Printemps berbère : Said Sadi revient sur sa rencontre avec Bouteflika

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Said Saadi
Said Saadi

KABYLIE (Tamurt) – Said Sadi, ancien détenu du printemps berbère et ex-président du RCD a choisi la veille de la commémoration de l’anniversaire du printemps berbère, dont il a été l’un des artisans, pour revenir sur sa rencontre avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika au lendemain de son élection (suivi d’un soutien) pour un premier mandat, en 1999. Said Sadi rend public carrément le dialogue qui a eu lieu entre lui et Bouteflika au sujet du printemps berbères et de la question identitaire.

« – Je connais le système mieux que quiconque. Je sais comment le faire évoluer », aurait affirmé Bouteflika à Sadi. Ce dernier répond : « – C’est très bien, notre demande ne peut que renforcer vos intentions ». Ce à quoi le président répondit : « Les autres ne savent pas faire, tenez, par exemple en 1980, ils n’ont pas su s’y prendre, ils ont très mal géré l’affaire. Ce n’est pas comme cela qu’il aurait fallu faire. Moi, je n’aurai pas intercepté Mammeri pour interdire la conférence. Personnellement, je l’aurais invité à un festin chez le wali et je l’aurais fait savoir. Ensuite, je l’aurais fait accompagner par quatre motards à l’université. Partout, les étudiants se méfient des intellectuels qui s’affichent avec les autorités. Sa conférence serait passée inaperçue et peut être même que des étudiants l’auraient chahuté ».

Said Sadi affirme avoir répondu : « C’est à moi que vous dites cela. Mais passons sur ma position, qu’est ce que la ruse aurait réglé quant au fond du problème ? ». Réponse de Bouteflika : « Il ne faut pas me demander d’être autre chose qu’un enfant du Mouvement National ». Et Said Sadi de répliquer : « Et que doit en penser l’enfant de la Soummam ? ». Selon Said Sadi, le reste de la discussion fut assez tendu ; essentiellement à cause du refus de ce dernier d’entrer personnellement au gouvernement et du contenu des réformes à engager.

Said Sadi ajoute en évoquant le sujet de Bouteflika et le printemps berbère : « En 1980, Chadli Bendjedid avait déjà bien entamé sa déboumediénisation. Abdelaziz Bouteflika qui connaitra bientôt les procédures de la Cour des comptes pensait pouvoir être épargné en faisant allégeance au nouveau chef. On voit mal un sursitaire politique se démarquer et encore moins dénoncer les décisions du chef de l’Etat sur un dossier particulièrement sensible qui, de surcroit, ne figure pas, loin s’en faut, au registre de ses préoccupations politiques ».

Said Sadi révèle en outre que Abdelaziz Bouteflika n’était ni favorable à la conférence de Mouloud Mammeri ni contre la répression : Il déplorait en catimini le fait que le régime n’ait pas su trouver les bonnes astuces pour démonétiser le conférencier à moindre frais et faire ainsi l’économie de l’adhésion populaire avec un mouvement qui a ébranlé les fondements du système. « Il faut d’ailleurs relever que l’actuel chef de l’Etat n’a jamais exprimé publiquement les positions que lui prêtent ses courtisans. Trop ambitieux, soucieux de complaire à ses tuteurs pour sécuriser leur projet d’instrumentalisation de l’Histoire. On sait ce que ces falsifications ont coûté au pays », conclut Said Sadi.

Tahar Khellaf