctifs à la dérive politique qu’est en train de subir le FFS. « Nous voulons construire une alternative et c’est nous, le FFS, qui allons le faire », a lancé froidement cet intervenant ajoutant que la mission est de faire retrouver au parti ses principes et ses idéaux d’autrefois, à savoir de 1963. De même, le Dr Mustapha Bouhadef dira que « personne n’a le droit d’oublier les 400 martyrs du FFS car c’est grâce aux sacrifices des Anciens de 1963 qu’il y a eu création du FFS ». Sur cette même trajectoire, le Dr Mustapha Bouadef apportera une précision que voici : « Le FFS est la propriété de tous les Algériens et non la propriété exclusive du FFS ». C’est alors que l’intervenant décide d’annoncer que d’ici la fin de l’année, il sera organisé une conférence nationale sur le « thème : « Alternative démocratique » ; rendez-vous auquel seront associées toues les forces vives et autres forces représentant la société civile ». A travers l’intervention du Dr Mustapha Bouhadef, il y a lieu de comprendre que l’initiative de rectification touchera d’abord l’actuelle direction du parti pour ensuite s’attaquer au régime d’Alger. Toutefois, pas une fois l’orateur n’a cité le nom d’une quelconque personne se trouvant sur la ligne de mire des partisans et des initiateurs du « changement et du correctif ». C’est pourquoi, le Dr Mustapha Bouhadef a parlé de la « radicalisation » mais « pacifique » de la lutte et du combat correctionnels.

Une fois cette intervention terminée, Samir Bouakouir prend la relève. Celui-ci, loin d’avoir la langue dans la poche et loin d’être le partisan de l’euphémisme, donnera à son tour la mesure tant attendue par l’assistance qui, de son côté, a complètement ignoré les rayons solaires pourtant ravageurs. Samir Bouakouir commencera par faire lecture des raisons de la création du FFS, laquelle « a été proclamée sur cette même place le 29 septembre 1963 ». « Le FFS, a déclaré l’orateur, a été créé pour faire barrage au clan d’Oudjda ». Il s’interroge ensuite si le combat et la lutte sont pour autant terminés aujourd’hui. « Nous avons affaire aujourd’hui, ajoute Samir Bouakouir, à un régime corrompu, corrupteur, démissionnaire et irresponsable ». L’intervenant n’hésitera pas également à répéter publiquement ce que tout le monde sait : « C’est la France et les Etats-Unis qui intéressent le régime algérien et non le peuple ».
Intervenant ensuite dans le cadre de la dénonciation des « dérives politiques » de la direction du FFS, l’orateur plaidera pour la réhabilitation de la politique et du politique avant d’affirmer que « nous sommes les continuateurs du congrès de la Soummam ».

A partir de là, Samir Bouakouir entame un nouveau virage. Cette fois-ci, il
parlera de la nécessité de sortir de la culture du « Chef » car « personne n’est providentiel ». A travers la dénonciation du culte de la vénération des personnes, toute l’assistance a compris que c’est le leader du FFS qui a été visé. Comme ses prédécesseurs, Samir Bouakouir a dénoncé les « dérives politiques » de la direction actuelle du parti d’où la nécessité d’aller vers « une conférence nationale devant faire impliquer toutes les forces de la société civile ».

Arrive enfin le célèbre « tribun » du FFS, Djamel Zenati en l’occurrence. En dépit d’un certain recul pris vis-à-vis des apparitions publiques, l’homme n’a pas oublié ses piques et flèches aux pointes empoisonnées au « curare ». En effet, dès les premières minutes de son intervention, le président de la république algérienne, Abdelaziz Bouteflika, recevra une pique qui fera éclater de rire à gorge déployée l’assistance. « A l’occasion de la fête du 5 juillet, remarquera le natif et habitant d’Akbou (Djamel Zenati), on a mis un burnous sur ses épaules alors qu’on aurait dû lui mettre une selle sur le dos ». D’emblée donc, l’ancien député d’Akbou issu des rangs du FFS a réduit le premier homme fort d’Algérie au statut d’un équidé. De là, l’intervenant commencera à décortiquer la maison du « pouvoir algérien » et de l’Algérie « cinquante ans après la proclamation de l’indépendance ». L’orateur tira un bilan négatif sur tous les points. « Cinquante ans après l’indépendance, révélera Djamel Zenati, c’est le chômage, les détournements d’argent, la corruption, les kidnappings, les assassinats politiques ».

