Plusieurs personnes rackettées et bien des interrogations : Faux barrage sur la route reliant Bouhinoun (Tizi-Ouzou) à Alma (Ath-Zemzer)

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – A l’issue de cette opération hors-la-loi mais, hélas, devenue très courante, voire quotidienne en Kabylie, plusieurs usagers de cette route ayant eu la malchance de l’emprunter à ce moment ont été délestés de leurs biens.

Par ailleurs, les bandits dont la façon d’opérer et les moyens mis en
œuvre à cet effet laissent dégager de forts relents politiques ont utilisé pour cette opération un camion tout neuf volé la veille à Alma. La victime de ce vol est la famille Saïdi. L’engin motorisé volé a été reconnu comme étant celui appartenant à la famille citée par un automobiliste, originaire du village de Bouhinoun, qui a eu l’audace de ne s’arrêter au faux barrage mais de foncer tout droit devant lui en prenant la fuite à toute allure. Notons que ce
lieu où a été commis le crime n’est pas loin des casernements de la gendarmerie et de la police et même de l’armée. D’ailleurs, Alma, le chef-lieu de commune d’Ath-Zemzer, est à peine distant de 10 km de la ville de Tizi-Ouzou, laquelle se trouve militarisée plus que de raison.

Quant au siège du groupement de la gendarmerie nationale abritant en son sein même les équipes d’élite de ce corps est sis sur les terres du village de Bouhinoun. Autant dire alors que le groupe armé a opéré au nez et à la barbe des services de sécurité légaux. A partir de ce constat, il nous semble légitime de soulever la question suivante : qui sont donc ces hommes qui exécuté une opération criminelle sans pour autant craindre les services de sécurité ? Un
groupe islamiste armé ? Hors de question. D’ailleurs, au début des opérations terroristes, l’Armée Islamique du Salut (AIS) a été la bête noire des voleurs et gangsters. Plusieurs individus ont cru bon de profiter de la présences des éléments de l’AIS sur le terrain pour commettre en leur nom des vols et autres crimes sur d’innocents citoyens mais très vite ont été découragés dans cette entreprise car bon nombre d’eutre-eux ont subi la mort comme sanction.
Plus exactement, ils ont eu la gorge tranchée avec le couteau du boucher.

D’ailleurs entre 1992 et 1994 où l’AIS était seule Rebelle contre les forces de sécurité, il n’y avait pas de vols, surtout, pas de rackets au niveau de faux-barrages, pourtant nombreux. Il a fallu attendre la création du Groupe Islamique Armé (GIA) dont Abassi El Madani, président du Front Islamique du Salut (FIS) a rejeté la paternité. D’ailleurs, le premier responsable de l’ex-FIS a
lancé un défi à l’endroit des hauts responsables de l’Etat algérien et des responsables des partis politiques pour s’asseoir à une même table devant l’ensemble de la presse (écrite et audio-visiuelle) pour parler du GIA et de son « paternel ». Personne n’a osé relever le défi.

Cependant, les groupes sanguinaires du GIA ont ignoré les vols et les rackets au début de leurs activités. D’ailleurs, ils se manifestés dans les régions arabophones et leurs crimes se traduisaient par des tueries à grandes échelles et des kidnappings de femmes suivis de leur viol ainsi que de leur mort des fois. Beaucoup de femmes enceintes ont été éventrées effectivement au poignard.

En clair, le GIA a fait connaître aux groupes ethniques arabophones l’apocalypse. Pendant toute cette période où le GIA opérait, la Kabylie
connaissait un calme assez relatif. On l’appelait d’ailleurs à cette époque « la Suisse ». Ce n’est qu’à partir de 2001 que la Kabylie est plongée réellement dans les abysses de l’enfer sur le plan sécuritaire. A partir de cette année effectivement, une nouvelle culture et un nouveau mode de vie ont été imposés au peuple kabyle. Tout un ensemble de mécanismes, réfléchi et mis au point depuis longtemps, venait d’être mis à exécution. Le premier élément de ce plan
diabolique visant à détruire la Kabylie est ce semblant d’impuissance manifesté par l’Etat algérien face aux destructeurs. Le second est le gigantesque moyen matériel mis à la disposition des éléments destructeurs. Le troisième est « la légitimité » donnée à certains éléments officiels pour s’adonner à des opérations de destruction sans pour autant qu’un autre élément officiel ou non puisse réagir.

Les militaires, au nom de la lutte contre le terrorisme, brûlent les forêts et vergers de la Kabylie. Aussi, pour justifier l’inaction des services de
sécurité légaux, la nuit notamment, la menace terroriste est suspendue sur leur tête comme l’épée de Damoclès.

Tous les commissariats de police et toutes les brigades de la gendarmerie nationale sont barricadés. Ces mesures de sécurité arrêtées par les services de sécurité à leur profit sont justifiées dès lors que bon nombre d’attentats terroristes les ont ciblés.

Dans pareil cas donc, les éléments des services de sécurités ne savent s’ils doivent protéger le citoyen ou s’ils doivent se protéger eux-mêmes. En règle générale, quelqu’un sur qui pèse une menace permanente ne peut pas protéger les autres. Devant une telle situation, les bandits trouvent le terrain libre pour agir à leur guise. Mais en dépit de toutes ces réalités, rien ne permet de mettre en avant la thèse selon laquelle ces « bandits » agissent sans motivations politiques et sans rendre de compte à leur tutelle. Les armes de guerre et les moyens de communication
dont ils disposent, le renseignement qu’ils maîtrisent à la perfection, les services de sécurités qui ne leur causent aucun souci et leur façon de se volatiliser renseignent fort bien que ce ne sont pas des bandits ordinaires. Un bandit travaillant pour son propre compte et sans appui des autres arrête un maximum de précautions avant d’exécuter son opération criminelle dont la seule motivation est de nature lucrative. L’autre thèse plaidant dans le sens que le banditisme et le kidnapping exercés à outrance en Kabylie sont des effets préparés intelligemment dans des laboratoires se résume à travers cette petite question : comment l’AIS en tant que structure puissamment organisée et dont les éléments agissaient dans l’anonymat a pu être infiltrée puis
déstructurée avant d’être carrément détruite alors des « bandits » arrivent à tenir la dragée haute à l’Etat ?