Mendicité à Bougie – Quand le marasme social impose ses lois

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Ces derniers temps, beau­coup de mendiants viennent dans la région de la basse Kabylie et marquent leur forte présence sur les trottoirs. Cela ne veut pas dire que dans la ville des Hamadites tout le monde est riche et que les pauvres ne viennent que d’ailleurs, mais généralement les plus démunis se contentent des dons et des charités qu’ils reçoivent périodiquement de la part des âmes charitables. Comme les gens se connaissent, contrairement aux grandes villes de l’Algérie, de­mander la charité dans la rue n’est guère une pratique courante chez les natifs de la région.

Le phénomè­ne de la mendicité est en progression alarmante même si on ne parle rarement de ces souffrances de l’ombre. Dans les grandes agglomérations d’Algérie, le nombre de ces personnes qui s’adonnent à ce « métier » est énorme. En effet, presque tous les coins sont « enva­his » par ces hommes, femmes et enfants, chacun d’eux s’invente une manière d’arracher, un tant soit peu, des pièces de monnaie. Dans la ville de Bougie, ce n’est pas vraiment la même situation qui se présente. Cependant, un nombre important de mendiants y accède. Souvent très jeunes, des adolescents, des deux sexes, se succè­dent, dans leur passage et leur quê­te.

Mal habillés, chétifs, leur état n’illustre guère de bonnes mines. Argent ou autres denrées, ces petits misérables acceptent tout ce qui leur est offert. D’une porte à une autre, leur marche infatigable les mène jusqu’à des habitationstrès reculées. A cet âge-là, ces jeunes doi­vent se consacrer aux études et jouir de leurs tendres moments. Hélas, ce n’est point inscrit dans l’ordre des jours de leur vie morose. « A mon avis, ces mendiants qui ne cessent de venir dans notre commune ne sont guère dans le besoin. Ces derniers temps, beaucoup de gens on débarqué dans ce milieu. Je vous assure que je connais des personnes qui se sont fait de l’argent grâce à ce métier. Mais je ne peux leur reprocher quoi que ce soit. Il y a trop de misérables dans notre pays, mais je préfère aider ceux qui le méritent. C’est-à-dire les pauvres que je connais », estime un homme habitant la ville de Yemma Gouraya.

Lorsqu’on a tenté de savoir plus sur les opinions des uns et des autres concernant le phénomène de la mendicité, on a constaté que plusieurs personnes sont méfiantes de ces « intrus ». Cependant, chez pas mal de gens, il n’y a pas du tout de dis­tance à prendre face aux « chercheurs d’os ». « Moi, si je peux aider quel­qu’un, je le fais. Je m’en fous éperdument de ce qu’il est, d’où il vient. On ne doit pas juger les gens. Lorsqu’on veut faire du bien, on met les calculs de côté. Si on se pose trop de questions sur l’autre, les bons gestes n’auront plus de sens. Aider est le sub­stantiel de l’acte humain, » estime Redouane, un jeune Boujiote.

Ce qui semble certain dans ces circonstances, c’est que beau­coup de personnes sont livrées à un malaise sans merci, même si leur souffrance est sans voix.