Mulhouse : La langue berbère mise à l’honneur

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TAMAZGHA (Tamurt) – La première partie était animée par les enfants qui fréquentent régulièrement les cours de berbère dispensés au sein de l’association par Tessadit Korichi assistée de Nacer Makhlouf. C’était l’occasion de mettre en lumière leur travail effectué tout au long de l’année. En véritables acteurs, ils ont interprété une petite scène de théâtre, posé des devinettes au public, bien entendu en langue kabyle (une variante du berbère) leur représentation s’est terminée par le célèbre chant « A mmi-s umazigh » devant une salle admirative.

La seconde partie était consacrée à une conférence sur le thème de la tramission de la langue animée par Akli Kebaïli. Après avoir expliqué les différentes méthodes d’apprentissage à mettre en place au quotidien auprès de nos enfants, il a insisté sur le fait que cette langue peut être utilisée dans tous les domaines (scientifiques, mathématiques, conférences etc…). Et parce qu’il est pragmatique il s’est exprimé qu’en kabyle à l’assistance.

La rencontre a été honorée par le Doyen de la Facultée des Lettres et des Sciences
Humaines Yann Kerdilès qui, par son discours, a transmis un message de soutien et d’espoir pour l’avenir de notre langue.

La rencontre s’est terminée dans la convivialité autour du verre de l’amitié et par une séance de dédicace.

Prochaines rencontres :

Sam 17 nov : repas de l’amitié « imensi n tmlilit »

Sam 24, dim 25 nov : salon international du livre de Colmar

Contact : acbmulhouse@aol.com

Louisa D.

En attendant la version integrale de la conférence dans l’edition kabyle, voici une synthèse, en francais, que le Dr Akli Kebaili nous a envoyée

La transmission de la langue kabyle dans la diaspora

L’exemple de l’Allemagne

Les problèmes de l’apprentissage de la langue kabyle dans la diaspora en général
sont très divers et complexes.

Les facteurs extérieurs:

– La non-reconnaissance officielle de la langue kabyle en Algérie. Ce fait a des
conséquences négatives sur le plan matériel comme sur le plan psychologique.
Les kabyles ne trouvent ni des écoles ni les moyens pédagogiques pour apprendre
à leurs enfants leur langue maternelle. Les kabyles eux-mêmes n’avaient pas la
possibilité d’apprendre leur langue maternelle à l’école.
En raison de cette situation, ils sont aussi complexés vis à vis des autres peuples du
monde.

– Les problèmes liés à la diaspora comme le manque de lieux de rencontres et le
manque de contacts entres les kabyles eux-mêmes. (Problèmes liés à l’état fédéral)
– Le manque d’usage de la langue kabyle dans les institutions comme les
ambassades ou les consulats.

– L’absence de la langue kabyle comme langue de communication avec les non-
kabyles. Peu d’étrangers apprenant le kabyle.
– Les penseurs berbères n’ont pas malheureusement laissé des ouvrages en
langue berbère. Si Sait-Augustin avait écrit en langue berbère, cette langue eut été
aujourd’hui enseignée dans beaucoup d’universités du monde.

Les facteurs intérieurs :

– Beaucoup de kabyles pensent qu’un kabyle (une kabyle) qui ne maîtrise pas la
langue française ou les autres langues étrangères ne peut pas être un kabyle cultivé.

– Beaucoup de kabyles considèrent que parler français avec un accent kabyle suffit
pour manifester sa kabylitée.

– Beaucoup de kabyles ne savent pas que leur langue est capable comme toutes les
autres langues d’être la langue de travail dans tous les domaines de la vie.

– Il existe un problème d’ordre psychologique (complexe d’infériorité) par rapport à la
langue française.

– Beaucoup de kabyles se limitent dans leur engagement pour la culture kabyle au
refus de la langue arabe imposée par les gouvernements de l’Algérie. Pourvu que la
langue arabe ne passe pas!

– Beaucoup de kabyles préfèrent communiquer avec leurs enfants dans la langue du
pays d’accueil pour les aider à s’intégrer dans la société.
– Beaucoup de kabyles engagés pour la reconnaissance officielle de la langue
berbère n’utilisent pas cette langue comme langue de travail.

– Beaucoup de kabyles trouvent toujours des excuses pour ne pas utiliser leur langue
maternelle comme langue de travail.

– Beaucoup de kabyles ne sont pas conscients du danger de la disparition
de leur langue.

Comment encourager les parents kabyles à apprendre leur langue à
leurs enfants et avec quels moyens?

La première condition c’est de vouloir rester kabyle et vivre avec la langue kabyle.

Voici un exemple d’un kabyle vivant en Allemagne, marié à une Allemande et qui a pu apprendre le kabyle à son fils unique.

– Dès la grossesse de sa femme il commence à communiquer en kabyle avec le
fétus (l’enfant dans le ventre de sa mère).
– Dans les premières années après la naissance de son fils il ne parle qu’en kabyle avec lui.
– Il écoute la musique kabyle avec lui.
– Il chante avec lui en kabyle.
– Il lui raconte des contes/fables en kabyle.
– Il parle kabyle avec les autres kabyles en présence de son fils.
– Il demande à ses amis kabyles de parler avec son fils en kabyle.
– Il joue et se dispute avec lui en kabyle.
– Il lui apprend à lire et écrire le kabyle à l’aide de photos.
– Il insiste à parler kabyle au téléphone avec sa grand-mère et sa famille.
– Il utilise des méthodes adaptées à chaque étape de son développement.
– Il ne le force pas à apprendre le kabyle.
– Il lui montre par des exemples concrets la nécessité de l’usage de la langue kabyle
(par exemple le contact avec sa grand-mère vivant en Kabylie).
– Il le prend avec lui en Kabylie.
– Il donne au manque de l’usage du kabyle dans la diaspora un sens positif. « Notre
langue est spéciale, ce n’est pas n’importe qui qui la parle. » Il la considère comme
langue relationnelle avec lui (par exemple en relation avec sa mère).

Par Akli Kebaili

Francfort, octobre 2012