Qui est derrière l’arabisation des marches à Bgayet et Tizi Ouzou ?

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Manifestation anti systeme
Manifestation anti systeme

KABYLIE (TAMURT) – « El djeich chaâb khawa khawa », « Yetnehaw gaâ », « Klitou leblad ya serraqin », « kassamnen », « Min djibalina »… On se croirait partout en Algérie sauf à Bgayet ou Tizi Ouzou. Les fameuses marches du vendredi se sont arabisées de manière spectaculaire en ce vendredi 3 mai dans les deux plus grandes villes de Kabylie.

C’est à peine croyable ! Les deux marches qui ont eu lieu à Bgayet et Tizi Ouzou, ce vendredi 3 mai 2019, le onzième depuis le début de ce que la majorité présente comme étant une révolution spontanée du peuple algérien contre la dictature du pouvoir, ont été envahies par une infinité de slogans exprimés en langue arabe. Il en est de même s’agissant des banderoles et autres pancartes brandies par les manifestants. La profusion de slogans en langue arabe a étonné plus d’un et l’une des choses les plus surprenante, c’est quand des dizaines voire des centaines de manifestants à Tizi Ouzou se sont mis à chanter à l’unisson la célèbre chanson « patriotique » « Min djibalina », dans un arabe littéraire et châtié. Sans oublier l’hymne national algérien Kassamen.

Ce n’est donc plus la voix rauque et coléreuse de Matoub Lounès que l’on met en avant dans les marches de Kabylie ni les autres slogans ciselés dans la langue chère à Mouloud Mammeri et Bessaoud Mohand Arab. Ça se passe en 2019 en Kabylie. Nous avons déjà parlé de la possibilité que les manifestants kabyles soient infiltrés mais lors de la publication de cet article, il y a quelques semaines, on était encore loin de la généralisation de manière si surprenante et inattendue des slogans en langue arabe. Même plusieurs manifestants qui ont eu à s’exprimer dans les médias audiovisuels lors de ces marches n’ont pas hésité à le faire en langue arabe pour certains et au meilleur des cas en kabyle mais tout en insistant et en citant une infinité de mots d’ordre en langue arabe. Comme si ces même slogans, se résumant entre deux à quatre mots, ne pouvaient pas être traduits en langue kabyle très facilement. Il est évident que ce phénomène ne peut pas être le fruit du hasard. Il est sans doute planifié et bien préparé. Ce qui nous pousse à tirer la conclusion que le fleuve de cette révolte commence à être détourné. Ceci, si encore les jeux n’étaient pas faits dès le départ.

Heureusement que les citoyens de la Kabylie ne sont pas laissés emballer facilement par les tentatives de mettre le feu aux poudres en Kabylie depuis au moins quelques semaines. Car autrement, en plus de tout le temps et de l’énergie perdus, on se seraient regrettablement retrouvé devant des morts, comme en 2001 et comme en 1963. Pour que certaines « personnalités » assoiffées de pouvoir négocient, dans l’ombre, sur le dos des martyrs quelques privilèges et disparaissent enfin dans la nature.

Tarik Haddouche