Octobre 88 : cet autre fleuve détourné

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octobre 88
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ALGERIE (Tamurt) – Le 5 octobre 1988 : déjà trente ans se sont écoulés depuis le soulèvement populaire qui a touché plusieurs villes algériennes, huit année après le printemps berbère d’avril 80. Après ces événements, tout le monde avait pensé qu’une nouvelle page empreinte d’espoir et de changements venait de s’ouvrir. Trois ans plus tard, une guerre civile a éclaté et a fait des centaines de milliers de morts. L’espoir a laissé sa place au cauchemar.

Trente ans plus tard, le bilan à faire concernant ces événements n’est guère reluisant puisque le Front de Libération Nationale (FLN) continue de régner en maitre absolu et en parti unique sur le pays. Tous les partis politiques nés après la révolte d’octobre ont capitulé et ont rejoint les rangs. Y compris les partis politiques dits kabyles. Pis encore, ces derniers sont devenus de simples coquilles vides avec la désertion en masse de tous les cadres et militants sincères qui faisaient leur crème. Il n’est pas besoin aussi de rappeler ici que la liberté d’expression, trente après les événements d’octobre 1988, est devenu une utopie en Algérie. Un pays où la presse, même celle dite indépendante, ne peut même pas critiquer un ministre voire un wali, sans avoir la peur au ventre ou sans être rappelé à l’ordre. Quant à oser à dire « du mal » du président de la République, ce n’est même pas la peine d’y penser. L’Algérie, trente ans après la révolte d’octobre 1988, a régressé avec l’émergence de la médiocrité généralisée dans l’ensemble des domaines.

Avec la chasse aux intellectuels intègres et libres, avec le ralliement en masse des artistes et quelques hommes de cultures kabyles, devenus des marionnettes entre les mains du pouvoir algérien qui les récompensent si bien avec des chèques mirobolants dûment signés par l’Office National des Droits d’Auteurs (Onda), le pays a sombré dans un tunnel d’incertitude et les voix discordante sont de plus en plus rares. De cette révolte qui avait charrié tant d’espoirs vains, a germé un système politique complètement atone, corrompu et complètement désintégré ainsi que plusieurs générations d’algériens sans repères. Ces derniers sont formés, ou plutôt déformés, par une école fondamentale surannée au moment où les fils des dirigeants sont envoyés dans les meilleurs écoles du monde afin d’assurer la succession comme dans une véritable monarchie.

A l’instar de l’indépendance de l’Algérie, la révolte d’octobre 88 a été également un fleuve détourné. Même par ceux que la majorité avait cru être de véritable chantre de la démocratie sur lesquels on pouvait compter. Trente ans après, il n’y a plus que désillusion et déception.

Tahar Khellaf