Poursuite des travaux de l’APW de Tizi-Ouzou : Elus et administrateurs n’ont pas la même approche des choses.

3

TIZI-OUZOU (Tamurt) – Avant de passer aux questions orales, l’assistance a écouté d’abord les communications des directions des travaux publics (DTP) et de l’urbanisme et de la construction (DUC). Comme les précédentes communications, à entendre leurs auteurs, la wilaya de Tizi-Ouzou est l’Eden. Les projets déclarés lancés et les enveloppes financières qui y sont consacrées plaident effectivement pour cette thèse.

Cependant, quand les élus ont pris la parole pour signaler les insuffisances et les carences enregistrées dans les différents secteurs d’activités, « l’Eden » décrit et présenté quelque temps plus tôt par les directeurs des services concernés est transformé en « Enfer ». Aucun secteur n’a joui d’un quelconque satisfecit de la part des élus. L’état des routes des plus déplorables à travers les 67 communes que compte la wilaya, les coupures d’eau incessantes pendant cet été, les délestages d’électricité répétitifs, les maladies à transmission hydrique qui viennent de refaire surface, les décharges publiques à ciel ouvert s’étalant sur une distance d’un Km, les queues interminables au niveau de tous les bureaux de poste de la wilaya, la radio Djurdjura qui n’arrive toujours pas à émettre ses programmes, la langue tamazight qui continue à subir le mépris, les structures hospitalières qui ressemblent à des dépotoirs ou des porcheries, l’extraction de sable à un rythme effréné au niveau de l’Oued Sébaou, la différence de traitement des dossiers au niveau de l’ANSEJ, le nouveau plan de circulation et des transports qui rend la vie dure aux campagnards désirant se rendre à Tizi-Ouzou-ville et tant d’autres points négatifs soulignés par les élus n’ont pu déranger outre mesure les responsables concernés.

Bien au contraire, les directeurs des services déconcentrés interpellés, chacun en ce qui le concerne, se sont défendus comme des tigres. Personne n’a voulu porter le chapeau. C’est le cas du directeur de la culture, M. Ould-Ali El-Hadi, lequel a été interpellé sur deux questions pertinentes. La première est relative aux raisons exactes du retard dans le lancement de la radio Djurdjura. La seconde a trait sur la possibilité ou non de la création d’un festival Berbéro-africain. Cette deuxième question est surtout politique. M. Oul-Ali l’a deviné. Après tout, il a fait l’école politique du RCD. Aussi, à propos de ce festival, il a déclaré ceci : « Si vous faites une demande dans ce sens et que vous constituez un dossier, moi je les transmettrai à la tutelle ». L’homme n’a pas rejeté l’idée de la création d’un festival berbéro-africain. Il a même souligné son opportunité. S’agissant de la radio Djurdjura, il a affirmé que le retard est dû à l’absence d’équipements nécessaires pour la transmission des programmes. En même temps, le directeur de la culture de la wilaya a rappelé par un euphémisme son statut de fonctionnaire, et, par conséquent, son refus de se glisser sur un terrain politique. Cependant, le président de l’APW qui a une mémoire éléphantesque lui a rappelé que dans le passé, le motif invoqué dans le retard du lancement de la radio était dû à l’absence de locaux mais en revanche, les équipements de transmission existaient. « A présent, continue M. Mahfoud Bellabas, le motif invoqué est l’absence d’équipement ». Cette remarque est pertinente. A cette remarque indiscutable, M. Ould-Ali El-Hadi a préféré garder le silence. Il savait qu’il ne pouvait pas défendre l’indéfendable.
En effet, le non lancement de la radio Djurdjura est voulu et décidé au plus haut niveau de l’Etat.

En ce qui le concerne, le directeur des transports de la wilaya, M. Kamel Rezig, a laissé entendre que ses services ne sont pas prêts à laisser la moindre concession aux contestataires du nouveau plan de transport et des aires de stationnements. Pour ce responsable, le problème réside dans les comportements et, par conséquent, a plaidé pour leur changement. M. Kamel Rezig a prouvé également la grande maîtrise de son dossier. Il a avancé des chiffres, les intitulés des opérations et les objectifs ciblés sans jeter le moindre coup d’oeil à quelconque document.

Enfin, le directeur des transports de la wilaya a indiqué que le démantèlement des actuelles gares et aires de stationnements obéit à la logique de l’expansion de la ville et « ce n’est pas la première que cela est fait à Tizi-Ouzou ». Ce qui est vrai.

S’agissant de tamazight qui continue à subir le mépris, le directeur de l’éducation a réussi à « prouver » que dans le cadre de la prise en charge de cette langue relevant de sa compétence en matière d’autorité, Il n’existe aucun point obscur à signaler. En effet, l’absence de considération à l’endroit de tamazight se situe au niveau du ministère de l’éducation. Et M. Benbouzid est connu pour son allergie à tout ce qui est kabyle. D’ailleurs, à l’annonce du taux de réussite au baccalauréat à Tizi-Ouzou, M. Benbouzid y a dépêché pas moins de I3 inspecteurs pour vérifier s’il n’a pas eu de tricherie. Quand ses inspecteurs lui ont annoncé que l’examen s’est déroulé sans la moindre tricherie ou anomalie, le ministre de l’éducation nationale qui n’est pas de souche arabe d’ailleurs a eu le tournis. L’envoi de ces I3 inspecteurs au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou a été révélé par le président de l’APW lors de l’ouverture de la session.

