Québec: Coup de filet sans précédent contre la corruption dans le BTP

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Le coup de filet mené jeudi par la police québécoise contre un cartel accusé de manipuler les appels d’offres dans le BTP au nord de Montréal a mis au jour une organisation liant dirigeants politiques, fonctionnaires et un riche entrepreneur proche de la mafia. Quelque 120 policiers ont interpellé avant l’aube 37 personnes à leur domicile dans ce que les observateurs décrivent déjà comme l’opération la plus importante lancée contre la corruption dans la province francophone canadienne depuis, au minimum, la création d’une unité dédiée, l’UPAC, en 2011.

Hommes politiques, ingénieurs, hauts fonctionnaires, notaires, entrepreneurs: les personnes arrêtées font partie d’une «organisation criminelle» qui dirigeait «un système de collusion et de corruption organisé», a déclaré lors d’une conférence de presse Robert Lafrenière, inspecteur en chef de l’Unité permanente anticorruption. Près de 500.000 dollars en liquide ont par ailleurs été saisis lors des arrestations.

Pour faire avancer leur enquête, digne des séries télévisées sur la mafia, les policiers ont mené plus de 30.000 écoutes téléphoniques, effectué 70 perquisitions et entendu 150 témoins. Plusieurs chefs d’accusation «extrêmement sérieux», selon M. Lafrenière, ont été déposés contre les suspects, dont fraude envers le gouvernement, abus de confiance, corruption dans les affaires municipales et gangstérisme. Ce dernier chef, réservé habituellement aux groupes criminels comme les Hells Angels, rend difficile la remise en liberté des accusés.

L’entrepreneur millionnaire Tony Accurso est connu, entre autres, pour son luxueux yacht où ont défilé nombre de hauts responsables québécois

Les deux plus grosses prises des enquêteurs sont sans conteste Gilles Vaillancourt et Antonio, dit «Tony», Accurso. Agé de 72 ans, connu pour son franc-parler, Vaillancourt a dirigé la mairie de Laval pendant 23 ans jusqu’à sa démission en novembre dernier, accompagnant l’explosion démographique et urbaine de cette banlieue du nord de Montréal, devenue aujourd’hui la troisième ville du Québec.

Lors de son retrait précipité de la vie politique, il avait fermement nié toute malversation, déplorant des «allégations» qui, «sans être prouvées, altèrent de façon irrémédiable la réputation» des élus. Autre gros bonnet, l’entrepreneur millionnaire Tony Accurso est connu, entre autres, pour son luxueux yacht où ont défilé nombre de hauts responsables québécois.

Cheveux gris et fines lunettes, il a hérité de son père, arrivé d’Italie en 1922, d’une entreprise de BTP qu’il a ensuite érigée en empire. Depuis cinq ans, des médias ont révélé ses contacts étroits avec plusieurs dirigeants politiques et syndicaux, et avec des fonctionnaires, mais aussi le crime organisé, dont la mafia.