Meeting du Président du MAK à Akbou : « Ceux qui demandent à ce que Ferhat Mehenni soit déchu de sa nationalité d’Algérien sont à la solde du pouvoir »

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BOUGIE (Tamurt) – En effet, M. Bouaziz Aït-Chebib a bien choisi ses verbes et ses adjectifs devant l’assistance nombreuse et attentionnée pour s’attaquer aux détracteurs du MAK et surtout ceux qui ont eu le culot de faire l’indécente proposition de faire déchoir le président du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK) de sa nationalité algérienne. « Ceux qui demandent à ce que Ferhat Mehenni soit déchu de sa nationalité algérienne sont à la solde du pouvoir », a vivement martelé l’orateur pour ajouter aussitôt avec la même vigueur dans la voix : « Le père de Ferhat M’henni est un martyr de la Révolution 1954. Il est tombé au champ d’honneur les armes à la main en I961. C’est grâce au père de Ferhat M’henni et ses semblables que l’Algérie est devenue algérienne.

Et c’est encore grâce à Ferhat Mehenni et à des hommes comme lui qu’il y a eu certains acquis comme la consécration de tamazight comme langue nationale. Oui, Ferhat Mehenni est de plusieurs milliers de fois plus algérien que les éléments de cette meute et leurs maîtres ». Pendant toute la durée de cette diatribe contre ces liges du pouvoir d’Alger, l’assistance ovationne l’orateur et, au même temps, maudit elle aussi les auteurs de cette suggestion aussi grotesque que haineuse. Ensuite, le président du MAK aborde les autres volets constituant les motifs de son intervention.

– Martyrs du Printemps Noir : M. Bouaziz Aït-Chebib a affirmé que leurs assassins ainsi que les commanditaires vivent toujours dans l’impunité ; « ce qui fait que la plaie ne s’est pas toujours cicatrisée ». Pour le président du MAK, les premiers responsables de la tragédie qui a frappé de plein fouet la Kabylie lors du printemps 2001 ne sont autres qu’Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Ouyahia et Tewfik. A ce propos, l’orateur a affirmé que le MAK ne baissera pas les bras car le tribunal pénal international (TPI) se saisira de ce dossier.

« Et si la justice des hommes ne peut rein contre eux, celle de l’histoire en revanche ne les épargnera pas », a souligné avec véhémence l’orateur pour témoigner que le mois de juin 2001 « nous a fait ravir beaucoup d’étoiles dont Akbou nous a égayés de leurs naissances ». Le président du MAK a fait allusion aux six jeunes gens d’Akbou tombés sous les balles des gendarmes en juin
2001 (Voir en addenda). Toujours à propos de ce mois de juin, M. Bouaziz Aït-Chebib cite également les noms de Muh Ouharun, originaire d’Akbou, Méziane Mehenni, assassiné en 2004 à Paris (France) et Lounès Matoub assassiné à Thala-Bounane en 1998. A propos justement du Rebelle, le président du MAK a déclaré que l’affaire est loin d’être classée. « Nous exigeons toujours la vérité à propos de son assassinat car nous ne prenons pas en compte le jugement rendu contre les deux hommes que le pouvoir a essayé de faire passer pour les assassins de Lounès Matoub », a clamé l’orateur avant de passer au cas de feu Méziane Mehenni dont l’hommage à sa mémoire est programmé pour le 21 de ce mois. Le lâche assassinat de feu Méziane Mehenni, le président du MAK l’impute au pouvoir d’Alger. Loin de pratiquer la politique de deux poids deux mesures.

En effet, M. Bouaziz Aït-Chebib a culpabilisé la France dans cette affaire qui ne fait pas son honneur dès lors que ce pays méditerranéen se réclamant « berceau des droits de l’Homme » n’a pas voulu mener une enquête sur cet assassinat car il savait dès le début que le coupable était le pouvoir d’Alger. L’orateur n’a pas caché que la France a eu la même attitude concernant l’assassinat d’Ali Mécili en 1987. Revenant sur les moyens jugés les plus appropriés pour faire jaillir toute la lumière, le président du MAK a déclaré que le GPK a déjà saisi le TPI. Et pour ne laisser aucun doute sur le triomphe de la justice sur l’iniquité, depuis des lustres sur la balance manichéenne, M. Bouaziz Aït-Chebib a martelé qu’un jour ou l’autre, les dirigeants algériens dont la politique est basée sur la rapine seront contraints de quitter le pouvoir. « Oui, je vous le dis mes amis, ils subiront le même sort qu’El-Kaddafi, Zine Eddine El Abidi et Hoceni Moubarek.