S’agissant des enveloppes financières qui ne cadrent pas avec la réalité du terrain en matière de développement, les élus n’ont pas manqué de parler de chiffres fictifs. C’est Mme Moula du RCD qui, la première, a utilisé ce mot «fictif». C’est aussi cette dame qui a crié la première au scandale concernant tamazight. Et c’est toujours cette élue du RCD qui s’est interrogée sur le devenir de la laïcité. Elle a crié haut et fort qu’il est inadmissible que la laïcité, « l’une des valeurs de mon parti, le RCD, subisse un tel recul ». Ce rappel de son attachement à la laïcité lui a valu des inimitiés de quelques élus du FLN et du FFS.

Mais toujours est-il que c’est toujours M. Mahmoud Derridj qui réussit à « casser la baraque » et à déranger certains esprits. L’homme a commencé par situer et identifier le niveau où situe le facteur responsable de la non concrétisation des projets de développement. « C’est un problème de gestion», cria-t-il. S’agissant de la problématique culturelle, l’homme a plaidé pour que « l’accessoire cède le pas devant le fond », c’est-à-dire la culture pour tous et non ces spectacles non porteurs de messages qui du reste sont servis uniquement pour les citadins. M. Derridj est allé même jusqu’à qualifier certains spectacles « d’hérétiques et de sectaristes ». En dernier, nous devons relever que les élus de l’APW de Tizi-Ouzou n’ont pas tous le même niveau de compétence en matière politique et même de maîtrise de l’outil d’expression. En effet, si certains s’expriment dans un français académique et prononcent un discours cohérent, d’autres en revanche ont prouvé que leurs connaissances en langue française et en politique sont insuffisantes. Il est même légitime de penser que certains élus n’ont pas dépassé le cycle primaire. Pour un Kabyle se lançant dans l’aventure politique, il lui est vivement suggéré de maîtriser sa langue maternelle et celle de Molière. Après tout, on est scientifique d’abord, politique ensuite. Or la science en Algérie s’acquiert en langue française. En clair les profanes en politique n’ont rien à faire à l’hémicycle Rabah Aïssat.

Addenda : communication du président de l’APW, M. Mahfoud Belabbas.

« Je voudrais saisir l’opportunité de cette session pour revenir une fois de plus, en ma qualité de président de l’APW, sur les faits tragiques qui ont endeuillés toute une famille et suscité l’émoi général au niveau de notre wilaya et particulièrement dans la localité d’Azazga. Nous osons espérer que de tels abus commis sous le couvert de l’Etat ne puissent se reproduire et que les pouvoirs publics puissent prendre les mesures nécessaires pour punir leurs auteurs et rendre justice. Soucieux des suites réservées à cette affaire par les instances compétentes, l’APW reste vigilante et appuie les légitimes revendications de la population quant à faire toute la lumière sur les conditions, les soubassements et les causes qui ont conduit à une dérive aussi douloureuse qu’inacceptable.
`
Monsieur le wali, vous conviendrez avec nous qu’en cette période de grandes canicules, l’eau constitue plus qu’une préoccupation pour les populations de notre wilaya. Nous avions cru que le problème a été définitivement résolu notamment pour la région Sud de la wilaya avec le raccordement des localités au barrage Koudiat Assardoun. Il s’avère que plusieurs villages souffrent encore de la rareté de ce précieux liquide et de la mauvaise distribution au niveau des principales agglomérations urbaines.

D’un autre côté, des engagements fermes ont été donnés pour alimenter le flanc Nord de la wilaya à partir du barrage de Taksebt au plus tard le 30 juin 2011. Les citoyens doivent encore prendre leur mal en patience. A l’instar d’autres projets vitaux pour la wilaya, celui-ci connaît un retard considérable que rien ne peut justifier.

S’agissant du même secteur, la nappe phréatique de l’Oued-Sébaou qui constitue une richesse et une réserve naturelle stratégique pour la wilaya continue d’être agressée en toute impunité et au vu et au su des pouvoirs publics. L’extraction illicite des agrégats et sables de l’oued, l’agression des ouvrages d’arts, les poteaux électriques, la destruction des ouvrages hydrauliques tels les forages, les canalisations d’eau se font au grand jour sans que les autorités ne réagissent. Même les digues construites pendant l’ère coloniale n’ont pas échappé à cette folie destructrice. Le cas récent du village de Thala-Athmane illustre parfaitement les conséquences désastreuses de cette passivité. En effet, les forages ont été détruits par les pelles mécaniques en action d’extraction de sable. Cela fait quatre jours que la population est privée d’eau. Nous ne cesserons d’interpeller les pouvoirs publics pour protéger l’Oued-Sébaou et éviter l’irréparable, car la pollution de cette nappe est un phénomène irréversible.

S’il y a un minimum de volonté politique, deux mesures doivent être prises dans l’urgence. Il s’agit de :
– L’interdiction effective de toute forme d’extraction d’agrégats d’oued. Rappelons que l’APW de Tizi-Ouzou a délibéré en I99I pour cette interdiction.
– L’inscription d’un programme spécial de réhabilitation de l’oued par la reconstruction des berges, le re-calibrage du lit de l’oued et la construction de stations d’épurations.

Enfin, on ne peut passer sous silence les contraintes liées à l’amélioration urbaine. De grands espoirs sont nés au lendemain de notre installation avec les engagements du wali sur la promesse qui lui aurait été faite par le ministre de l’habitat de doter la wilaya d’une enveloppe de 3 100 milliards de centimes pour couvrir les besoins dégagés par les études des 67 chefs-lieux de communes. Il se trouve qu’au jour d’aujourd’hui, moins de la moitié de l’enveloppe a été allouée, pénalisant une bonne partie des communes.

Cet état de fait nous a amené à inscrire à l’ordre du jour de cette session les volets relatifs à l’amélioration urbaine, aux travaux publics et à l’hydraulique pour débattre du bilan et des perspectives en présence des présidents d’APC.

L’objectif est de tenter de remédier aux éventuels déséquilibres et disparités entre communes ».

COMMENTER

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici