Le pouvoir veut récupérer Farid Ferragui

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KABYLIE (Tamurt) – Décidément, le pouvoir algérien ne veut lâcher aucun symbole de la Kabylie sans ternir son image et lui porter atteinte d’une manière ou d’une autre. Tout le monde sait qu’actuellement les artistes kabyles se divisent  en deux. Il y a la première catégorie et elle est majoritaire d’ailleurs et fort heureusement. Celle-ci est constituée des chanteurs n’ayant jamais accepté de marchander leur dignité ni de vendre leur honneur au pouvoir Quel que soit le prix que le système qui gouverne l’Algérie y met.

Cette frange d’artistes ont par exemple refusé, Quelle que soit la rémunération proposée, à prendre part à la scandaleuse « Année de l’Algérie en France » et qui avait eu lieu, pour rappel, au moment où des dizaines de jeunes de la Kabylie se faisaient massacrer par des gendarmes algériens. Les mêmes artistes ne participent pas non plus à des activités visant à promouvoir la culture arabo-islamique au détriment de tamazight. C’est le cas notamment des activités culturelles appelées « Alger capitale de la culture arabe » ou encore « Tlemcen capitale de la culture islamique ». Il y a en revanche et malheureusement la catégorie des chanteurs de service dont une partie est le produit de médias algériens téléguidés. Même s’ils ne sont pas majoritaires, ils sont fort nombreux ces « artistes » qui émargent chez les officines du pouvoir. Ces derniers sont connus de tous tant ils sont des récidivistes et s’affichent publiquement. Il leur arrive même de souffler le chaud et le froid. Il tente, de cette manière, de garder une certaine légitimité auprès du peuple kabyle. En contre partie d’un cautionnement avec quelques chansonnettes entonnées devant un public constitué généralement d’opportunistes notoires. Ils reçoivent des dizaines de millions de centimes, dont ils ne versent aucune partie ni à la promotion de la culture berbère ni à l’action humanitaire ou encore à contribuer à améliorer le cadre de vie dans leurs propres villages. Ce genre de chanteurs a pris part à l’année de l’Algérie en France au moment où le sang des martyrs du printemps noir n’a pas encore séché en Kabylie.

Mais Farid Ferragui, et tout le monde le sait aussi, ne fait pas partie de ces chanteurs qui ont l’opportunisme et le reniement à fleur de peau. C’est un véritable artiste libre, honnête et engagé à sa manière aux côtés de son peuple kabyle et de sa culture amazighe. Il n’a jamais participé à aucun spectacle ni activité organisée par le pouvoir algérien avant ni après les événements du printemps noir de 2001. Mais cette semaine, tout le monde est étonné dans la ville de Tizi-Ouzou de découvrir que la direction de la culture de la wilaya de Tizi-Ouzou, gérée par télécommande, par El Hadi Ould Ali, ancien directeur de campagne de Abdelaziz Bouteflika, va organiser un hommage à Farid Ferragui à la maison de la culture « Mouloud Mammeri ». C’est la première fois aussi que le nom de Farid Ferragui, qui a su garder sa réputation intacte durant des décennies, figure à côté d’une liste infinie d’institutions étatiques comme la l’Office national des droits d’auteur (ONDA), la direction de la culture de la wilaya de Tizi-Ouzou, la maison de la culture et le comité des activités culturelles et artistiques de la même ville, créé par El Hadi Ould Ali à l’époque où il était directeur local afin d’avoir la mainmise sur tout se qui bouge et sur tout se qui ne bouge pas.

Pour l’instant, il est encore prématuré d’émettre un quelconque commentaire sur ce piège que s’apprête à tendre le pouvoir à Farid Ferragui. Mais, le souhait de tous ses fans à Tizi-Ouzou, à Bougie, à Tuβiret et à l’étranger, est que Farid Ferragui, tant estimé en tant qu’artiste mais aussi en tant qu’homme libre n’ayant jamais trahi son public, c’est que le fils de Tizi Ghennif, ne change pas de camp comme l’ont fait tant d’autres chanteurs avant lui. Et ce, quel que soit le cachet que l’ONDA (Office national des droits d’auteurs) lui proposera. L’argent ne fait pas l’honneur.

Tahar Khellaf pour Tamurt