Rendez-vous l’année prochaine, en Kabylie !

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Il paraît que les affaires de non-jeûneurs sont agitées sous notre nez juste pour nous détourner des vrais problèmes qui minent la société algérienne et ne sont mises au jour que pour nous faire perdre un temps précieux que nous aurions pu consacrer à des dossiers plus sérieux. Ce sont des gens avec des nez pas comme le vôtre et le mien, des nez vachement sensibles et hyper creux, qui le disent. Eh bien, voyez-vous, ce matin, j’ai envie de perdre mon temps. J’ai même une furieuse envie furieuse de me laisser détourner des «vrais» problèmes. Je vais donc revenir sur cette condamnation à de la prison ferme de deux Algériens ayant mangé durant un mois de l’année, un mois correspondant sur le calendrier musulman au Ramadan. A la lumière – si j’ose dire – de cette sentence, j’ai fait une découverte capitale. Il y a plusieurs justices en Algérie. Jusque-là, gros bêta que j’étais, outrancièrement crédule, limite débile, je croyais que la même loi était appliquée à travers tout le pays. Je pensais que les magistrats algériens avaient pour mission sacrée de dire la loi et de la faire appliquer de la même manière, d’Alger à Tamanrasset, de Maghnia à El-Tarf. Et là, effondré, je découvre que non ! A Oum-El- Bouaghi, la justice n’est pas la même qu’à Larbaâ-Nath- Irathen, ville de Kabylie où les juges, dans le même type d’affaire, ont tout simplement prononcé ce verdict «il n’existe pas dans la loi algérienne d’article de loi interdisant à un Algérien de manger lorsqu’il a faim». Mais alors, si la loi n’est pas appliquée de la même manière à Oum-El-Bouaghi et à Larbaâ-Nath-Irathen, que doit-on en conclure ? Logiquement, qu’il existe deux justices distinctes dans un même pays. Quooooooi ? Deux justices dans un même patelin ? Comment est-ce possible ? Pourtant, les deux juges qui ont prononcé des verdicts contradictoires pour une même affaire l’ont fait au nom d’un seul et même pays, l’Algérie, non ? Je ne vois alors qu’une seule explication à cette anomalie. Sans nous avertir, en catimini, les autorités auraient cédé sur la question de l’autonomie, de la régionalisation et de la fédération. En une nuit, peut-être deux, puisque le procès avait été reporté, le pays aurait basculé dans le fédéralisme. Les juges de Kabylie n’étant plus tenus de rendre la justice comme ceux d’Oum-El- Bouaghi. Bonté divine ! Mais c’est énoooooorme comme découverte ! Et maintenant que la découverte, cette découverte a été faite, comment devons-nous réagir, qu’allons-nous faire ? Ben… nous donner rendez-vous Ramadan prochain. En Kabylie. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

Hakim Laâlam

Le Soir d’Algérie

23.10.2010