Mouloud Feraoun, Israël et le « douctour » Hacène

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Hacene Hirèche sur almagharibia

Contribution (Tamurt) – À quelques jours du 55e anniversaire de l’assassinat de l’auteur de La Terre et le Sang, un Sherlock Holmes algérien déclare sur une chaîne islamiste: C’est le Mossad qui a tué Lmulud At-Chaban….et les 127 jeunes kabyles du printemps noir?

Invité par la chaîne qatarie, El Magharibia, que dirige Oussama, fils de l’islamo-intégriste Abassi Madani, Hacène Hireche présenté comme « douctour », a révélé une information on ne peut plus insolite!

Croyant qu’on peut faire avaler aux kabyles toutes sortes d’idioties dès qu’on s’adresse à eux dans un français « parisien », Mass Hireche a habilement, croit-il du moins, essayé d’éluder la question concernant les véritables raisons de l’émergence du mouvement souverainiste en Pays kabyle. Au lieu de rappeler clairement et sans langue de bois que le massacre de 127 jeunes kabyles en 2001 par les régents d’Alger devant l’indifférence totale des Algériens,a provoqué un schisme irrévocable entre les deux peuples, Mass Hireche a préféré pérorer sur les années 1970’, Hocine Ait-Ahmed et Ali Mécili.

Le cheikh Hacène, qui cherchait sûrement à plaire à son intervieweur, a sciemment évité de parler, en outre, du peuple kabyle et de la langue kabyle.Cette langue que ses amis d’El Magharibia massacrent quotidiennement en l’écrivant en caractères arabes, faisant fi ainsi de la volonté des kabyles qui ont adopté les caractères latins. Le natif d’Iwadiyen, a préféré parler plutôt d’une entité géographique appelée l’Algérie, terre arabe et musulmane, et du « glorieux » peuple algérien ou d’Algériens tout court, lui qui a passé la quasi-totalité de sa vie en France.

Pourtant, il fallait juste un peu de bravoure à cet « autonomiste de l’avant l’heure », pour affirmer calmement et sereinement à son acolyte que le peuple kabyle et les autres peuples d’Algérie ne partagent plus rien. Ni la langue, ni leur rapport à la religion ou au monde civilisé, ni les mêmes aspirations ou visions en ce qui a trait au travail, au rôle de l’école et au statut de la femme.

Plus scandaleux, et contrairement à Massa Fatiha Rahmouni (militante souverainiste) et à Mass Sofiane Ikken (responsable du RPK) qui sont restés dignes, même s’ils ne partagent pas la nouvelle « feuille de route » qu’on essaye d’imposer aux valeureux militants du MAK, le « dépité » des « élections » législatives algériennes de 2012 s’est ridiculisé en déclarant, à l’image d’un « mounadhil » du parti Baath syrien, que, accrochez-vous à vos chaises, c’est Israël qui a assassiné Mouloud Feraoun!

Notre expert en neurolinguistique a-t-il oublié, par excès d’euphorie, qu’il s’adressait aux kabyles et non aux habitants de l’oasis Sidi Abdelkader Djilali? Ignore-t-il que tous les pays dits arabes entretiennent des liens très étroits avec Israël de manière officielle ou officieuse? S’est-il interrogé sur les raisons cabalistiques qui poussent ses confrères Algériens à vouloir interdire à des peuples en quête de souveraineté comme les Kurdes et les kabyles de visiter Israël, alors qu’ils le consentent aux Arabes?

La direction du Rassemblement pour la Kabylie (RPK) doit réagir rondement et promptement à ces déclarations. Elle doit informer l’opinion publique kabyle, si elle fait siennes les propos de Mass Hireche. Il y va de l’avenir de leur rassemblement.

Les responsables du MAK en exil, quant à eux, doivent se livrer en urgence à une véritable introspection. Sinon, la reproduction des errements du FFS et du RCD, avec leurs méthodes de gestion staliniennes, la prédominance de la mégalomanie, de la paranoïa et de la culture du grand « zaïm » qui ne rend de comptes à personne, démoraliseraient à jamais toute une génération de militants.

La construction d’un État kabyle moderne passe par un vrai débat démocratique, l’alternance aux responsabilités, le respect de la base militante et de la volonté du peuple kabyle. Par conséquent, le culte de la personnalité, l’improvisation,l’absence de contre-pouvoirs et le non respect des statuts et des résolutions du mouvement doivent être bannis. Il y va de l’avenir de la Kabylie.

Belinda At-Moussa