Prudence, camarade kabyle, prudence

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Djaffar Benmesbah, Tamurt
Djaffar Benmesbah, Tamurt
Djaffar Benmesbah

Le déclin ne s’impose pas aux peuples qui se veulent libres, il est naturel aux empires, aux colonialismes, aux dictatures, à l’oppression et à toutes formes d’hégémonies. Le régime mafieux d’Alger ne fera pas l’exception qui confirmera cette règle. Sa chute est imminente.

Garde toi alors, camarade, de mêler dans le combat les attitudes jusqu’à ne plus les distinguer les unes des autres ; un révolté n’est pas un révolutionnaire. Le révolté se dupe lui même quand il acquiert quelques connaissances jusqu’à regorger les sons de l’arrogance ; il a tout compris dans la profondeur des choses et plus vite que les autres. Il ignore où s’arrête la critique constructive, où commence l’insulte. Il confond désormais la franchise et l’insolence. Lui seul a des principes, les autres -quand bien même l’ont devancé au combat- sont opportunistes, vendus aux services français, espions d’Israël où financés par le Makhzen marocain ! Voilà ce qui fausse les cartes dans le terrain des luttes, de toutes les luttes. Alors prudence, camarade kabyle, prudence. Surtout reste vigilant, un cauchemar guette ta Kabylie et s’il prend le dessus, la mémoire de l’ancêtre qui tire vaille que vaille le chariot élévateur de tes revendications, subira, par l’inattention féconde et le zèle stérile, le même sort que le cheval maltraité de Nietzsche.

Vois tu, camarade, ton humble serviteur est drapé depuis 35 ans dans le diptyque qui forme l’armature théorique de la pensée berbéro-marxiste, mais il n’écoute pas Jean Ferrat, Ferré ou Victor Jara avant de se ressourcer dans la voix de Ferhat, Ideflawen ou Slimane Azem tout bonnement parce qu’il se veut d’abord et avant tout kabyle. Hélas, ce même diptyque -à l’instar de la littérature pseudo-démocratique- est pris comme critérium d’évidences pour diaboliser le vœu du kabyle à vivre libre. Le kabyle vit à coté de l’ennemi, cet ennemi à l’estomac toujours dans les talons. Est-ce une fatalité qui nous échoit quand l’ambition de plaire à cet ennemi fausse nos pensées, notre arbitrage et notre lucidité à force de vouloir mériter ses éloges ? Est-ce la fatalité qui nous échoit quand à chaque fois qu’un kabyle tente de rehausser notre emblème ne serait-ce que par un écrit, nous lui opposons une tornade de rumeurs et les débris outrageants de nos fureurs, par jalousie, par instinct ou par une sordide équation qui fait de nous des traîtres sans le savoir ? Non, camarade, un kabyle attaché à sa patrie est loin du réconfort proposé par des maîtres en flagornerie et leurs efforts simulés dans l’opposition.

La substantifique moelle : ne cède pas ta liberté, ton honneur et ton labeur à la plus cruelle des indignités « hypocrite kabyle, mon semblable, mon frère ».

Djaffar Benmesbah