Procès des quatre chrétiens d’At Atteli : Un an de prison requis par le procureur

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KABYLIE (Tamurt) – Notons d’emblée que cette affaire est divisée en deux volets dès lors que l’un des mis en cause, en l’occurrence le nommé Mahmoud Yahou, est poursuivi également pour délit d’hébergement d’un étranger. Sur ce point précis, après des explications données par leurs avocats, il ressort que le nommé Mahmoud Yahou a effectivement envoyé un certificat d’hébergement à un pasteur français qu’il a dûment signé et légalisé au niveau de l’APC (mairie) de Larbaâ Nath Irathen. Et le pasteur en question a été effectivement hébergé par la personne s’étant engagée à cet effet.

Cependant, la suspicion a commencé à peser sur Mahmoud Yahou au moment où son invité étranger a commencé à prêcher au niveau de la ville de Larbâa Nath Irathen. Maître Mokrane Mimoun, l’un des quatre avocats de la défense, a balayé d’une « chiquenaude » l’accusation pesant sur son mandant « puisque, plaide-t-il, les autorités compétentes, dont la police, étaient au courant du certificat d’hébergement signé par mon mandant »; « Autrement dit, ajoute-t-il le document délivré comportant le sceau de l’institution de la république n’était pas un faux et d’autant plus que mon mandant n’a pas failli aux engagements auxquels il a souscrit ».

Concernant l’autre volet ayant trait au procès, à savoir ouverture d’un lieu de culte sans autorisation, la partie n’a pas été de tout repos pour les avocats des mis en cause. Tous les quatre ont axé leur stratégie sur le fait qu’il n’existe aucune autorité, aucun organisme réellement présent sur le terrain pour donner l’autorisation d’ouverture d’un lieu de culte. Aussi, Maître Hannoun, le second avocat des accusés, a posé avec tant d’éloquence la question suivante : « faut-il que les fidèles attendent l’autorisation d’un organisme qui n’existe que dans les textes pour pratiquer son culte et communiquer avec Dieu? ». Brandissant et développant une batterie de lois constitutionnelles et administratives où certaines se complètent et d’autres ne sont pas suffisamment explicites ou tout simplement prêtent à équivoque, la défense est arrivée à la conclusion selon laquelle la meilleure solution est la tolérance. Maître Hannoun est allé jusqu’à citer des exemples où des chrétiens ont prêté leurs églises aux musulmans pour faire leurs tarawihs (prières chantées durant le ramadan après la rupture du jeûne).

En ce qui le concerne, le représentant du ministère public a souligné le caractère illégal du geste ayant consisté à créer un lieu de culte sans autorisation. Pour cela, il a requis une amende de 20.000 DA à l’encontre de chaque accusé, et ce, conformément à l’article 3 de l’ordonnance n° 06-03. C’est donc après les plaidoiries des uns et des autres que le juge, très serein, a déclaré que le verdict sera rendu le 12 du mois prochain. À noter également un détail de taille : les débats ont été menés en arabe, en français et, surtout, en kabyle.

Par ailleurs, il y a lieu de relever que la famille militante et patriotique du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie n’a pas failli à ses engagements moraux. En effet, en dépit d’une pluie glaciale tombant des fois par rafales tant que même le vent ait été de la partie, une délégation du MAK a marqué sa présence devant le tribunal de Larbaâ Nath Irathen.