– La Kabylie retrouvera son statut d’avant 1857 : le président du MAK a affirmé que l’autonomie de la Kabylie n’est qu’une question de temps. Sur le même chapitre, M. Bouaziz Aït-Chebib a démontré que seule l’autonomie reste la solution idoine au peuple kabyle. Quant aux motifs de cette autonomie, il en citera une multitude. S’agissant de la goutte qui a fait déborder le vase, il la situera dans les faits ayant marqué le Printemps Noir. L’accent sera, encore une fois, mis sur le silence « équivalant à une complicité » des amis du FFS et du RCD. Parmi d’autres facteurs responsables de la demande de la Kabylie à exiger son autonomie, figurent le risque de disparition de la langue et la culture kabyle dans cette Algérie dite « une et indivisible », la situation d’insécurité provoquée délibérément par le pouvoir, l’appauvrissement de la Kabylie… « C’est le pouvoir qui a lâché sur le terrain ses terroristes, c’est le pouvoir qui est responsable des kidnappings en Kabylie », a affirmé le président du MAK. Pour prouver la justesse de ses analyses, l’orateur a mis en évidence, le nombre effarant de terroristes circulant « librement » et la présence massive des militaires en Kabylie. M. Bouaziz Aït-Chebib tire aussitôt la conclusion de cette « insécurité » en Kabylie : « c’est pour empêcher les investisseurs de s’implanter en Kabylie, et du coup, pousser les Kabyles à aller travailler ailleurs ».

De même, le président du MAK a prouvé que seul l’Etat kabyle sera garant de la prise en charge de la langue et la culture kabyles ainsi que d développement économique de la Kabylie. Nous devons noter qu’à un moment donné, un intrus a essayé d’interrompre le président du MAK avec une observation qui était loin d’être pertinente. L’intrus, la soixantaine et probablement un de ces partisans maladroits de cette « Algérie, une et indivisible » a affirmé que le Kabyle fait partie aussi de cette vaste Algérie tamazight pour laquelle il y a eu le sang d’ un million et demi de martyrs « Je veux une réponse à cela ! », a laissé entendre l’intrus fanatisé par les discours logomachiques des courtisans du pouvoir.

Devant l’absence d’intelligence de l’intrus, le président du MAK a tenté de l’ignorer en poursuivant son discours. L’assistance, dérangée au plus haut point par l’outrecuidance de l’intrus a scandé plusieurs fois à l’adresse de Bouaziz Aït-Chebib : « fkas l’djiouav ! Fkas l’djiouav !(donne lui la réponse ! donne lui la réponse !). C’est pourquoi, le président du MAK finit par accepter de répondre au malheureux. Ce fut une perte de temps car en voyant l’assistance le désapprouver complètement, il s’est retiré sur la pointe des pieds sans même attendre la réponse. Il a regretté son intrusion.

D’ailleurs, à la fin du meeting, nombreuses les personnes à venir féliciter le président du MAK pour sa performance oratoire et, surtout, la réponse donnée au maladroit intrus. Pour sa part aussi le secrétaire général du MAK, M. Farid Djenadi a usé de propos d’une extrême dureté à l’endroit du pouvoir d’Alger. Oui, le secrétaire général du MAK a accusé ouvertement l’armée algérienne d’être derrière les faux barrages et l’Etat d’être derrière le terrorisme. Abordant ensuite le sujet relatif à la visite du président et du ministre des relations internationales du GPK en Israël, M. Farid Djenadi dira que « cette visite en question, nous l’assumons, nous l’avons voulue et désirée et nous sommes libres de choisir nos partenaires ». « Ce sont les Arabes qui essayent de nous détruire pas les Israéliens », a clamé encore l’intervenant pour rendre ensuite un vibrant hommage à la famille du GPK pour sa visite au pays hébreux.

