Où va l’Algérie avec, dans son giron, la Kabylie ?

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ALGÉRIE (Tamurt) – Les observateurs les plus optimistes – sans doute optimistes de nature – prétendent qu’une telle situation marquée par ce qui semble être le marasme général est tout-à-fait naturelle dès lors que d’un : l’Algérie est désormais arrivée à la croisée des chemins ; et de deux : l’inquiétude et le marasme sont le propre de chaque début de siècle.

Cependant, une telle thèse ne s’est pas appuyée sur des données scientifiques et palpables. Seules des théories agrémentées d’exemples reposant sur des faits historiques sont mises en exergue par ces universitaires gâtés par la nature. C’est-à-dire que ces individus peuvent prendre un menu composé d’un quignon de pain pour un festin de rois, une vieille cabane en bois pour un palace et les jambes d’une humble bergère pour celles d’une reine.

Hélas, tous les Algériens et les Kabyles n’ont pas cette chance d’apprécier la vie jusqu’à leur dernier souffle avec peu de choses. Par conséquent, la question trouve fort bien sa place dans le présent article.

En effet, au moment où l’on nous annonce que l’Algérie reste et restera fidèle au caractère républicain et l’esprit du congrès de la Soummam, nous sommes confrontés à des actes qui ne s’apparentent ni de près ni de loin à la logique républicaine. Ce coup biaisé contre la république est traduit par beaucoup d’éléments palpables. Le bourrage des urnes, le choix des hommes aux « commandes » par un groupe très restreint de personnages. La justice aux ordres du politique et selon ses intérêts du moment. L’oligarchie qui n’a pas cédé un pouce à l’alternance depuis 48 ans et quelques mois, la gestion dans le plus grand secret des deniers publics. Des vols et détournements de sommes faramineuses sans pour autant que les coupables, identifiés de tous et de toutes, ne manifestent la moindre inquiétude. Des voyous et truands notoirement connus qui communiquent par le biais du portable cellulaire avec des ministres et des conseillers privilégiés du président de la république. Un islamisme responsable de la mort plus de milliers d’innocents se retrouve placé comme la pièce maîtresse du pilotis de l’identité et culture nationales. La grande muette (l’armée) présentée comme la force honnête et tranquille laisse tuer et massacrer au quotidien des dizaines, voire des centaines de ses éléments. La gendarmerie, désignée sur la place publique comme la principale entrave à la liberté du citoyen et même complice du terrorisme, voit périr dans d’atroces conditions beaucoup de ses éléments – lors de l’attentat à la voiture piégée qui a ciblé la brigade de gendarmerie d’Ath-Aïssi au mois dernier, les corps réduits à un amas de chair calcinée des malheureux gendarmes tués, ont été évacués en cachette dans des sacs poubelle, selon des témoignages fort crédibles. Les partis politiques d’opposition ou présents dans les institutions gardent un silence digne de celui des carpes. Même ceux qui avaient chanté les vertus de la laïcité et de la monogamie inaugurent à présent des mosquées et taisent les attaques et agressions dirigées contre la Kabylie.

Sur les plans économique et social, c’est aussi la catastrophe. La mise en opération du métro d’Alger annoncée initialement pour l’année en cours ou au plus tard pour 2011 est remise aux calendes grecques. La décision de faire implanter la nouvelle capitale de l’Algérie dans les Hauts-Plateaux puisque Alger semble être menacée par un terrible séisme, semble devenir une simple suggestion d’un passé lointain et formulée par un attardé mental. Les villages de la wilaya de Tizi-Ouzou retenus initialement comme étant parmi les bénéficiaires du barrage de Taksebt n’ont à ce jour que l’humidité infernale causée par cette gigantesque masse d’eau. La zone industrielle de Thala-Athmane, destinée à accueillir des entreprises économiques, n’est à présent qu’un vaste champ vide et fantomatique mais se transformant dès la tombée du soir en refuge de tendresse éphémère pour les célibataires qui ne sont pas de bois et les maris malheureux en ménage. La politique de santé, nouvellement présentée par le Dr. Djamel Ould-Abbas, qui parle et gesticule comme un garçon de cirque amusant les enfants, cause la mort de beaucoup de malades, notamment des parturientes à Tizi-Ouzou. La relance économique tant vantée n’a pas encore dépassé le stade de la « parlotte » puisque sur le terrain, des milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes sont toujours à la recherche d’un emploi. Sur ce point précis, une nouvelle condition est imposée aux femmes par certains de ces nouveaux patrons: « sa disponibilité à se montrer gentille ». Ceux et celles qui ont la chance de jouir d’un emploi se contentent de prendre un café à midi, afin d’économiser le prix du repas. Ainsi ce liquide noir qu’on prend logiquement comme un digestif joue le rôle d’ersatz pour nombre de nos salariés.

