Régime algérien : Vers une mise au ban internationale

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CONTRIBUTION (Tamurt) – En réaction à l’explosion d’une bombe au passage de leur convoi, les soudards de l’unité des “forces spé-ciales” d’accompagnement qu’on dit entraînés, aguerris et aptes à intervenir en milieu urbain, n’ont pas cherché à riposter à leurs assaillants qu’ils savaient d’ailleurs à des lieues de là. Ils ont réagi en application du principe de responsabilité collective hérité de l’armée coloniale.
Des témoins oculaires affirment que leur comportement a même dépassé les pires exactions commises durant la Guerre.

Il est évident que ces militaires, qui muent instantanément en assassins et détrousseurs, n’ont agi de la sorte que par la certitude de l’impunité.
Après un raid militaire contre des civils, on envoie les “autorités militaires et civiles” proposer une indemnisation financière et matérielle, on promet que justice sera rendue, que les coupables seront châtiés et innovation démagogique à nulle part ailleurs, on inscrit les victimes dans le registre de ”victimes de la tragédie nationale”.

Ainsi, M. DIAL Mustapha achevé, le sexagénaire aux cheveux blancs arrosé de mitraille, les maisons défoncées et saccagées, les bijoux et biens dérobés, les personnels et patients de l’hôpital séquestrés et humiliés ne sont dus qu’à la fatalité.

Et malgré l’évidence, la presse algérienne convient à parler de bavure pour qualifier ce raid injustifiable. D’outre mer, un leader kabyle qui refuse de l’être, établi en Europe depuis des décades verse lui aussi dans la banalisation. À une question relative à l’insécurité entretenue en Kabylie, il répond dans une expiration qu’on sent exaspérée que “le climat sécuritaire est globalement malsain dans l’ensemble du pays avec quelques particularités locales ici et là”. Netta izra !

En sus de meurtres et de coups de main sanglants, la phagocytose de la Kabylie continue et touche tous les secteurs. Même la famélique niche d’emplois que constitue l’UMMTO [[l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou]] est pernicieusement asséchée par des recrutements d’enseignants ramenés d’autres universités, au détriment des postulants locaux qui sont systématiquement disqualifiés.

Les pouvoirs d’Algérie depuis 1962 ont tous travaillé à l’effacement de la Kabylie en tant que nation et peuple. Et le système qui se reproduit toujours dans la même logique ne peut se satisfaire de l’existence de l’entité kabyle.
Comme il va naturellement de soi, de l’autre côté, le peuple kabyle qui prend de plus en plus conscience de cette volonté affichée de son anéantissement est décidé à s’affranchir de toute tutelle et de vivre libre sur sa terre.

Il n’y aura que le combat du peuple kabyle, de tout le peuple kabyle, fort en raison et en droit d’user de tous les moyens à sa portée, qui saura lui faire recouvrer sa liberté et sa dignité.

Cette cause sacrée est assumée publiquement depuis 10 ans par le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), suite au massacre de 128 citoyens lors du Printemps noir, auxquels s’ajoutent de nombreuses autres victimes de “bavures récurrentes” de l’armée algérienne dans les barrages routiers dont la dernière en date est M. DIAL Mustapha, ce paisible journalier polyvalent, achevé de sang froid sur la RN 12 en plein jour.

En 2011, l’Algérie de “ El izza ouelkarama (Prospérité et dignité) ”, le slogan de campagne de Bouteflika, est blâmée comme un pays qui ne respecte aucun droit humain et qui tolère même l’esclavagisme.

Le rapport du Département d’État américain (MAE) sur le sujet dénonce clairement l’Algérie comme un pays à surveiller.

Elle est accusée de bafouer la loi dite Trafficking Victims Protection Act (TVPA), autrement dit la loi sur la protection des victimes de trafic d’êtres humains.
La presse algérienne qui a repris le rapport en question cite des exemples concrets perpétrés dans le pays comme la servitude involontaire, l’esclavage, la servitude pour dette et travail forcé. Et évidemment, la prostitution forcée de femmes et même d’hommes figure en bonne place dans cette déshumanisation assumée par le gouvernement. Les victimes sont des Africains, en transit pour un monde meilleur ou en quête de subsistance en Algérie.

En réponse, le gouvernement projette d’abord de se concerter en “comité interministériel” pour brouiller les pistes et finalement se taire. Et pour cause ! On n’a pas trouvé le membre du gouvernement pour répondre aux accusations. Parce que depuis longtemps déjà, la voix officielle de l’Algérie est sujette à caution pour finir par n’avoir aucune crédibilité.
Mais on aurait tort de croire que l’Algérie officielle est xénophobe et qu’elle traite tous les étrangers de la même façon. Pour exemple, l’information sur la délégation de l’Arabie saoudite à « Tlemcen capitale de la culture islamique » dont 14 de ses membres ont contracté une intoxication alimentaire et hospitalisés, a créé une panique générale au point que le ministère de la Culture s’est cru obligé de démentir publiquement la cause de l’intoxication en expliquant par des alambics que lesdits Saoudiens ont seulement été incommodés par le changement de régime alimentaire (sic). Mais il est vrai aussi que les Saoudiens ne sont pas des étrangers, ce sont des frères et même un peu plus ; les conseillers attitrés du pouvoir depuis 1999.

À la faveur des insurrections citoyennes d’Afrique du Nord, on apprend que tandis que les dictateurs abreuvent les peuples de culture arabo-islamiste, ils veillent à former leur progéniture dans les meilleures universités de l’Occident. Les événements en cours ont dévoilé les cachotteries du clan Khadafi. L’avenir proche nous apportera certainement d’autres révélations sur les autres dictateurs qui sévissent encore. Une chose est sûre cependant, les citoyens de ces pays ont bien saisi cette autre façon de perpétuer la domination du clan en aveuglant le peuple et les élites sans poids de sous-culture.

La vie continue et à chacun son dada ! Pendant que la Kabylie brûle, que les entrepreneurs se font kidnapper, que l’armée algérienne y perpètre des expéditions punitives, il se trouve des élus de Kabylie qui choisissent de s’en aller à Amman, en Jordanie pour prendre part à un colloque pour débattre “ sur les questions politiques et sociales d’actualité liées au libéralisme, la justice sociale et les libertés religieuses dans le monde arabe” (sic). Je ne vous le fait pas dire, c’est bien sûr dans le royaume de Jordanie que peuvent se traiter en toute sérénité ces questions.

Le 9 juillet 2011, la communauté internationale a salué la naissance du Sud Soudan, son 193é état.
Les USA, l’Europe, la Russie, la Chine et la majorité des pays du monde en capacité de le faire ont proposé leur aide à la construction du nouvel état, dont les élites et les terroirs ont été dévastés par le voisin du nord.
Pour se distinguer, l’Algérie, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires Étrangères se dit “ disposée à apporter son aide au Soudan du Nord et au Soudan du Sud”.

Il n’échappe à personne que cette offre hypocrite et concomitante révèle en réalité toute l’amertume d’un régime qui a soutenu à tour de bras et depuis toujours le dictateur Omar El Bachir dans sa guerre d’extermination des populations du Sud.

Cette posture qui déteint avec l’enthousiasme du monde entier, y compris la Libye, conforte toutes les accusations qui s’accumulent pour justifier une mise au ban internationale du pays.

Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux et partout ceux qui pensent que le monde serait meilleur sans le régime algérien actuel. Ce qui ne saurait tarder au grand bénéfice des peuples d’Algérie.

Kabylie, le 10 juillet 2011

Azru

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