Nadjia Bouaricha et l’insulte au journalisme

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« Un métier bafoué »

CONTRIBUTION (Tamurt) – La première fonction du journalistique est de porter l’information aux lecteurs, avec comme obligation l’exactitude des faits et la neutralité. Votre article ne semble pas répondre à ces exigences de base, qui doivent garantir aux lecteur sa liberté d’opinion.

Plus encore, tout au long de l’article, vous, journaliste, vous vous adonnez à de nombreuses interprétations visant, non à informer le lecteur sur l’événement, mais plutôt à étayer une idée que vous, Nadjia Bouaricha, voulez défendre, et visiblement avec hargne.

Tout d’abord, vous manquez cruellement d’objectivité et d’exactitude quand à la contextualisation de la rencontre. Votre article porte plus, il faut le reconnaitre, sur la personne de Ferhat Mehenni, dont vous écorchez par sept fois le nom. Doit-on noter là une marque de mépris de la part d’une journaliste ou simplement son incompétence ? Vous omettez également de dire qu’il a été reçu en tant que Président du Gouvernement Provisoire Kabyle. Vous préférez le terme très inapproprié de « chef du MAK ». Sachez d’ailleurs que le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie a pour président Monsieur Bouaziz Ait Chebib, et ce depuis le second congrès du mouvement tenu au mois de décembre dernier. Je porte à votre attention le fait que le compte rendu ait été transmis, dès le lendemain de la tenue du congrès, à la direction de votre journal, sans que celle-ci n’en fasse mention dans ses colonnes. On peut donc prendre acte d’une dissimulation de l’information.

Vous assimilez également les termes d’Autonomie et d’Indépendance. Sachez que ce dernier concept ne fait pas parti de la terminologie employée par le MAK. Subversion de l’information ou simple manque de maitrise du vocabulaire ? Auquel cas, je vous conseille, comme je le fais avec mes élèves, de vous procurez un bon dictionnaire.

Vous n’évoquez pas le termes de la rencontre organisée par le Collectif des Kabyles de France à l’Assemblée Nationale, qui avait pour thème « la Kabylie à travers l’Histoire ». Vous préférez extrapoler, encore, sur la date symbolique choisie. Un mot tout particulièrement est perturbant dans votre phrase. Que signifie ce « Pourtant » ? Particule de réfutation, le lecteur comprendra, en vous lisant, que la célébration du jour de l’an Berbère « par tous les algériens et tous les Amazighs » interdirait, de fait, la tenue d’une séance de dialogue autour de la Kabylie à l’étranger. Vision sournoise que vous développez ou mauvaise maitrise, (encore !), de la langue française ?

Décidément les connecteurs logique perdent leur attributs avec vous. En effet, après une citation tronquée du président Mehenni, et une extrapolation de votre part, ajoutez le terme « Ainsi » qui vient nous dévoiler, (encore !!) une de vos interprétations, selon laquelle Ferhat Mehenni considérerait la Guerre d’Algérie comme un « malentendu ». Vous « usez et abusez » de guillemets de sorte à faire dire au locuteur ce que vous semblez vouloir entendre. Charcutant les propos du président et mijotant un discours à votre sauce, vous déformez sciemment la réalité des faits.

Votre cuisson s’éternise sur les trois derniers paragraphes ou vous que ne faites plus que déverser votre venin sur Ferhat Mehenni, que vous finissez d’ailleurs étrangement par ne plus désigner que par son prénom. Abhorrait vous donc à ce point le personnage pour d’abord écorcher son nom avant de le faire disparaitre ensuite définitivement ?

Une opinion pernicieuse

Vous avez, en tant que journaliste, manqué à votre premier devoir d’information dans l’objectivité. Peut être vous êtes vous plutôt assigné la tache de réveiller les consciences en commettant un article d’opinion ?

Permettez-moi de formuler ce que j’aurais compris de votre thèse. Ferhat Mehenni (ou plutôt Mhenni, ou encore simplement Ferhat, voir, pourquoi pas « le feu de la bouteille de gaz »), est un « nostalgique de l’Algérie Française » qui œuvre à la sécession Kabyle afin de faire imploser le pays du million et demi de martyrs. Vous défendez clairement une thèse et c’est très bien.

Quelles sont donc vos motivations ? Au vu de vos écrit, il ressort que vous espérez perpétuer le souffle sacrificiel des martyrs en défendant l’indépendance, l’unicité et l’indivisibilité de la nation algérienne. Démasquer les traitres, dénoncer l’ingérence du « colonisateur » semble être votre leitmotiv. De nombreuse fois dans vos différents articles publiés dans ce même journal vous opposez aux « glorieux martyrs » le « colonisateur français ».

