Récit d’une interpellation à un barrage militaire en Kabylie

12

CONTRIBUTION (Tamurt) – Suite à l’appel de la coordination MAK d’aqvu, Bougie (Béjaia) à une marche contre la terreur et l’insécurité en Kabylie, qui a eu lieu le 26 de ce mois, une délégation du mouvement composée de membre de la direction, du conseil régional de Tizi et du conseil universitaire de l’UMMTO s’est rendue à la manifestions à bord d’un fourgon de transport.

A la fin de la marche, le chauffeur s’est rendu compte qu’il a perdu ses clés. Lorsqu’il est allé déposer sa déclaration de perte au commissariat, il a été reconnu par les policiers qui l’ont appelé chauffeur du MAK. Ils lui ont appris que ces clés auraient été volés par un infiltré, mais sans plus de détails.
Le chauffeur a contacté son frère pour lui ramener le double des clés pour qu’il puisse ramener ses passagers.

Chose faite, nous avons démarré d’aqvu aux environs de 17h. Nous sommes passés par Saharadj et la commune Iboudrarène pour pouvoir déposer notre ami Karim Rahmane à Wasif.

En arrivant aux environs de19h au barrage mixte (forces combinées) armée-gendarmerie près d’At Yanni à l’endroit communément appelé le trancher . Le gendarme nous a aussitôt demandé de nous arrêter. Il nous a demandé les papiers et nous a dit de descendre du fourgon. Il nous a conduit vers une guérite où il s’est mis à remplir des fiches de renseignements pendant que les autres fouillaient le fourgon. Ensuite c’était à notre tour d’être fouillés et ils nous ont confisqué tous nos portables et nos papiers. ils ont trouvé un drapeau chez Karim Rahmane. Ils lui ont demandé: ça c’est le drapeau du MAK ? Sa réponse: c’est le drapeau amazigh.

Le gendarme insistait: non c’est le drapeau du MAK !
Il a demandé au chauffeur pourquoi on a emprunté ce chemin à une heure aussi tardive.

le chauffeur lui a expliqué qu’il avait perdu les clés et qu’il peut appeler le commissariat d’Aqvu pour vérifier. Chose qu’il n’a pas faite tout en persistant dans sa question intimidante. Le fait qu’il ne voulait pas vérifier, nous renseigne que notre fourgon leur a été signalé. c’est la raison pour laquelle, il n’a pas cherché à contacter le commissariat d’Aqvu.
En fouillant ma sacoche, il a trouvé ma carte d’adhésion et un petit agenda. il me dit: c’est quoi ça? un camarade a répondu: c’est une carte d’une association.

Le gendarme n’a rien compris puisqu’elle est écrite en kabyle.
Il a appelé ses supérieurs pour leur dire: on vient de trouver des drapeaux du MAK, des banderoles et une carte de visite écrite en kabyle avec des lettre française.

Il est allé dans leur bureau juste en face et y est resté près de 30mn.

En revenant, il nous a demandé de regagner le fourgon. Entre temps, ses collègues ont trouvé la bible appartenant au chauffeur. Et là, ils nous disent: Vous êtes tous des chrétiens, alors. Le chauffeur a assumé sa chrétienneté. Nous leur avons répondu: à l’image de toute la Kabylie, voire toute l’Algérie, il y a parmi nous des chrétiens, des musulmans, des croyant et des athées. Nous n’avons pas à nous justifier étant donné que la liberté de culte est garantie par la constitution.

Leur réponse: la religion dominante est l’islam. Donc interdit de faire du prosélytisme. C’est la loi !
Nous leur avons répondu: il n’y a aucun prosélytisme dans le fait d’avoir une bible ou un livre coranique. quand à la loi algérienne, elle est injuste.
Il nous répond: c’est votre avis.

Tout en assumant notre appartenance au Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie et notre participation à la marche d’Aqvu, un autre débat sous forme d’interrogatoire s’est enclenché.

Ils voulaient nous faire passer pour des activiste autonomistes-évangélistes afin d’établir un lien entre le MAK et l’occident chrétien.

En s’apercevant qu »ils ne réussiront pas, ils ont abandonné cette piste pour parler politique.

Ils nous ont demandé de leur lire ce qui est mentionné dans les banderoles écrites en kabyle. Ils ont trouvé des slogans hostile au régime; un militaire nous dit: donc vous êtes contre le pouvoir? notre réponse ne s’est pas faite attendre: qui ne l’est pas en Kabylie?
– donc vous voulez divisez le pays? notre réponse a été bien détaillée et leur argument est tombé devant l’exemple du conflit saharo-marocain où le régime algérien refuse la proposition du roi du maroc quant à un statut de large autonomie au profit du peuple sahraoui.

Politiquement, ils n’ont rien à nous reprocher. Ils voulaient nous accuser de l’usage de la violence dans notre combat.

Encore une fois, notre réponse a été claire, nette et précise: notre combat est pacifique. nous le menons au vu et au su du monde entier. Nous défendons notre idéal dans la fraternité et la dignité. notre soucis c’est de ramener la paix, la prospérité pour la Kabylie à travers un statut d’autonomie conformément au principes de la plate-forme de la Soummam. Ce que nous défendons est salutaire et pour la Kabylie et pour l’Algérie.

Un appel provenant de leur supérieur, leur a ordonné de confisquer la carte « de visite » ( ma carte d’adhérent), les drapeaux et les banderoles.
Ils nous ont demandé de regagner nos places pour partir après nous avoir rendu nos papiers. Là, je m’aperçois qu’ils ne m’ont pas rendu l’agenda.
Je leur ai demandé de me le restituer. Le gendarme me répond:
je te l’ai rendu. Cherche bien dans tes papier et dans le fourgon, tu le trouveras. Chose faite mais en vain.
Là, j’ai compris qu’ils veulent juste nous garder un peu plus longtemps. Je leur ai dit: c’est bon, l’agenda n »est pas important, on peut aller.
Ils ont refusé: non, tu dois d’abord retrouver ton agenda ! Cherche-le bien !
Ils ont reçu un appel : ne les laissez pas partir avant que j’arrive.
Et là, il nous ont demandé d’attendre encore, le temps de vérifier les fichiers.
Le gendarme s’approche d’une fenêtre du fourgon, il jette en cachette mon agenda à l’intérieur et demanda à un des camarades de vérifier si l’agenda n’était pas sous le siège.
Mon camarade a enfin trouvé l’agenda qui a disparu pendant plus d’une demie heure. Le gendarme exalte hypocritement: vous voyez , je vous ai dit qu’il est quelque part dans le fourgon. Il est clair, qu’ils me l’ont rendu après avoir recopié son contenu.

Nous leur avons dit: maintenant, on peut partir? Il répond: vous êtes pressés?
Oui, nous le sommes , il est 21h, on habite tous loin.
Un militaire: ne vous inquiétez pas. c’est un contrôle de routine. vous allez partir d’ici quelques minutes. Le chef brigadier est arrivé et a demandé au chauffeur de le suivre.

Après plus d’une demie heure d ‘interrogatoire: est ce que tu les connais ? Est ce que tu as participé à leur marche ? Combien ils te payent … ?
Il lui ont fait signer un PV et en même temps un militaire remplissait de nouveau des fiches de renseignement.

Le chef brigadier a justifié au chauffeur cette interpellation au barrage par le fait qu » »un fourgon volé de la même marque leur a été signalé ».

Nous avons été relâché aux environs de 22H après presque trois heures de galère. Nous sommes coupables de notre kabylité et notre combat pour une Kabylie libre et autonome.

– Témoignage de Bouaziz Ait Chebib confié à la rédaction de tamurt.info