Montréal : Communication sur le Tourisme en Kabylie

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ECONOMIE (Tamurt) – Aujourd’hui, nous allons parler de la Kabylie qui avance, de la Kabylie qui espère, en un mot de la Kabylie qui rêve. Et c’est un honneur et un privilège pour moi de venir vous parler du tourisme, surtout en cette journée de la Nation Kabyle.

En dépit de mes obligations professionnelles, je ne pouvais moralement décliner l’invitation qui m’a été faite par le CAM (Centre Amazigh de Montréal) de venir faire un exposé sur le tourisme kabyle car, parler de ma terre natale en cette journée historique est un acte patriotique incontestable et un geste symbolique fort significatif…

Je remercie les responsables du CAM d’avoir eu l’idée d’organiser un débat sur le tourisme et j’espère que d’autres hommes et femmes d’expérience suivront plus tard pour vous parler de l’oléiculture, de l’arboriculture, des ressources hydraulique etc…
Les sceptiques, consciemment pour certains et inconsciemment pour d’autres, pensent que la Kabylie est pauvre. Cette sentence populaire à la fois fausse et arbitraire, sciemment entretenue, m’inspire la réflexion suivante : La Kabylie n’est pauvre que pour celles et ceux qui ignorent ses atouts comme nous allons le démontrer sur le plan de sa richesse touristique.

Le tourisme est une ressource inépuisable et un secteur extrêmement porteur, si une politique d’exploitation et de développement est mise en place de manière cohérente et intelligente. Il sera un outil efficace qui accélérera l’émancipation économique de la Kabylie.
Aujourd’hui, le déplacement des individus pour n’importe quel motif est un besoin à la fois physiologique et psychologique et, quand il y a des besoins, il y a nécessairement obligation de les satisfaire par l’organisation des activités et la disponibilité des conditions de réalisation.
À l’échelle d’une nation, cette activité devient alors une industrie génératrice de richesse pour le pays et il serait préjudiciable, économiquement parlant, de marginaliser cette industrie ou de ne pas lui donner la considération qu’elle requiert.
Le CAM m’a donc invité à venir débattre avec vous du tourisme en Kabylie et si, à la fin de mon exposé et du débat qui va suivre, vous avez le sentiment d’aimer ou de connaitre un peu plus la Kabylie, j’aurai relevé correctement le défi et concrétisé mon ambition. En fonction de mon expérience et de mes connaissances, je vais essayer de donner le maximum d’informations utiles et d’éclaircissements pertinents sur le tourisme en Kabylie. Je vous le dis d’emblée, je ne prétends pas être un expert dans l’économie touristique, mais de par ma longue carrière professionnelle dans le domaine, et des perspectives avantageuses qu’offre ce secteur, j’ai déjà pris l’engagement que si, demain, la Kabylie venait à changer de statut politique, je serais le premier à y retourner pour investir mes économies.

Cet engagement personnel démontre, à lui seul, que l’industrie touristique en Kabylie peut être économiquement viable et techniquement fiable. C’est un pari gagnant pour tout investisseur faisant preuve d’esprit entrepreneurial.
La Kabylie entière est un espace où le tourisme peut être pratiqué à longueur d’année et une partie de son territoire est un parc national que partage Tizi-Ouzou avec Tuβiret. Ce parc national s’étend sur une superficie de 18 500 ha abritant des forêts silencieuses, des sommets enneigés, des rivières, des gorges et des gouffres.
Son climat à la fois méditerranéen et continental lui procure une faune et une flore très diversifiés et si la Kabylie pouvait tirer profit de cette nature si généreuse et si précieuse de nombreuses activités lucrative pourraient y être développées. Cela va nécessiter la mise en place d’un cadre approprié de production et de distribution de services et biens pour créer des emplois et de la richesse.

