Propriétaires terriens et travailleurs de l’APC en colère – La ville de Tizi-Ouzou a vécu aujourd’hui au rythme de deux grandes manifestations

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La première, laquelle s’est traduite par un sit-in devant le siège de la wilaya, a été initiée par des propriétaires terriens spoliés de leurs droits depuis presque trente ans.

En effet, ces manifestants ont acheté des terrains dans le cadre social au niveau du lieudit Anar Amellal, situé au sud de la ville de Tizi Wuzzu (Tizi-Ouzou) entre les années 1982 et 1986. Selon leurs témoignages, après avoir payé le prix du terrain, ils sont entrés en possession de l’acte de propriété. Certains ont même obtenu le permis de construire. Ces terrains en question sont répartis en deux zones, à savoir la zone A et la zone B. Et malgré ces documents officiels prouvant qu’ils sont les propriétaires des terrains en question, ces citoyens sont privés de la jouissance de leurs biens. Une histoire bien inénarrable. Et comment ! Les propriétaires initiaux des terrains, avons-nous appris auprès de nos interlocuteurs, ont fait l’objet d’une expropriation légale par l’Etat et conformément à la réglementation en vigueur ils ont été indemnisés selon la fourchette retenue. Cependant, en dépit de cela, les nouveaux propriétaires, tous de simples salariés, donc des cas sociaux, n’ont pas pu entrer en jouissance de leurs biens. Avec le temps qui passe et le prix du foncier ne cesse d’augmenter, les propriétaires initiaux ont saisi la justice pour exiger d’être régularisés en fonction du prix du mètre carré pratiqué couramment à ce moment. Nos interlocuteurs nous ont affirmé que la justice a débouté les plaignants. Malgré cela, la jouissance pleine et entière des terrains ne profite toujours pas aux nouveaux propriétaires. Le comble, c’est que tous les ans, ils payent l’impôt foncier.

En effet, selon l’administration fiscale, c’est la personne qui détient l’acte officiel de propriété qui est tenue de payer l’impôt. Bien sûr, la personnalité qui a vendu les terrains en question à ces malheureux citoyens n’est autre que l’APC de Tizi Wuzzu (Tizi-Ouzou). Autrement dit, une personnalité morale.

Plusieurs démarches ont été initiées auprès des différents maires qui se sont succédés à la tête de la commune, mais aucun d’eux n’a jugé bon de prendre le taureau par les cormes et régler définitivement le problème. Le facteur temporel quant à lui suit son implacable logique. C’est ainsi que jusqu’au jour d’aujourd’hui, le problème n’est toujours pas réglé. Bien au contraire, il s’est aggravé. Comme nous l’avons souligné précédemment, le temps suit son cours naturel. Ce qui fait que certains propriétaires sont décédés. Et comme, le droit de jouissance n’est toujours pas reconnu, leurs héritiers légaux sont condamnés à une autre régularisation. Autrement dit, un autre parcours du combattant les attend. Pire encore! Certains terrains ont changés de propriétaires. Qui les a vendu ? Mystère. En somme, certains terrains ont un double propriétaire. Quelle en sera l’issue ? La seule réponse que nous pouvons donner pour l’heure est que les juristes auront du pain sur la planche. Par ailleurs, les manifestants nous ont affirmé que certains de leurs semblables qui sont des personnages « puissants», ont réussi à construire sur les terrains même en l’absence officielle de la jouissance de leurs terrains. Malheureusement, une telle audace n’est pas à la portée de tout le monde. Aujourd’hui donc, ces malheureux propriétaires sont venus exprimer, encore une fois, leur colère à l’administration de wilaya. Ils ont même dégagé une délégation dans l’espoir qu’elle rencontrera le wali afin de le prier d’user de son autorité pour qu’une solution définitive soit apportée à ce problème qui a exagérément duré. Presque trente ans, c’en est vraiment trop.

Concernant la seconde manifestation, il s’agit des travailleurs de l’APC de Tizi-Ouzou qui ont observé une grève aujourd’hui à l’instar de toutes les APC du territoire national. Cependant, les travailleurs de la commune de Tizi Wuzzu (Tizi-Ouzou) ont décidé la reprise d’une grève illimitée. Les motifs de ce mouvement de protestation extrême sont multiples. Les pauvres travailleurs sont sans salaire depuis pas moins de 5 mois. Et puis, ce sont des salaires de misère. Les éboueurs par exemple ne touchent pas plus de 12 000 DA par mois. Et Dieu seul sait que le travail est pénible. Les travailleurs administratifs ne sont guère mieux payés. Et eux aussi triment du matin jusqu’au soir comme à la triste époque des esclaves. A cela s’ajoutent les brimades et le mépris que leur infligent certains de leurs responsables comme le président de l’APC, M. Naguib Kolli, l’homme placé d’un coup de forcing par la mafia à la tête de la commune.

Dans le hall de l’APC, M. Ramdane Bouadi, secrétaire général de la section syndicale affiliée au SNAPAP a animé un mémorable meeting devant l’ensemble des travailleurs qui l’ont écouté religieusement. Le responsable syndicaliste, un universitaire connu pour sa combativité pour les droits des travailleurs a invité les travailleurs à ne pas se laisser impressionner par les intimidations proférées à leur encontre par certains chefs de services, directeurs et le P/APC. M. Ramdane Bouadi n’a pas fait dans la langue de bois. « C’est celui qui est malhonnête qui doit avoir peur, mais pas celui qui ne fait que demander ses droits légitimes et inaliénables », dit-il aux nombreux travailleurs qui l’entouraient et parmi lesquels nous nous trouvions pour notre travail journalistique. Les travailleurs ont même été invités à refuser d’obtempérer aux policiers pouvant venir les arrêter, s’ils ne sont pas pourvus d’un mandat dûment signé par le procureur. Après avoir énuméré les raisons justifiant le mouvement de grève, M. Ramdane Bouadi a lancé un appel à l’ensemble des travailleurs de la commune de Tizi-Ouzou pour participer à la marche de protestation prévue pour demain à neuf heures. Cette marche aura comme point de départ le siège de l’APC et le comme point d’arrivée le portail principal de la wilaya.