La liste des facteurs responsables du désarroi des algériens et des kabyles est très longue pour pouvoir tout énumérer. En clair, la situation est désastreuse sur tous les plans pour les simples citoyens.

Cependant, la Kabylie est doublement punie par rapport aux autres régions du pays. Le plus curieux, c’est qu’en dépit de la disette financière qui fait défaut aux secteurs enrôlant la vie économique, sociale, éducative et culturelle, il semble bien que de subséquentes masses d’argent sont mises à la disposition des groupuscules islamistes chargés de normaliser la région. Le coup d’accélérateur est donné surtout suite à l’échec des deux principaux partis politiques (FFS et RCD) de convaincre les kabyles de se contenter uniquement de leurs discours qui, du reste, sont souvent fabriqués et mis au point dans les laboratoires du DRS, principal outil de la mafia politico-financière.

Autrement dit, depuis la création du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabyle (MAK) et, surtout, la mise sur pied de son Gouvernement Provisoire, la panique s’est emparée du groupe restreint dirigeant d’une main de fer l’Algérie. La mobilisation et le lâchage en Kabylie des prédicateurs islamistes sont, selon bien des avis compétents, la dernière salve que tirera l’Administration d’Alger en direction de la Kabylie.

Selon quelques indiscrétions en provenance des hautes sphères du pouvoir, l’autonomie de la Kabylie peut être possible à condition qu’elle maintienne des relations économiques et de fraternité avec les pays arabes. Cette information renseigne dès lors que l’Algérie reste prisonnière du monde arabe. Allez donc savoir pourquoi. Il paraît que c’est Bagdad qui a reconnu le premier – en 1955 – la légitimité du FLN alors en guerre contre la France.

Il est vrai que les discours, religieux surtout, avec lesquels on bourre les crânes algériens font l’apologie du « merveilleux » monde arabo-musulman dont « dépend » fondamentalement l’avenir du Maghreb en général, l’Algérie en particulier.

Et parallèlement à ce discours quotidien et tapageur, un autre courant milite pour une coopération avec l’occident. Celui-ci, dit-on, est porteur de progrès et de civilisation digne des exigences des hommes d’aujourd’hui. Avec son économie exponentielle depuis la mise en application du plan George Marshall, l’Europe occidentale fournit la preuve qu’elle est digne de confiance en matière de développement économique et de la défense des droits de l’Homme ; contrairement à ce monde arabo-musulman qui continue à se réfugier dans son passé pour prouver son existence.

Ainsi deux idéologies, aux antipodes l’une de l’autre, s’affrontent en Algérie. Et la Kabylie dans tout cela ? Elle semble être prise en étau. Et pourtant, le peuple kabyle a sa propre histoire, ses propres langue et culture, son propre espace géographique même s’il a été dépourvu d’une bonne partie de son sol. Il a la volonté d’être lui-même auteur de son destin et de son avenir. Est-ce l’aumône que le peuple kabyle demande à travers l’autonomie pour que quelque fraction du pouvoir, elle-même dépendante de quelque lobby, lui conditionne son autonomie au maintien de liens économiques et fraternels avec le monde arabo-musulman ? Est-ce nécessaire aussi de réitérer que la démocratie et la ressource vivrière, créée par ses propres moyens, sont le patrimoine de la société kabyle depuis des millénaires ?
Pourquoi doit-on faire subir au peuple kabyle ses partenaires économiques, commerciaux, etc?

Le peuple kabyle a prouvé sa maturité et son goût pour la liberté depuis la nuit des temps. C’est ce même peuple qui choisira en toute liberté son gouvernement, et par conséquent, seul le gouvernement kabyle sera habilité à sélectionner les pays ou les blocs avec qui entretenir un partenariat. Il va sans dire également que seul le gouvernement kabyle sera habilité à donner à ses administrés des orientations en matière d’éducation, de culture, d’économie et tous les autres créneaux indispensables à la vie collective et prospère. En somme, le peuple kabyle veut être lui-même et autonome dans le sens le plus large du terme.