Dans ce domaine, juste pour simplifier le propos, un oiseau peut procurer à la Kabylie des revenus par l’organisation, en faveur des ornithologues, des séjours touristiques pour faire la connaissance de la SITTELLE KABYLE du nom scientifique SITTA LEDANTI. Il s’agit d’une espèce d’oiseau rare endémique qu’on retrouve à plus de 1000 mètres d’altitude dans les monts des Babord.
Il en est de même pour les espèces végétales qu’on trouve en Kabylie et qui peuvent donner lieu à un tourisme éducatif intéressant les biologistes et les botanistes. Il suffit d’être imaginatif et avoir un sens aigu du marketing touristique pour offrir des produits spécifiques à chaque segment typologique de clientèles.

Comme nous l’avons souligné précédemment, les activités touristiques en Kabylie peuvent être réalisées à longueur d’année, sans donc l’interruption due au phénomène de la saisonnalité du tourisme comme, c’est le cas dans les autres régions d’Algérie.
Énumérons alors dans le détail ces activités en commençant par :

I : Le tourisme balnéaire
Ce tourisme essentiellement estival est très populaire aussi bien auprès de la clientèle nationale qu’étrangère. La Kabylie possède un très beau littoral méditerranéen, alternant des récifs abrupts plongeant dans la grande Bleu et des plages de sables fins.
L’infrastructure hôtelière et les installations afférentes sont, par contre, quasiment nulles ou atteintes par une vétusté avancée. Il ya lieu de les rénover pour les ajuster aux normes internationales et entreprendre la construction d’autres hôtels dans des ZET (Zones d’expansion touristiques) préalablement déterminées. La construction doit obligatoirement se faire dans le respect de notre style architectural et dans le respect de notre environnement. Ce développement peut être opéré par des investisseurs privés selon des dispositions rigoureuses d’un cahier de charges bien étudié. Il peut se faire aussi en partenariat public privé (participation des collectivités locales). Cette association public –privé dans le tourisme va, je suis convaincu, donner lieu à un mariage réussi qui peut servir d’exemple pour les autres secteurs.

II : Le tourisme Climatique
Il n’est pas nécessaire de vous décrire la beauté des nos majestueuses montagnes, mais il n’est pas faux de vous dire que c’est un fabuleux gisement touristique qu’il faut absolument mettre en valeur.
Outre le ski populaire ou de compétition qui peut être pratiqué, la Kabylie est un paradis pour les randonneurs et amateurs de marche en montagne. L’organisation de ces randonnées pédestres sera un produit touristique à effet multiple puisque on peut associer l’habitant qui offrira le gite et/ou le couvert pour les touristes. C’est un « dosage » collatéral bénéfique qui fera le bonheur des habitants Kabyles.
La Kabylie pourra exploiter nettement mieux les deux stations de ski Tikjda et Tala Guilef et il est indispensable d’en construire d’autres. Pour attirer une clientèle sportive ou à la recherché de soins, la Kabylie peut envisager la construction de complexes sportifs ou des centres de villégiature paramédicaux pour les convalescents atteints de maladies respiratoires, car le climat est favorable pour certains soulagements ou guérisons.

III : Le Tourisme Thermal
Compte tenu des ressources hydrauliques dont regorge la Kabylie, il se produit sûrement des phénomènes géothermiques qui génèrent des eaux thermales un peu partout sur le territoire de la Kabylie. Ce tourisme n’a pas bénéficié de l’attention qu’il mérite et les quelques sources thermales existantes sont exploitées de manière artisanale où les conditions d’hygiène lamentables peuvent s’avérer être une source de maladies plutôt que de guérison tant recherchée. L’exemple de Hamam Salihine tout prés de Yakouren en donne une parfaite illustration de l’état des lieux. Une étude sérieuse doit être menée pour évaluer le potentiel de ce tourisme de soins afin d’engager un effort soutenu pour son essor en construisant des infrastructures de qualité qui seront gérées par un personnel et des cadres qualifiés (médecins spécialisés, massothérapeutes, physiothérapeutes etc…).

