Politique : Raison Kabyle et répression d’Etat

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KABYLIE (Tamurt) – Le wali de Tizi-Ouzou annonce que “la couverture sécuritaire de la wilaya sera renforcée, à court terme, par de nouveaux apports structurels”. Il précise que les 21 daïras de la wilaya seront dotées de sûretés urbaines et que “des unités spéciales de lutte contre le terrorisme, le crime organisé et le banditisme” seront mises en place.

Et finalement, dans une bouffée de défiance qu’il a du mal à dissimuler, il annonce que les 67 communes de la wilaya seront dotées chacune d’une brigade de gendarmerie avant la fin de 2010.
M. Mazouzi qui s’est reclus dans son bunker de Tizi-Ouzou depuis que son cortège a fait l’objet d’une embuscade aux environs de Ain El Hammam fait semblant d’ignorer qu’il y a actuellement plus de policiers, gendarmes, militaires au mètre carré en Kabylie que nulle part ailleurs en Algérie. Sans compter les innombrables barbouzes du DRS qui écument les villes et les campagnes.

En Kabylie, nul n’ignore que Bouteflika et Zerhouni ont transformé toute la région en un casernement démesuré qui ressemble à une occupation militaire qui n’ose pas dire son nom.
Le peuple kabyle n’est pas près à oublier le comportement des gendarmes durant le Printemps noir où partout, ils ont tiré, tué et blessé des centaines de citoyens. Sans parler des obscénités dardées par la voix et le geste face aux façades d’immeubles dans les rues et les places publiques.

En Kabylie, les escadrons de gendarmerie qu’ils s’appellent brigades ou unités spéciales sont assimilés à un corps expéditionnaire chargé d’étouffer les libertés si chères aux Kabyles et d’imposer dans le détail un mode de vie de soumission et de fatalisme d’inspiration arabo-islamique.

Par la bouche de M. Mazouzi, on apprend que le régime compte réserver à la Kabylie un traitement “spécial” et cette spécification va prendre corps à travers des “Sections Spéciales d’Intervention“. Connaissant l’animosité et l’esprit vindicatif qui caractérisent les tenants du régime envers la Kabylie, il y a tout lieu de s’attendre au pire au niveau de la répression quotidienne.

L’histoire récente a appris à l’humanité que quand un état parle de “mesures spéciales” destinées à une population spécifique, c’est le commencement d’un génocide ourdi. Le monde a connu ce qu’il y a de pire dans le domaine à l’image des Schutzstaffeln, Sonderkommandos et autres Einsatzgruppen. Mais peut-être que l’esprit malade de nos dirigeants nous réserve-t-il un nouveau raffinement car jusqu’à présent, c’est le seul domaine où l’imagination de nos dirigeants phosphore à plein régime.

Pour autant, la Kabylie qui a survécu durant la colonisation à 14 assauts militaires de grande envergure dont les expéditions tragiques de 1857, 1864, 1865 et 1871 et qui s’est immunisée à 15 siècles d’acculturation est plus que jamais déterminée à vivre libre et souveraine sur son territoire.

Ce ne sont pas les menaces et les gesticulations d’un pouvoir aux abois, miné par une corruption devenue mode de gouvernance qui va aliéner ou altérer une raison kabyle qui a surfé sur 2000 ans de domination étrangère.