Quand la diplomatie américaine oriente l’opinion pour soutenir les dictatures

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CONTRIBUTION (Tamurt) – La méthode consiste à rassurer les gouvernants en leur disant de tenir bon, tout en injectant un message subliminal dans l’opinion, traduisant l’idée que ces régimes en place sont invincibles, ainsi que tente de le faire croire une certaine opinion française qui a espéré, jusqu’à la dernière minute, le maintien en place du tyran Ben Ali, qu’elle s’est résolue pourtant à renier aussitôt sa fuite consommée.

De l’autre côté de l’atlantique, les propos du porte-parole de la diplomatie américaine, Philip Crowley, illustrent parfaitement cette technique de mise en condition de l’opinion et de communication codée entre gouvernants conduisant avec mépris « le bétail » humain que sont les peuples du sud :
« Je doute qu’il y ait forcément un effet boule de neige », dit M. Crowley, alors que l’effet boule de neige s’est transformé en avalanche ou encore : « Il y a sans doute de larges tendances dans la région, depuis le Golfe jusqu’à l’Afrique du Nord, et les dirigeants doivent trouver le moyen de créer plus de possibilités économiques et politiques pour des populations qui, dans l’ensemble, sont très jeunes. Mais je doute que chaque pays suive le même chemin. »

Le 1er niveau de lecture de la partie du texte en gras se lit comme une invitation à une meilleure répartition des richesses, afin de maintenir la stabilité de la région et l’inextricable enchevêtrement des intérêts en place. Le 2e niveau, plus sournois, suggère le maintien du régime puisque c’est lui qui est invité à opérer le changement en question, dès lors qu’il n’est nullement suggéré de transformation systémique, condition pourtant sine qua non de l’instauration de la démocratie, tant souhaitée par les populations brimées depuis la décolonisation.

L’attitude attentiste des États-Unis, sinon complice, comme de la France vis-à-vis de la révolution tunisienne montre à quel point les États occidentaux se moquent du sort des pays d’Afrique du Nord ou d’ailleurs et que seuls leurs intérêts immédiats les intéressent.

Les États-Unis et la France connaissent très bien l’ampleur de la fraude électorale en Tunisie ou ailleurs dans le monde dit arabe. Le dernier câble de Wikileaks montre un ambassadeur américain étroitement au fait de l’énorme Fraude qui a reconduit Bouteflika au pouvoir, tout en servant un discours conciliant à un régime qui, pourtant, mérite juste qu’on tire la chasse dessus pour sentir enfin le jasmin de la liberté…

Comme quoi, en diplomatie, c’est chaque jour à la fois, sinon chaque minute et rien d’autre ne compte pour un diplomate que l’intérêt immédiat de son gouvernement ou de son compte en banque. De nombreuses personnalités françaises en savent quelque chose pour avoir couché avec le diable. Le dernier en date est Frédéric Mitterrand qui s’est bien empiffré aux frais des Tunisiens, sans compter la flopée de conseillers de ceci et de cela, les Messieurs pourcentage et dessous de table qui se sont arrogé des actes de propriétés sur l’Algérie, la Tunisie et le Maroc avec la complicité de leurs taupes du groupe d’Oujda ou d’autres mercenaires néocoloniaux.

Pourtant, que n’eut-il pas mieux valu, s’attirer les faveurs des populations que celles sonnantes et trébuchantes, mais ô combien sales des tyrans ?
Cette attitude américaine et française est donc « normale », observée du point de vue de la diplomatie, laquelle s’accommode, en général, peu ou prou de la morale.

En effet, les États n’ont pas d’amis, mais seulement des intérêts à défendre, par les armes, s’il le faut. Dans ce monde obscur ou tous les coups sont permis, il est plus rentable pour les États-Unis, comme pour la France ou quelque puissance que ce soit de traiter avec un régime algérien corrompu qu’avec un gouvernement légitime dont la gestion financière serait transparente.

Considéré ainsi, il appartient aux populations nord-africaines de démontrer leur attachement à la liberté et la démocratie telles que vécues depuis les siècles les plus reculés dans les villages kabyles, par exemple, en mettant plus de pression sur les régimes totalitaires qui les maintiennent en esclavage, jusqu’à la libération. C’est possible, nos aînés l’ont fait, les Tunisiens viennent de le prouver encore. Il reste à nos compatriotes algériens arabophones de faire l’effort didactique nécessaire pour comprendre la revendication kabyle afin de transformer leur défiance en solidarité si nécessaire pour mettre fin ensemble à l’ennemi commun qui est le régime algérien.

Les Algériens doivent savoir que seul un gouvernement démocratiquement élu en Algérie pourra travailler avec eux au respect strict et inconditionnel de leurs spécificités régionales dans un cadre à même de renflouer leur dignité d’êtres humains pour en finir une fois pour toutes avec l’allégeance aux « divinités » d’El Mouradia et des tagarins et au tout religieux, habilement instrumentalisé pour tuer dans l’œuf tout processus démocratique.

Une fois de plus, l’autonomie de la Kabylie, ne signifie nullement division du pays. Les Kabyles, combien même nombreux à se réclamer de l’autonomie régionale ne renonceront jamais à l’Algérie. Ceux qui espéraient le contraire seront amèrement déçus, parce que non seulement les Kabyles ont droit à leur autonomie, mais en plus, à ce qui leur revient de l’Algérie. Les raccourcis racistes des arabophones algériens à l’endroit des Kabyles ne doivent plus être de mise pour justifier cette incroyable soumission à des gouvernants pourtant ouvertement dénués de scrupules et méprisants, au-delà de toute mesure.

L’autonomie participe donc de la refonte systémique du pays. Elle est destinée à mieux intégrer les Kabyles et leurs compatriotes algériens dans le respect de leurs différences culturelles, sociales et politiques, d’abord dans les limites naturelles de leurs régions respectives, ensuite dans l’ensemble algérien.

Celui-ci doit prendre conscience que les différences sont des richesses plutôt que des sources de danger à éliminer dans le sang. Un pays civilisé, comme la Suisse a su depuis longtemps intégrer ses différences culturelles, religieuses et linguistiques de manière harmonieuse en respectant d’abord l’être humain, comme tel.

Aucun projet de sortie de crise ne pourra, ni ne devra donc faire l’impasse sur l’aspiration légitime à l’autonomie de 10 millions de Kabyles. L’opposition qui est en train de se mettre en place en Algérie doit absolument méditer cela avant de vouer à l’échec son initiative.

Quant au club des puissances, combien serait-il plus intelligent s’il décidait plutôt de s’aligner sur l’intérêt des populations pour garantir ses intérêts à long terme en Afrique du Nord.