L’homme relèvera par conséquent que l’indépendance de l’Algérie n’est que chimère, dès lors que chaque clan du pouvoir est lié à une certaine puissance étrangère. « Certains clans, dit-il, reçoivent les
ordres de la France, d’autres des Etats-Unis, d’autres de l’Arabie Saoudite et ainsi de suite ». Pour Djamel Zenati, il n’existe donc aucun clan algéro-algérien. Toutefois, l’orateur reconnaîtra que depuis l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, la situation a empiré. « Que peut-on dire, remarque l’orateur, lorsqu’on sait que même la garde communale recrutée pour servir de bouclier aux policiers et aux gendarmes a été trahie alors que les terroristes qui sont descendus du maquis avec des sacs d’argent sont gâtés ». Après avoir mis à nu les mœurs du pouvoir algérien et pointé de l’index le rôle des Français et des Américains dans la conduite des affaires algériennes, Djamel Zenati s’attaquera alors frontalement à la direction du FFS. Après avoir rappelé que le FFS est un parti de gauche, l’intervenant aux propos faisant l’effet de boulets de canon dira qu’ « aujourd’hui, pour prétendre à un poste de responsabilité au FFS, il faut présenter des sacs d’argent ou avoir à son service une armée de voyous ». « On a bien passé à tabac les militants du FFS au siège du parti », a témoigné Djamel Zenati avant de déclarer qu’ « on a trahi les idéaux du FFS ».

Revenant sur les « épousailles de la direction du FFS avec le régime », Djamel Zenati affirmera : « Je ne peux en aucun m’aligner avec les assassins de Rabah Aïssat (ex-P/APW de Tizi-Ouzou), je ne peux passer un deal avec les assassins de Méhiddine Mahiout et je ne peux m’associer avec les assassins de Lounès Matoub ». « Le FFS est une histoire, un idéal et une mémoire », soulignera l’orateur pour tenter de mettre en avant le degré de « trahison » dont il (FFS) est victime. « Aujourd’hui, argue encore Djamel Zenati, le FFS est réduit à tenir le même langage que le FLN et le RND ». L’homme révélera également que ce sont ceux qui ont financé la campagne électorale du FLN qui ont financé celle du FFS. Après avoir signalé que la dictature nécessite des frais car « il faut payer et entretenir des policiers, des indicateurs, etc…, Djamel Zenati a averti que dans le cas où le baril de pétrole descendrait en dessous du seuil de 100 dollars, l’Algérie connaîtrait une situation plus catastrophique. Après avoir encore comparé le FFS (version actuelle direction) à une photocopie du pouvoir autoritaire, Djamel Zenati a souligné enfin que l’objectif recherché par les Rassembleurs est d’arriver à faire du FFS une force sur laquelle peut s’appuyer le citoyen, c’est-à-dire faire retrouver au parti ses lettres de noblesse.

Notons enfin que toujours à l’issue de ce meeting, M. Massinissa Hanafi, en ce qui le concerne, s’est contenté de lire sa déclaration. L’homme n’est pas le seul d’ailleurs a faire une déclaration pour dénoncer les « dérives politiques
» du FFS. Etant nombreuses et longues, nous avons décidé de les publier ultérieurement et dans leur intégralité.

