Boualem Sansal à France Inter : « Le 3e congrés du Mak rappelle le congrès de la Soumam sous l’occupation française »

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FRANCE (TAMURT) – Dans l’interview qu’il a accordé à Nicolas Domorand sur France Inter, le 7 mars 2016, Boualem Sansal a jeté un regard sans complaisance sur la situation de l’Algérie. Il a salué les performances du GPK et le courage des militants du MAK à affronter la répression algérienne. Il dira : « le 3 congrès du MAK rappelle le congrès de la Soummam sous l’occupation française »

La prise de pouvoir par Bouteflika a reconfiguré le paysage politique du pays. Fin connaisseur des leviers politiques exercés dans ce pays,  Sansal explique qu’après leur élargissement dans le cadre de l’amnistie générale (ou l’achat de la paix civile), les islamistes détiennent la quasi-totalité du commerce de gros en traitant avec les Etats du Golf et la  Turquie. Politiquement dotés d’une soixantaine de sièges au sénat et de nombreux députés, ils représentent, selon lui, un contre-pouvoir redoutable et servent de repoussoir aux militaires.

Il affirme qu’on est à la veille de l’explosion avec Al-Quaida, anciens du GIA, du FIS embusqués.. . Depuis l’avènement de Bouteflika dit-il, « il s’est construit autant de mosquées que pendant toute l’histoire de l’Algérie », le pic étant atteint avec la construction en cours de la 3e grande mosquée du monde.

L’écrivain prédit un scénario à la syrienne: si la succession de Bouteflika ne se fait pas sur la base d’un deal entre les militaires et les islamistes, ces derniers verront leurs rangs se renforcer. Il se base sur le fait que la structure de l’armée est sciemment disloquée par le clan de Bouteflika et la cohésion qu’elle affichait jusqu’aux années 2000 n’existe plus. Le désengagement des principaux pays occidentaux, suite au manque de visibilité dans la politiques intérieure (« c’est trop compliqué ; on ne comprend pas, qu’ils se débrouillent »), entraînerait le manque de contrepoids face aux islamistes belliqueux.

Sansal a évoqué la situation politique et militaire en Kabylie en soulignant notamment  l’implantation du MAK en Kabylie ainsi que l’action du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK) auprès des Nations Unies pour faire valoir le droit à l’indépendance de ce territoire. Revenant sur les arrestations du 26 février 2016 de quelques deux cents militants du MAK qui se rendaient au Congrès du MAK qui se tenait le même jour,  il y voit un état d’explosion larvée causé par la répression militaire sur le peuple berbère.

Concernant l’affaire Kamel Daoud, il verse dans le sens du constat fait par le journaliste écrivain, selon lequel les Algériens et les peuples des pays arabes en général sont frustrés sexuellement.  La cause : l’islamisation du pays à outrance.

Sansal fustige le procès fait par les 19 membres du « tribunal de la pensée » qui dit-il, « ne répondent même pas à la problématique que pose Kamal Daoud ». La frustration est omni présente dans tous les domaines en Algérie. Se présentant comme écrivain militant, il conclut que Kamel Daoud devrait reprendre son activité, car ne pas le faire c’est renier ses convictions.

Il conclut que les Algériens sont prisonniers non seulement de l’islam qui les privent de liberté de penser, mais également des « constantes nationales orchestrées par le pouvoir: nous sommes Algériens, nous sommes arabes, nous sommes ceci, nous sommes cela ».

Rédaction Tamurt