Ramadan : sacré – sucré – salé, un triptyque aux relents putrides

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Cela peut choquer, piquer, irriter, ou alors… ne plus étonner. De plus en plus, des Kabyles n’observent plus le ramadan. Les uns l’assument, d’autres moins. D’aucuns le cachent, d’autres n’en font même plus l’effort. Pas au point de mordre dans son sandwich ou brûler sa cigarette en public, discrétion oblige. Respect pour les concitoyens jeûneurs ou peur d’enfreindre la loi. Le discours religieux se décline sur tous les tons et se répand sans retenue. Les plateaux télés, déjà acquis au prosélytisme, s’ouvrent davantage pour accueillir des imams à foison où le discours religieux crève les tympans. Les journaux, notamment arabophones, confectionnent des pages spéciales Ramadan. Les uns iront suivre les valeureux volontaires du Croissant-Rouge.

D’autres scruteront les nouveaux pauvres aux restaurants « Rahma ». Il y aura bien sûr les jérémiades, sur la précarité galopante ceux qui déploreront la politique de solidarité. « Ponctuelle et inadaptée », disent-ils. Et si elle n’existait pas ? Que n’entendrions-nous pas alors sur une scandaleuse absence de l’État et une population abandonnée à son triste sort. Ils sont nombreux, très nombreux, mais pas partout visibles. Ils n’y croient pas, manquent de foi. Ils ne croient pas en Dieu. « Je ne jeûne pas parce que je suis athée. C’est une question de croyance. Ce n’est pas pour faire comme tout le monde que je vais jeûner », affirme sans ambages un jeune étudiant. Depuis plusieurs années qu’elle n’observe plus le jeûne pendant le ramadan,

Le mois de Ramadhan rime souvent avec hypocrisie et facéties burlesques. Il s’offre comme une halte aux égarés qui voudront s’amender, mais que dalle ! Ces fieffés menteurs exhibent leur costume d’Arlequin pour assister aux prières de ˮTarawihˮ, une veillée où se mêlent escobarderie et sournoiserie. Un mois qui a l’étrange particularité de satisfaire tout le monde. Tiens, par exemple les journaux où à côté des conseils pour sauver son âme ? Des écrits qui rappellent la grandeur de l’Islam se glisseront des indiscrétions sur de pimpantes starlettes. Qu’importe si leurs tenues affriolantes jurent avec la sobriété. Il y a aussi ces commerçants qui sauront accommoder les préceptes louant la fraternité, la compassion pour son prochain à l’appât du gain. « Ce qui est vrai en l’homme, ce sont ses contradictions », dit-on.

Cette vérité est visible comme un croissant de lune par une nuit opaque. Des femmes et des hommes respecteront son esprit. Ils vont relire le Coran, méditer ses enseignements, se tourner un peu plus vers leurs semblables. Ici, ils apporteront une aide, ailleurs ils prendront part à une action charitable. Il y aura aussi ceux qui ne changeront rien à leurs habitudes. Et puis ceux qui tentent d’agréer Dieu et de mettre en rogne ses créatures. Ne cherchez pas, ils seront partout. À la moindre contrariété, ils vont bouillonner comme une marmite de chorba et dilapider en quelques secondes et mots l’inestimable capital que procure le Ramadhan. Ne cherchez pas à percer le secret de ces hommes coléreux et renfrognés.

La faim, la chaleur ont sûrement leur part. Et si l’explication était simple et se traduirait dans beaucoup de comportements tout au long de l’année ? C’est la même « logique » de ceux dont l’attachement à la religion n’empêche pas de s’adonner à des plaisirs à la limite de l’illicite. Ils ont des dettes envers Dieu dont ils ont le secret pour soudoyer ses services. Le triptyque – sacré – sucré – salé – s’accompagne de relents putrides où les mots se conjuguent avec des maux et où le vrai se noie pour laisser place au faux.

Bachir Djaider