Aγriv: le village a tranché, le village a raison

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village, Aghrib, Kabylie

AGHRIB (Tamurt) – Win yefɣen ttewfiq n taddart, taddart a t-teffeɣ. Ils ont de la chance, yekfa zzman n yiɣil, sinon leur cas serait un épisode négligeable parmi ceux d’entre eux qui engendrent puis pleurent leurs orphelins.

Un projet immobilier, un chantier au stade des fondations, que pour des desseins inavoués de propagande la presse algérienne appelle mosquée. Mais qu’est-ce qu’un lieu de culte? La Kabylie n’a aucune leçon à recevoir en matière d’infrastructures religieuses. Nous sommes la seule région qui compte plus de mosquées que de villages. Et surtout la Kabylie n’a pas attendu l’État ou un parti politique fut-il islamiste pour construire ces mosquées.

L’épisode d’Aɣriv n’est que l’instrumentalisation politique d’une affaire interne à un village. C’est parce le village s’appelle Aɣriv que l’affaire a eu autant d’écho pour être portée au niveau national. Elle vise essentiellement à discréditer le docteur Saïd Sadi président du RCD, qui rappelons-le est originaire de ce village. Pour les islamistes et leurs alliés du sérail, c’est une aubaine. Enfin une preuve que ces éradicateurs, ces laïcs, ces mécréants sont contre l’Islam.

L’implication directe d’Arezki Aider député du même parti dans cette affaire n’arrange rien. Au fond, qu’a fait le député de Tizi-Ouzou, si ce n’est en premier lieu suivre sa base, ce qui est à son honneur? Comment peut-il faire autrement quand on sait que l’assemblée du village a décidé de ne pas construire cette deuxième mosquée? Quel Kabyle, aussi prestigieux fût-il, contredirait les délibérations de taddart?

Et pourtant les Kabyles qui défient le droit coutumier existent, ils sont dans cette association religieuse proche du parti islamiste le MSP. Ces islamistes qui depuis la nuit des temps crachent leur haine sur cette société qui se réfère à la sagesse populaire là où d’autres ne jurent que par la religion et la Charîa. Ils veulent en découdre avec cette spécificité dont la Kabylie puise son identité et résiste contre l’aliénation.

Les animateurs de l’association religieuse se croient au-dessus du village. Ils préfèrent la voix salafiste à la voie de la raison. Ils n’ont pas conscience de la portée de leur geste. Désormais, ils sont bannis à jamais. L’assemblée a décidé qu’il n’y aura pas de deuxième mosquée. Chiche! Si vous êtes des hommes, passez outre. Le jour, peut-être, où l’Algérie deviendra une République islamique.

D’ici là, les citoyens d’Aɣriv, à leur tête Mas Saïd Sadi, font honneur à la démocratie.

Zahir Boukhelifa