Procès des non-jeûneurs : le dérapage dangereux du HCI

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Les non-jeûneurs que la Justice a traînés devant les tribunaux sont coupables selon le Haut Conseil islamique (HCI) de « comportements immoraux »! C’est avec ces termes durs que le HCI a épinglé les citoyens qui risquent en ce moment la prison pour ne pas avoir observé le Jeûne pendant le ramadhan.

C’est une stigmatisation claire et nette. Le HCI qui est un organe conseiller en matières relatives à l’Islam vient d’outrepasser ses prérogatives pour poser sa patte dans un débat national houleux. Mais au lieu d’appeler à la sagesse et au bon sens, le HCI s’est carrément laissé emporter par la vindicte populaire à laquelle a donné naissance l’inquisition policière pendant le mois de Ramadan.

Dans ce sens, le communiqué rendu public par le HCI dimanche soir n’a pas manqué de choquer plus d’un en Algérie.

« Le Conseil dénonce les violations par certains individus, du caractère sacré du mois de ramadhan dans certains endroits du pays et les comportements immoraux affichés par ces derniers dans les lieux publics », relève-t-on dans le communiqué de cet organe qui est censé, selon les missions qu’on lui a assignées, de protéger l’Islam contre les manipulations politiciennes.

Une mission à laquelle le HCI vient de faillir en se lançant à l’aveuglette dans un réquisitoire contre des citoyens qui ne veulent que jouir de leur Liberté de Conscience. Le HCI ignore-t-il ainsi que la Constitution algérienne consacre dans son article 35 « La liberté de conscience et la liberté d’opinion »! Celles-ci « sont inviolables » selon les termes de la Constitution de notre pays.

Une Constitution que le HCI fait semblant d’ignorer. Si ce n’est pas le cas, il l’interprète visiblement à sa guise puisqu’il accuse publiquement de nombreux citoyens « de violations du caractère sacré du mois de Ramadan »! Mais de quelle violation parle-t-on?

Toutes les personnes arrêtées par la Police durant ce mois sacré ont été « débusquées » de leurs demeures, à savoir un espace privé que nulle législation aussi religieuse soit-elle ne peut réglementer!

Que ce soit à Ain El Hammam ou à Béjaia, les « non-jeûneurs » n’ont fait que consommer des repas dans leurs propres maisons! Les deux ouvriers d’Ain El Hammam ont été appréhendés par la police dans leur chantier, un espace privé clôturé qui plus est, et les jeunes de Béjaia se sont retrouvés au commissariat après une opération policière effectuée dans leurs commerces fermés, une propriété privée aussi, et aux rideaux baissés.

Ces citoyens n’ont donc nullement été coupables « de comportements immoraux affichés dans les lieux publics », comme le prétend le HCI.

Le HCI voudrait-il dès lors interdire à ces Algériens, libres et protégés par la loi de leur pays, de vivre comme bon leur semble dans leurs propres maisons? Si c’est vraiment le cas, le HCI vient alors de commettre là un dangereux dérapage. En ces temps sombres, l’Algérie n’a nullement besoin d’une dose supplémentaire de fanatisme.

Par Abderrahmane Semmar

El Watan

04.10.2010