IV : L’écotourisme
Dans ce domaine aussi, La Kabylie peut, à juste titre et sans chauvinisme aucun, être considérée comme la terre promise de l’écotourisme. Pour un profane, l’écotourisme est l’activité humaine qui vise l’exploitation, à des fins commerciales, d’un attrait touristique naturel tout en préservant l’environnement par l’exclusion de toute intention prédatrice.
Dans cet ordre d’idées, notre expérience en tant qu’opérateur touristique et suite aux opérations d’exploration et de promotion que nous avons réalisées, il est absolument certain que la Kabylie dispose d’atouts majeurs dans le s produits touristiques suivants :
1) La plongée sous-marine :
À ne pas confondre avec la chasse sous marine dont l’activité consiste à tuer les espèces. La plongée sous marine s’adresse à des plongeurs férus des sites subaquatiques pour admirer la faune et la flore et prendre des photos. Ce sont des biologistes amateurs aisés financièrement qui sont toujours à la recherche de nouveaux espaces sous marins. Sur ce plan, l’ilot de Tigzirt et ses environs, d’après nos investigations présentent un grand intérêt touristique pour la communauté de plongeurs Européens pour les raisons suivantes :

a) Le poisson dans cette région littorale de la Kabylie meurt de vieillesse, car on n’observe pas de pêche intensive à l’échelle industrielle qui décime le poisson. Et la pollution, contrairement à la rive nord de la Méditerranée, est relativement minime pour ne pas dire nulle pour le moment.

b) Les tarifs des séjours de plongée à Tigzirt, d’après toujours notre étude sont extrêmement compétitifs voire imbattables, compte tenu de la force de l’Euro par rapport à la monnaie locale. Il y a là, pour la Kabylie, une opportunité de réaliser des revenus substantiels, surtout si on ouvre des centres de plongée sur tout le littoral Kabyle. La vérité commerciale à laquelle nous étions parvenus est qu’il était plus agréable et beaucoup moins cher de venir plonger à Tigzirt que sur le littoral Français.

c) Ce produit touristique présente des dérivés qu’il est facile à mettre sur le même marché à savoir la photo-sous-marine et l’archéologie sous-marine qui comptent beaucoup d’adeptes dans les différentes Fédération de plongée.

d) Le marché ciblé composé essentiellement de clubs et de fédérations de plongeurs peut raisonnablement être qualifié d’immense et pour preuve, juste la Fédération française d’études et de sports sous marins compte 150 000 licenciés, sans parler d’autre membres participants. Cette fédération enregistre aussi 2500 clubs affiliés et c’est autant de groupes de touristes qui peuvent être démarchés.

2) Le tourisme cynégétique
À l’instar du poisson, le sanglier meurt de vieillesse dans les forêts kabyles et cet état de faits s’explique par deux principales raisons :
A) Comme tout le monde le sait l’Islam interdit sa consommation
B) La truie peut parfois avoir deux portées par an et chaque portée donne deux à dix marcassins.
La prolifération du sanglier peut causer de sérieux problèmes à l’équilibre de l’écosystème et provoque depuis longtemps des ravages aux jardins potagers des familles Kabyles. Il y a, à notre avis, urgence pour monter un produit touristique basé sur la chasse du sanglier, ce qui aura pour impact de diminuer ce cheptel sauvage et peut donner lieu, pourquoi pas, à la création de petites entreprises pour le conditionnement de sa viande et pourquoi pas son exportation ? Une usine Olymel version Kabyle n’est pas impossible.
Si pour la plongée sous-marine, Hurghada en Égypte est la Mecque pour les plongeurs, la Kabylie peut être la Mecque pour les chasseurs de sangliers.

3 ) Autres atouts de l’écotourisme
L’industrie touristique Kabyle ne doit négliger aucun élément de la nature susceptible de lui procurer des retombées financières. C’est dans cet esprit qu’il faut agir en levant d’ores et déjà le préalable de l’établissement d’une cartographie qui recensera et évaluera tous les gouffres, grottes et falaises pouvant intéresser les alpinistes.
Ce travail minutieux doit prendre en compte chaque «trou» si anodin soit-il, car l’apparence peut être trompeuse .Il peut se révéler être une mine d’argent comme c’est le cas de la grotte du Drach (grotte du dragon) dans les îles Baléares ou de celle de Lascaux (dans la vallée de la Vézère, en France). Il est regrettable que la grotte du Macchabé, au demeurant fort intéressante, n’ait fait l’objet d’aucune recherche pour au moins poser à l’entrée une plaque explicative.
Pour finir avec l’écotourisme, que peut faire la Kabylie pour étoffer son industrie touristique et lui assurer une visibilité internationale. Deux idées peuvent être avancées.

