Mohya : Muhend Uperpuc veut aller au paradis

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Mohia

CONTRIBUTION (Tamurt) – On ne rendra jamais assez hommage à Abdellah Muhend Uyehya (1950-2004), plus connu sous le nom de Mohya, poète, conteur, comédien, dramaturge, acteur…   A mon humble avis, il ne suffit pas de reconnaître son immense talent et son apport considérable à la culture amazigh. Mais, il faut aussi faire connaître son œuvre monumentale au grand public, aux jeunes générations qui n’ont pas eu la chance de le connaître, en diffusant ses œuvres dans toutes les langues et dans tous les pays. C’est dans cette optique que j’ai essayé d’adapter en français l’un de ses chefs d’œuvres. Je vous invite à lire et méditer la pensée féconde et philosophique de Mohya, un éveilleur de consciences hors pair, un intellectuel avisé, éclairé.

A force d’entendre sa grand-mère disserter sur le paradis, énumérer ses merveilles, vanter ses mérites et louer ses avantages, Muhend Uperpuc perd la raison et contracte une étrange maladie que les médecins n’arrivent pas à soigner. Fainéant et détestant l’école, il était très sensible aux propos de sa grand-mère qui disait qu’au paradis, on n’avait pas besoin de travailler ou d’étudier. Il suffisait d’exprimer son désir pour qu’il soit exaucé comme par enchantement.

Muhend Uperpuc veut accéder rapidement au paradis. Pour réaliser son rêve, il doit mourir. Pour arriver à ses fins, ses amis lui conseillent d’arrêter de boire et de manger. Il met en pratique leurs conseils. Ses parents sont inquiets et affolés. Ils essayent à tout prix de le dissuader mais en vain. Il répète sans cesse :-« Je suis mort, enterrez-moi. Vous êtes mauvais et jaloux. Vous ne voulez pas que j’aille au paradis. »

Le père de Muhend Uperpuc consulte le Dr. Wakli, le seul médecin capable de faire quelque chose, selon ses amis. LE Dr.Wakli affirme pouvoir soigner le malade si ses recommandations sont scrupuleusement respectées. Le père est d’accord.

Le médecin fait semblant d’ausculter le malade. Il le déclare mort et ordonne son évacuation dans une salle aménagée spécialement pour lui. Tous les artifices sont réunis pour qu’elle ressemble au paradis. De belles fleurs multicolores, des parfums, des tapis confortables, des images féeriques de paysages, de rivières, d’oiseaux et de papillons…sont disposées autour de la chambre. De jeunes servantes parées d’ailes blanches font office d’anges. Elles sont prêtes à intervenir pour satisfaire ses moindres désirs.

Chaque jour, les servantes lui apportent du miel et du beurre et lui souhaitent bon appétit avec beaucoup de joie, de politesse et de doux sourires. Au début, il mange comme un ogre affamé. Au bout de quelques jours, il en a marre de manger la même chose. Il réclame du couscous, du berkukes, akermus, buzeluf, dolma, lubia, aksum, lexrif, aghrum, lmaqarun…     Les anges lui expliquent gentiment que ce genre de nourriture n’est pas servi au paradis  mais uniquement sur terre. Muhend Uperpuc veut chier. Les anges amusés lui expliquent avec le sourire qu’il est impossible de souiller un endroit parfait et sacré avec des déchets.         Muhend Uperpuc demande à voir ses parents et son amie Pinuca. Encore une fois, les anges lui expliquent qu’il devrait patienter de longues années avant de les revoir.

Muhend Uperpuc regrette amèrement de s’être aventuré au paradis. Chaque jour, il pousse des soupirs de rage et de désespoir. Il critique ouvertement et sans cesse le paradis. A ce moment, le Dr. Wakli intervient :-« Muhend Uperpuc, je t’annonce une bonne nouvelle. Désolé, je me suis trompé de diagnostic. Ce n’est pas toi qui est mort mais une autre personne. Tu es libre de retourner à la terre si tu désires quitter le paradis. »

Fou de joie, Muhend Uperpuc embrasse le médecin et ses parents. Il échafaude des projets sur le champ :-« Je vais me marier avec Pinuca immédiatement et gérer une épicerie. La vie est plus marrante, plus belle que le paradis, dit-il avec enthousiasme. »

Hammar Boussad