Procès à Aïn El Hammam des deux Kabyles chrétiens : le verdict attendu pour le 5 octobre prochain

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Notons d’emblée que la grande famille du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) était fortement présente devant l’enceinte du tribunal. A l’appel du MAK pour soutenir les deux mis en cause, des milliers de personnes, venues des quatre coins de la Kabylie et d’ailleurs ont participé au rassemblement pacifique. Nous y reviendrons plus loin.

S’agissant donc du procès proprement dit, les deux accusés, en l’occurrence les nommés Hocine Hocini et Salem Fellak, ont comparu en tant que prévenus libres et ont été défendu par pas moins de cinq avocats, tous connus comme des ténors. Il s’agit de Maîtres Mokrane Aït-Mimoun, Ahmed Hocine, Nacera Hadouche, Aïssa Rahmoune et Mokrane Aït-Larbi.

L’audience a commencé par l’écoute de la version des deux mis en cause, lesquels ont rappelé à la barre que par leur confession chrétienne, ils n’étaient donc pas soustraits aux obligations du ramadhan. « Cependant, ont-ils soutenu, nous étions en train de déjeuner dans la discrétion puisque nous étions au 3ème étage de l’immeuble en construction et où naturellement nous travaillions. Nous avons été interrompus dans notre déjeuner par les policiers qui ont fait irruption dans le coin de la salle murée où nous étions pour nous emmener ensuite au commissariat ».

Les deux accusés ont tenu devant le juge la même version. S’agissant de l’intervention de leurs avocats, c’est Me Mokrane Aït-Mimoun qui a ouvert le bal par une mémorable plaidoirie. En effet, ce juriste a mis en avant de prime abord la constitution algérienne qui garantit la liberté de culte aux citoyens algériens. Par ailleurs, il a démontré que les policiers qui ont interpellé Hocine Hocini et Salem Fellak ont été avant tout coupable de violation de domicile dès lors que le chantier où ils ont exécuté l’acte d’interpellation est un lieu privé et qu’ils n’étaient pas munis d’un mandat délivré par le procureur de la république et, par conséquent, ont violé l’article 44 du code pénal portant mandat de perquisition.

Le représentant du ministère public, fort averti de sa délicate position, a, à l’issue de son court réquisitoire, rappelé que les deux personnes sont poursuivies pour atteinte et offense à l’un des préceptes de l’islam d’où l’application de l’article 144 bis 2. « Il est vrai aussi, soutient ce magistrat, que cet article concerne et protège toutes les religions et confessions ». Et pour démontrer « le bien-fondé » de la poursuite des deux prévenus à base de cet article, le représentant du ministère public a parlé de 20 personnes qui se seraient plaintes à la justice parce que « elles se sont senties offusquées » par l’acte (manger pendant Ramadhan) « commis » par les deux accusés au cours de cette journée du 13 août 2010. Avant de clore son réquisitoire, ce fonctionnaire de justice a reconnu qu’effectivement, la constitution algérienne reconnaît et garantit la liberté de culte et de conscience aux citoyens algériens.

Quand le juge passa la parole une deuxième fois à la défense, c’est Me Ahmed Hocine qui se proposa à la plaidoirie. Cet avocat, appuyé par sa longue expérience dans le métier, a mis en avant ses profondes connaissances des préceptes musulmans avant de parler des quatres différentes constitutions qu’a connues l’Algérie, à savoir celles de 1963, 1967, 1989 et 1996, qui, toutes, ont mis l’accent d’une façon claire sur la garantie de liberté de culte et de confession au profit des Algériens. Avant de céder la parole à Me Nacera Hamadouche, Me Ahmed Hocine a demandé la relaxe pure et simple des deux mis en cause. L’avocate à son tour, a abondé dans le même sens que ses deux coéquipiers en matière de la liberté de culte avant de demander la relaxe.

Quant à Me Mokrane Aït-Larbi, il a mis en avant la doctrine islamiste. Il a démontré que la poursuite en justice de Hocine Hocini et Salem Fellak n’est en réalité qu’une tentative d’instauration de l’inquisition pure et simple. « Si les lois de la république ne sont pas appliquées, dit-il, d’ici deux à cinq ans, la police islamiste se donnera le droit et le pouvoir de rentrer aux domiciles des gens pour savoir si le jeûne était observé ou non ». Me Mokrane Aït-Larbi est allé jusqu’à citer le vieux proverbe kabyle disant « wwet aɣyul ɣef alim, ad yettu timẓin » ( Frappe un âne pour avoir mangé la paille, il ignorera l’orge). Poursuivant sa plaidoirie, cet homme de loi s’interroge : « Si la justice algérienne punit les chrétiens pour non application des préceptes musulmans, qu’adviendra-t-il des musulmans vivant dans les pays non musulmans ? Est-ce que les musulmans respectent le christianisme ailleurs, aux USA ou en Angleterre par exemple ? ».

Notons enfin que sur ce chapitre précis, les cinq avocats ont démontré que « les 20 personnes qui se sont plaintes à la justice pour offense » n’étaient qu’une histoire inventée dès lors qu’aucun procès-verbal n’a été dressé à cet effet. Le représentant du ministère public, toujours égal à lui-même n’a pas essayé de contredire la défense. A la fin des plaidoiries, le juge a déclaré que le verdict concernant cette affaire sera rendu le 5 octobre prochain.

En ce qui est de la gigantesque manifestation organisée par le MAK en guise de soutien aux nommés Hocine Hocini et Salem Fellak, notons qu’elle s’est déroulée impeccablement tant l’ordre et la discipline des militants ont été au rendez-vous. Il est vrai cependant qu’une tentative de perturbation de la manifestation a été opérée par un agent de police de souche arabophone mais grâce aux responsables du MAK, présents en force sur le terrain, les manifestants n’ont pas répondu à la provocation pourtant de taille.

En effet, un militant, nourri par le sentiment d’éviter un éventuel accident, a suggéré au policier de tenter de stopper la circulation automobile ou tout simplement lui faire faire un détour pour rejoindre la ville le temps que se termine le rassemblement. Le policier, pour toute réponse, a repoussé violemment de sa main le jeune militant. Celui-ci a failli tomber à la renverse tant le geste du policier était violent. Mais fidèle à leur éducation politique, les responsables du MAK sur place ont intervenu pour éviter un quelconque dérapage. Il reste à savoir cependant à savoir si le geste du policier arabe n’est que le fruit d’une impulsion raciste ou programmé à l’échelle supérieure. Car les autres policiers, pour la plus part kabyles, ont fait preuve d’un comportement exemplaire. En effet, ils se acquittés de leur mission avec professionnalisme.

En dernier, nous soulignons que ce sont les forces militantes et patriotiques qui, les premières, ont dévoilé cette affaire des deux Kabyles interpellés par des policiers fanatiques pour non observation du jeûne. Ce sont également ces mêmes forces qui ont soutenu aussi bien les deux victimes que leurs familles. Idem aussi concernant la médiatisation de cette affaire dès son commencement.

Aujourd’hui donc, le MAK et son Gouvernement Provisoire peuvent inscrire à leur propre tableau cette merveilleuse victoire. La victoire est le mot juste car non seulement cette affaire a atteint des dimensions considérables mais aussi, la relaxe à coup sûr attend les deux innocents et honnêtes travailleurs.

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