Les obstacles majeurs qui freinent la lutte des acteurs kabyles autonomistes

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nuklal tilelli

Contribution d’Akli Azwaw à Tamurt – Actuellement, la situation en Kabylie est plus complexe qu’on ne le pense. Chacun la regarde avec ses propres lunettes. C’est l’histoire du verre que certains voient à moitié plein et d’autres à moitié vide. Ce qui est certain c’est que l’évolution positive de la conscience kabyle dans le domaine politique est incontestable. L’émergence des mouvements pour l’autonomie ou pour l’indépendance de la Kabylie en est la preuve. La revendication des droits politiques du peuple kabyle est irréversible.

Néanmoins, les militants autonomistes kabyles sont souvent bloqués et n’arrivent pas à atteindre leur but à court terme. Nombre de ces militants, qui veulent sérieusement changer la situation dans laquelle se trouve actuellement la Kabylie, restent malheureusement doublement bloqués.

Les causes de ce blocage sont multiples. D’un côté, ce blocage est dû aux facteurs extérieurs à leur volonté. C’est le blocage qui vient de l’Etat algérien. Mais ces autonomistes se bloquent en plus eux-mêmes sans le savoir. On dit: «Le chameau ne voit pas sa propre bosse, il voit la bosse de son frère.»
«N’oublie pas que chaque fois que tu tends un doigt vers l’autre, il y en a trois tournés vers toi», dit un proverbe chinois.

Le premier obstacle
C’est le manque de vrai contact avec la population kabyle. Beaucoup de militants communiquent, écrivent dans une langue étrangère, en l’occurrence la langue française. Même ceux qui maitrisent leur langue maternelle, le kabyle, évitent ou ils ne s’efforcent pas de l’utiliser. A chaque fois, ils trouvent des excuses pour ne pas l’utiliser. Cela est dû d’un coté à la force de cette langue héritée de l’histoire. Mais il y a aussi une autre cause qui peut être d’ordre psychologique. Il s’agit d’un complexe d’infériorité envers la langue de Molière. «Quand on aura nos institutions administratives et politiques, nous imposerons l’utilisation de notre langue maternelle comme langue de travail», disent certains de ces militants. Celles et ceux qui défendent cette opinion oublient que la langue kabyle risque de disparaître bien avant l’instauration de ces institutions.

Le deuxième obstacle
C’est le «Nnif n twaghit» qui se mélange souvent avec la jalousie chez beaucoup de militants. Ce sentiment provoque de la haine envers les adversaires politiques considérés comme des ennemis et bloque toute possibilité d’entente pour faire avancer la cause kabyle.

Le troisième obstacle
C’est le résultat du deuxième obstacle. Vu le blocage dû au «Nnif n twaɣit», beaucoup de militants croient à l’incapacité des Kabyles à s’entendre un jour entre eux. Cette attitude freine la volonté de chercher des solutions.

Quelles solutions à ces obstacles?
Il faudrait que chacun fasse son autocritique et soit capable de reconnaitre ses erreurs et de les corriger. Il faudrait s’entendre sur les points essentiels pour pouvoir atteindre le but commun qui est la construction de la Kabylie dans la liberté, la paix et la prospérité.

Voici les points sur lesquels il faudrait s’entendre: Etre conscient que les Kabyles sont un peuple comme les autres peuples, que nous avons une langue avec laquelle nous pouvons travailler, que nous possédons notre propre démocratie depuis des millénaires. que nous devons respecter les droits de l’homme, l’égalité entre l’homme et la femme et la liberté de culte, que la voie pacifique pour nos droits politiques légitimes doit être respectée par tout le monde. Lorsque les militants de la cause kabyle seront d’accord sur ces bases sur lesquelles doit reposer leur lutte, ils pourront alors suivre des voies différentes pour arriver au même but. «To Be or not to Be: That is the question!» (William Shakespeare)

Voir le texte original écrit en kabyle.

 Akli Azwaw