Pour la première fois, la Kabylie est loin de la guerre des clans

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KABYLIE (Tamurt) – C‘est la première fois que la Kabylie est épargnée, du moins pour l’instant, par la guerre des clans qui déchire les différentes factions du régime algérien, à la veille de chaque élection présidentielle. Cette fois-ci, la Kabylie semble être hors-jeu. Les raisons sont multiples.

Les choses tournent autrement cette fois-ci. La guerre des clans se joue ailleurs. Parmi les acteurs principaux de ce bras de fer incontournable en pareille circonstance, on l’a vu et vérifié, il y a la fameuse APN, l’éviction du secrétaire général du FLN, l’affaire Amir DZ, les prises de positions exagérées de Anis Rahmani, directeur d’Ennahar TV en faveur du clan Bouteflika, qui, ce faisant, confond son métier de journaliste avec celui d’acteur politique de premier plan. La guerre des clans se joue aussi avec le mouvement « Mouatana », qui ne représente absolument rien dans les rangs de la société mais qui campe drôlement le statut très comique dans ce ca précis, d’opposant à un cinquième mandat de Abdelaziz Bouteflika. Ce ne sont donc pas les partis dits de l’opposition qui s’opposent à ce cinquième mandat comme le FFS ou encore le RCD (malgré tout), ni le PT, ni le MSP ou le MDS (qui s’en souvient d’ailleurs) qui affiche clairement leur réfutation d’un éventuel cinquième mandat.

Mais ce sont plutôt une poignée de personnes inconnues au bataillon dont le plus célèbre est un certain Sofiane Djilali, chef d’un parti dont il est difficile de retenir le nom et qui a faussé la route à son ancien capitaine, un certain islamiste modéré qui s’appelle Nordine Boukrouh. Un Boukrouh, qui a accepté avec plaisir d’être ministre à la demande de Bouteflika et de devenir, juste après avoir été remercié, un adversaire acharné du même Bouteflika. Un peu comme le RCD et Said Sadi. Sauf que dans le cas de ces deniers, le retournement de veste comporte trois épisodes au lieu de deux.

D’abord, le boycott de la dernière fraude du siècle suivie juste après d’un soutien actif et sans concession à Abdelaziz Bouteflika et encore, juste après, un acharnement sans précédent contre ce même Bouteflika, qui s’est avéré avoir tous les défauts du monde après avoir donné l’image d’un véritable ange, selon le même RCD. Avec de telles volte-face, le RCD a tout perdu en Kabylie, les militants qu’il avait et le peu de crédibilité qui lui restait. Autant que le FFS d’ailleurs, récupéré secrètement et discrètement par le pouvoir de Bouteflika avec l’intelligence la plus sournoise qui soit. Le FFS et le RCD pulvérisés, le MCB assassiné, les artistes kabyles ou du moins une bonne partie d’entre eux, récupérés via l’ONDA à coup de millions de dinars les archives de la comptabilité de cet office faisant foi, les archs de 2001, devenus un lointain souvenir déjà, il ne reste plus sur quoi tabler pour faire, aujourd’hui, de la Kabylie un levier pour peser sur la guerre des clans qui fait rage actuellement en perspective des élections présidentielles d’avril 2019.

En plus de tous ces critères, la population kabyle est désormais vaccinée contre ce genre de pratiques dont elle a d’ailleurs payé un lourd tribut sans pour autant jamais en tirer les dividendes. Aussi, les journaux dits indépendants, qui servaient de levier efficace, pour ces guerres de clans, ne sont lus que par une poignée de lecteurs nostalgiques des années quatre-vingt-dix où ces canards faisaient rêver les démocrates. Cette presse ne pèse plus rien. De là à jouer un rôle important comme ce fut le cas dans un passé lointain, il y a loin de la coupe aux lèvres. Le pouvoir algérien, dont le machiavélisme est le seul talent, a bien compris tous ces changements. C’est pourquoi, il a déplacé sa guerre ailleurs. Loin de la Kabylie. Et c’est tant mieux pour les kabyles.

Tarik Haddouche

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