Le mendiant de l’amour

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Mhend s’est marié depuis plus de 15 ans avec une fille de son village qu’il connaissait bien. Au début, le couple vivait plus ou moins normalement, avec plus de hauts que de bas. A défaut du grand amour, les relations étaient calmes et détendues. Les tempêtes étaient plutôt rares. Avec le temps, Taoues fréquentait les femmes islamo-intégristes qui étaient nombreuses dans le quartier populaire de Bab-El-Oued.

Influencée et endoctrinée, elle commençait à changer de philosophie de vie. Elle disait ouvertement que seuls Dieu et son prophète sont dignes d’amour. Elle passait son temps à prier, jeûner, lire le coran. Et Mhend souffrait atrocement de cette nouvelle situation. Il ne savait plus comment réagir. Il l’aimait trop pour la répudier. Il ne pouvait utiliser la violence car il la méprise. Il se retrouvait à mendier de l’affection à sa femme qui restait de marbre devant ses avances. Celle-ci lui recommandait incessamment d’adorer Dieu et son prophète, pour qu’l puisse accéder au paradis.

Mhend se retrouve perdu, désemparé, désespéré devant cette épouse qu’il avait appris à aimer follement  durant le bon vieux temps. Il se pose des questions sans réponse. Il se casse la tête pour trouver une issue salutaire mais en vain. Il ressent une solitude profonde, un stress de plus en plus envahissant. Frisant la dépression, il n’arrive pas à trouver une solution à cette crise sans précédent qui vient empoisonner son existence du matin au soir. Il n’arrive pas à trouver le sommeil. Il rumine sans cesse des pensées noires. Par contre, sa femme dort profondément à côté de lui, insouciante, indifférente à ses souffrances d’être humain qui se soucie de choses terrestres, futiles pour elle. Taoues rêve de choses importantes. Elle rêve de Dieu, de son prophète et des anges qui la transportent délicatement  vers le paradis.

Mhend n’arrive pas à comprendre ce bon Dieu et son prophète, interposés par sa femme comme un mur, pour perturber son bonheur. Il souffre sans pouvoir crier au secours de Dieu qui semble monopolisé par Taoues. Perdu dans un cauchemar sans fin, il a l’impression de se retrouver dans le lit d’un océan épineux et en furie, grondant comme un chien enragé. Il décide d’appeler sa défunte mère au secours. Elle seule pourrait l’extraire de ce gouffre noir aux griffes menaçantes. Maman… ! Il n’a pas terminé son appel au secours. Il s’agrippe à un oreiller comme à une bouée de sauvetage envoyée par sa mère. Son réconfort lui fait du bien. Il serre l’oreiller contre lui, l’embrasse, le caresse, lui dit des mots d’amour.  Sa femme se réveille et lui dit : -A qui parles-tu, espèce de fou ? C’est l’heure de la prière matinale. Au lieu de parler d’amour insensé, tu ferais mieux d’aller prier. Mhend se lève péniblement, il prend sa voiture et s’en va chercher un bar qui ouvre tôt ses portes pour évacuer son stress et sa solitude. Taoues se dirige vers la mosquée qui se trouve juste en face de sa maison.

Hammar Boussad