Affichant son tempérament combatif habituel, le secrétaire général du MAK a dénoncé les tentatives du pouvoir d’envoyer les bacheliers béjaouis vers les autres wilayas d’Algérie pour faire venir à Béjaia ces Algériens se réclamant du monde arabe. « Nous refusons de disparaître, et de ce fait, nous refusons la fatalité » a martelé l’intervenant pour expliquer ensuite que l’un des plans machiavéliques du pouvoir algérien est d’arabiser et islamiser Béjaia en y faisant venir d’ailleurs les bacheliers et en envoyant ailleurs les bacheliers béjaouis. Sur le plan économique et social, le constat de Farid Djenadi est encore accablant. Sa diatribe contre Alger est aussi foudroyante. « Pour justifier son refus d’implanter des entreprises économiques en Kabylie, dénonce l’orateur, le pouvoir avance le fallacieux prétexte selon lequel il n’y a pas d’assiettes foncières. Si c’est le cas, comment alors justifier l’implantation du plus grand pénitencier d’Afrique sur une terre de Béjaia ? Comment justifier l’implantation d’une caserne militaire sur une terre de Béjaia ? Et le pie, c’est que ces bâtiments sont implantés sur des terres agricoles. N’est-ce pas qu’il y a là la volonté de détruire la Kabylie ? ».

Le secrétaire général du MAK a également développé la politique du pouvoir en matière de gestion des ressources hydriques de Kabylie. Les deux barrages de Béjaia et celui de Tizi-Ouzou alimentent les autres régions d’Algérie et non la Kabylie. Revenant ensuite à la future Kabylie, c’est-à-dire la Kabylie autonome, M. Farid Djenadi parlera de ses richesses, humaines notamment. Il n’omettra pas de signaler au passage que la seule région d’Akbou paye jusqu’à maintenant à elle seule un impôt dont le montant équivaut à celui d’une dizaine d’autres wilayas du pays. Il va sans dire qu’il ne manquera pas de dénoncer cette fiscalité excessive exigée de la Kabylie et qu’au retour, seul un 1/10ème lui revient. Le secrétaire général du MAK sera prolixe dans son intervention comme l’a été avant lui M. Bouaziz Aït-Chebib. Nous jugeons nécessaire d’ajouter également que pour marquer la spécificité de la Kabylie, M. Farid Djenadi n’hésitera pas à signaler la différence existante entre le peuple kabyle et le reste des Algériens. « Oui, déclare l’orateur, je suis différent de l’Oranais, du Chaoui et du Béni M’zab ». « L’oranais, explique-t-il encore, cautionne la politique arabo-islamiste d’Alger, le Chaoui et le Béni M’zab acceptent d’être des arabo-islamistes ». De telles déclarations lui ont valu les ovations de l’assistance.

En un mot, à l’issue du meeting d’aujourd’hui à Akbou, MM. Bouaziz Aït-Chebib et Farid Djenadi n’ont pas été avec le dos de la cuillère. Ils ont su utiliser le verbe et l’adjectif qui ont plu aux Kabyles. Avant de clore cet article, nous devons relever que ce rendez-vous que d’aucuns considèrent comme historique a été préparé et initié par la section MAK d’Akbou. Par ailleurs, nos lecteurs et lectrices doivent savoir que la dernière intervention de ce meeting a été faire par M. Mohamed Younsi, président du conseil universitaire MAK de Béjaia.

Addenda : Le président du MAK, une fois arrivé à Akbou, a été reçu d’abord par un groupe par un groupe de militants. Et une fois les embrassades terminées, tous ensemble, ils se sont dirigés vers le cimetière des Martyrs où reposent trois des six martyrs du Printemps Noir, tous originaires d’Akbou. Il s’agit de feus Abdennour Nekali, Karim Sidhoum et Slimane Arezoug. Toutefois, la gerbe de fleurs n’a été déposée que sur la tombe de feu Slimane Rezoug, et ce, en présence de son paternel.

A cet effet, une fois la gerbe de fleurs déposée et une minute de silence à la mémoire de tous les martyrs observée, le président du MAK a prononcé un discours pour la circonstance. Il a rappelé que les martyrs du Printemps Noirs ont donné leurs vies pour que la Kabylie vive libre et digne. Il a également rappelé que leurs assassins seront poursuivis en justice. Notons enfin qu’un hommage sera rendu dans les tous prochains jours à tous les martyrs du Printemps Noir d’Akbou. A propos donc des trois autres, il s’agit de feus Karim Mesbah dit « Krimo », Ouramdane Iffis et Rachid Chekkal. Tous ces martyrs ont trouvé la mort à la fleur de l’âge et tous sont tombés sous les balles criminelles des gendarmes.

Saïd Tissegouine