La première consiste à lancer un concours auprès de nos artistes et penseurs afin de recueillir la meilleure proposition de projet pour la conception et la réalisation d’un monument, stèle ou tout autre ouvrage d’art qui symbolisera et témoignera de la résistance séculaire du peuple amazigh. Cet ouvrage ou ce monument doit nécessairement être une curiosité touristique qui attirera les visiteurs et qui donnera un cachet identitaire à la Kabylie.
La deuxième idée est de réfléchir sur l’organisation d’un évènement d’envergure internationale dans le domaine des sports ou art et spectacle comme un rallye motocycliste à travers la Kabylie ou un festival annuel des arts autochtones à travers le monde.

D ) Le tourisme religieux
J’ai, à dessein, évacué ce tourisme de la liste des axes des priorités touristiques rentables pour la Kabylie, car il s’agit d’un tourisme d’émission. El hadj et l’ Omra sont des activités certes touristiques, mais c’est également une saignée chronique et récurrente de devises pour le trésor public. Il est, cependant impératif de revoir leur organisation en en confiant la gestion à un organisme parapublic spécialisé pour mettre fin à l’anarchie qui les caractérise actuellement.
Nous avons mis l’accent sur les conditions naturelles à même de donner à la Kabylie un statut de destination touristique compétitive au niveau méditerranéen, mais pour que son industrie soit florissante, elle doit essentiellement s’appuyer sur son facteur humain pour s’imposer. Cet ingrédient fondamental pour toute réussite est déjà, pour la Kabylie, un acquis que nous pouvons justifier par les arguments suivants :
1) L’acceptabilité sociale ne peut en aucun cas être un frein, car le Kabyle, de par son hospitalité légendaire est favorable au tourisme .Il est de manière innée ouvert aux étrangers et affiche des aptitudes et des prédispositions psycho-sociales positives pour l’accueil des étrangers chez lui.
2) La formation technique est déjà disponible du fait qu’il existe un institut de formation hôtelière à Tizi-Ouzou. il faut juste y ajouter une filière pour la formation des guides de montagne et autres agents d’accompagnement ou d’assistance.
Afin de garantir une gestion saine et selon des normes scientifiques des infrastructures, il convient d’ouvrir des sections de gestion touristique au niveau des universités kabyles pour former des cadres compétents capables de réaliser les objectifs assignés à la politique touristique qui sera élaborée.
Par ailleurs, on a souvent comparé, à juste raison, la Kabylie à la Suisse de par certains aspects analogiques liés au relief et à leurs spécificités respectives. Ce pays modèle, grâce à la vache et à la neige produit le meilleur chocolat au monde et possède les plus belles stations climatiques.
L a Kabylie, grâce au génie, pas encore altéré j’espère, de son peuple, peut être la Suisse de l’Afrique et un ilot de jonction entre les valeurs de tolérance et les avantages de l’indépendance. Elle n’a pas intérêt a marginaliser ce secteur qui peut être un levier économique essentiel à son épanouissement social et à son rayonnement international.

Sur une note moins technique, je voudrai me permettre la liberté de dire que la Kabylie est bénie par la providence puisque sur son territoire on trouve en grand nombre deux arbres emblématiques. Il s’agit du figuier et de l’olivier évoqués dans le coran sous les vocables arabes Attini wa zitouni produits des deux arbres en question.
Mon mot de la fin va à celles et à ceux qui m’ont écouté, à défaut de vous avoir fait aimer un peu plus la Kabylie j’espère que vous la connaissez au moins, un peu mieux.
C’est mon souhait en tous cas et merci de votre attention.

Tanemmirt

Montréal, samedi 14 juin 2014