Ceci annoncé, nous devons également signaler que les organisateurs de ce meeting ont décidé d’improviser une conférence de presse qui devait être animée par les animateurs mêmes du meeting. Cependant, il avait fallu une petite « gymnastique » pour enfin la tenir. En effet, initialement, le choix du rendez-vous avec la presse a porté sur l’hôtel le Belloua. Hélas, les organisateurs ont essuyé un refus catégorique du directeur de l’établissement. Le motif invoqué par ce responsable est l’absence d’une autorisation délivrée par les autorités compétentes. « Je n’ai aucune envie d’avoir des problèmes pour le non respect de la réglementation », a tenu à souligner le directeur. Avant de quitter l’intérieur de l’hôtel, les Rassembleurs ont jugé possible de l’organiser dans le jardin de l’établissement. Là encore, ils subissent le refus catégorique du directeur, et ce, pour les mêmes raisons mentionnées ci-dessus. C’est alors qu’ils ont opté pour un café, sis sur l’ancienne route d’Alger.

En dépit du soleil de plomb, ni les Rassembleurs, ni les journalistes n’ont rouspété. Et dans le cadre de cette conférence, les animateurs, rappelons-le, sont le Dr Mustapha Bouhadef, Djamel Zenati, Samir Bouakouir, Ali Kerboua et Djoudi Mammeri n’ont fait que récapituler presque ce qu’ils ont affirmé lors de leur meeting ou presque. En effet, ils ont rappelé que l’objectif est d’aller vers la tenue d’une conférence avant la fin de l’année où seront impliquées toutes les forces représentants la société civile. Il n’est pas question toutefois de faire de la surenchère ou procéder à des règlements de comptes. S’agissant justement de ces forces vives représentant la société civile, à la question de
savoir si les Rassembleurs comptent associer M. Ferhat M’henni à la réflexion et au débat, Samir Bouakouir a répondu par la négation en invoquant le motif que « M. Ferhat M’henni recherche l’indépendance et non l’autonomie ». A la question de savoir comment il justifie l’argument de « l’indépendance », Samir Bouakouir répond que dans la mesure où il a créé le Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK), la revendication porte dès lors sur l’indépendance. S’agissant encore de savoir pourquoi avoir attendu maintenant pour tenter d’apporter des correctifs dès lors que la dérive au sein du FFS remonte au moins à l’année 2000, les conférenciers ont répondu qu’autrefois, il y avait des drives seulement au sein de l’organique alors que maintenant « la dérive » porte carrément sur le reniement des idéaux et principes du parti. Notons enfin que les responsables de ce projet de redressement du FFS refusent d’être identifiés par les termes tels que « Redresseurs », « Correcteurs », etc… « Nous sommes tout simplement des Rassembleurs », ont tenu à le préciser. S’agissant plus exactement de l’implication de Samir Bouakouir au début de cette initiative du FFS dite « tactique» à propos de la participation aux élections, l’homme répondra qu’au début, il avait épousé ce projet mais « j’avais donné un autre sens à ce concept « tactique » que la direction du FFS ». « D’ailleurs, je n’ai pas hésité une seconde à dénoncer les dérives enregistrées là-bas en France ; ce qui m’a vallu d’ailleurs de subir des menaces », a affirmé Samir Bouakouir qui n’ a pas omis de préciser que sa sortie médiatique a été décidée après qu’il eut constaté qu’Ali Laskri, premier secrétaire du FFS, a gardé un silence total sur sa lettre de dénonciation des dérives ».

S’agissant de l’absence de Karim Tabou à ce meeting en dépit de son opposition à l’actuelle direction du FFS, Samir Bouakouir a répondu que « nous avons invité tout le monde à ce rendez-vous, y compris la direction du FFS. S’agissant de la propre personne de Karim Tabou, il faut savoir que c’est lui qui a quitté notre dernière réunion tenue à Tizi-Ouzou. Il faut savoir aussi que Karim Tabou est motivé par la création d’un parti politique, projet auquel nous, nous refusons d’adhérer »

Addenda : Les intentions de Karim Tabou de créer un parti politique semblent bien réelles. Selon effetivement des sources bien au fait du champ politique algérien, Karim Tabou serait intéressé par la création d’un parti politique en collaboration avec certains dissidents du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD). Leur objectif serait de placer leur partie en ligne médiane entre le FFS et le RCD et peut-être aussi tenter de barrer la route aux forces militantes et patriotiques du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK).

Said Tissegouine