Ces récurrences ressemblent à s’y méprendre au discours des branches officielles du pouvoir, FLN avec Bouteflika et RND avec Ouyahia, que pourtant vous assimilez à une « oppressante dictature ». Comment justifiez vous alors ce lien étroit ?

Vous venez de consacrer un article entier à essayer de prouver au lecteur le danger que Ferhat Mehenni représente pour le pays. A t-il lui du sang sur les mains ? A t-il volé des milliards ? A t-il imposé quoi que ce soit à quiconque par la force ? En dehors de sa tendance à exprimer librement ses pensés, qu’à t-on au juste à lui reprocher ? Vous appréciez visiblement l’algérianité, la sagesse populaire ne nous dit-elle pas que « la langue n’a pas d’os » , “Lsan ma fih aâdam” ? Je suis donc étonné de vous voir usez votre encre et vos plumes à stigmatiser un Homme que ne dispose d’aucune des clefs du pouvoir algérien.

Si vous étiez sincère dans votre démarche, consacreriez vous plutôt vos articles à des personnages comme Belkhir, Boumedienne, Nezzar, Toufik, Bouteflika, Ouyahia et autres. Ce sont eux qui dirigent l’indépendante nation algérienne. Eux qui durant cinquante longues années ont imposé une dictature militaire et terroriste, eux qui ont égorgé pendant 10 longues années, eux qui ont tués 128 âmes kabyles à Tizi-Ouzou, eux qui ont saboté l’appareil productif du pays, eux qui ont sacrifié des générations entières d’Algériens sur l’autel de la médiocrité, eux qui dilapident les précieuses richesses du pays, eux qui inculque la médiocrité à l’Algérien, qui lui obstruent les horizons, qui le gavent de nationalisme et de haine, qui lui brise sa liberté et ses rêves ; eux qui lui ont confisqué son indépendance et sa liberté, eux qui poussent la jeunesse à s’embarquer sur des radeaux pour gagner l’Europe, eux qui ont falsifié l’histoire qui ne font rien pour un avenir stable au Maghreb…

Cinquante années d’inefficacité, de sabotage, et de dictature. La séquestration de la dépouille du Colonel Kabyle Amirouche et la compagne de dénigrement qu’il a subit. L’interdiction par les autorités algériennes d’une conférence sur la poésie Kabyle. La non reconnaissance de la mémoire et de l’œuvre de Lounes Matoub, fervent militant d’une Algérie plurielle et démocratique. L’invocation des martyrs pour gonfler toute l’orchestration politicienne autour d’un vulgaire match de football. L’inauguration en grande pompe du « Métro d’Alger » (tristement célèbre pour ses histoires de corruption) par Bouteflika le 1er Novembre, date éminemment historique du début de la guerre d’Algérie. Voilà de véritables insultes à l’égard de la dignité humaine que défendaient avant tout les véritables martyrs. Voilà de véritables orientations qui auraient mérité l’encre et la plume d’un véritable journaliste.

Franchement, que croyez vous proposer aux lecteurs à travers cet article incendiaire où vous critiquez la démarche du MAK, ou vous calomniez Ferhat Mehenni que vous accusez, en des termes à peine voilés, de complicité avec l’ennemi, en l’occurrence le “colonisateur français”.

D’une part, vous insultez la mémoire de ce même Mehenni, militant infatigable de la cause berbère et de l’Algérie plurielle. Cet homme qui, dès sa jeunesse et les années 70 dénonçait activement le marasme politique algérien, mettant en péril sa personnes et son entourage. “Emprisonné de nombreuse fois, il est aujourd’hui encore poursuivi par la justice algérienne. L’assassinat de son fils à Paris reste non élucidé”.

D’autre part, vous discréditez le MAK, mouvement politique démocratique et pacifiste par excellence. Vous altérez ses visions et sa portée auprès des lecteurs et vous mettez en doute l’intégrité moral de ses dirigeants.

Enfin, 50 ans plus tard, comme vous le dites si bien, vous continuez a entretenir chez les algériens cette méfiance et cette haine vis à vis de la France. C’est plutôt cette perspective antagoniste entre les deux pays que dénonçait le président kabyle à travers ce terme de “malentendu”. un malentendu que certain essayent de désamorcer tandis que d’autres, comme vous objectivement, tentent d’entretenir.

Me vient alors en mémoire Tahar Djaout, journaliste Kabyle assassiné par les franges occultes du pouvoir, qui nous laisse une maxime qui, vingt ans après sa mort, ne perd rien de sa véracité : “En Algérie il y a deux familles, une qui avance et l’autre qui recule”.