Reportage : Virée dans la vallée du M’zab : Ghardaïa, entre haine racisme et manipulations

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Haines et racisme

Le mûr d’enceinte du cimetière Ammi Saïd, situé à un jet de pierre du commissariat de police, garde les trace de l’attaque des jeunes chaâmbis contre les mozabites. Ce mausolée est un symbole identitaire que les arabes chaâmbis voulaient détruire pour attenter justement aux valeurs et la spécificité de leurs voisins, les Mozabites sédentaires.

Sur place, des ossements écrasés et des tombes éventrées. Pourquoi cette haine ? Seul un regard rétrospectif sur ce conflit qui n’a pas encore livrés tous ses maux peut informer sur les raisons de cette haine.

C’était en 1975 que les hostilités commencent entre les deux communautés, une d’origine amazighe et l’autre d’origine arabe aidée et soutenue pour s’installer dans un territoire qui n’est pas vraiment le sien. Sous le règne d’un Boumediene revigoré par l’envie de briser sous l’autel d’une nation imaginaire, toute spécificité régionale. Il tente alors de saborder l’organisation sociale mozabite sous prétexte d’affranchir les populations arabes de la domination Mozabite. Il y construit des cités entières sur les terres mozabites qu’il offre aux familles arabes qui tenaient des bidonvilles dans la région. La majorités des nouveaux occupants étaient de simples travailleurs chez les riches familles et commerçants mozabites. C’était les prémices d’un conflit qui mine encore la région et risque de perdurer tant que le pouvoir central algérien use de manipulations, de mensonges et surtout de partie pris dans un imbroglio alimenté de toute sorte de haine et de manipulation.

En 1985, les hostilités reprennent de nouveau et les forces de répression algérienne ont choisi leur camp, celui des arabes contre les Mozabites. En 2008, à Berriane, pour un différend entre des chérubins, le conflit reprend du poil de la bête et des affrontements éclatent. Les forces de répression algérienne tente d’écraser la riposte mozabite en prenant, encore une fois partie pour les arabes. Des affrontements sporadiques animent la vie régionale, jusqu’à novembre 2013, où le deux communautés s’affrontent de nouveau, mais aucune institution de l’Algérie n’est là pour mettre fin aux tueries. Plusieurs blessés et des arrestations ont été enregistrés notamment du coté mozabite.

Mais comme les temps changent et la technologie avec, des images authentiques et des vidéos vérifiées, montrent des éléments de la police prendre partie pour les arabes. Répression et arrestation ont émaillé ces soulèvements, mais le black-out sur cette répression n’est plus de mise. Des militants mozabites ont dénoncés et dénoncent toujours la répression sanglante qui s’abat sur leurs concitoyens et qui épargne, comme par miracle, l’autre partie du conflit.

La victime face aux bourreaux

A la rue Zgag Lihoud, Ibn Rostom, à proximité du siège de la wilaya ou à Amiar, et tout comme au marché de la ville de Ghardaïa, les commerces sont fermés. Pour une ville qui ne vit que de ses recettes commerciales, une grève signifie une mise à sac des potentialités budgétaires de la communauté mozabite. En face, des commerces tenus par des Arabes n’ont connu aucune journée de grève. Et pour cause : les échoppes incendiées appartiennent aux Mozabites. C’est un signe que l’attaque contre les cimetières ibadites et les commerces constituent une revanche à prendre sur un peuple qui fait bien des jaloux dans un pays construit sur le déni et le mensonge.

Le parti pris et la haine d’Etat se sont manifestés, aussi et d’une manière quasi-organisée par les arrestations opérées au sein même des jeunes mozabites qui ont défendu leur foyers face à la déferlante de haine identique aux attaques vandales. Plusieurs jeunes se retrouvent ainsi accusés d’atteinte à l’ordre public, destruction de biens d’autrui, …

Cette mobilisations des institutions des l’Etat contre un peuple qui a toujours vécu dans le stricte respect des lois et obéissant uniquement à son organisation séculaire a pris racine, d’abord, dans l’aspect anti-amazigh imprimé à l’Etat algérien depuis sa naissance, officielle en 1962, avec la célèbre déclaration du tristement célèbre, Ahmed Ben Bella, « nous sommes des Arabes, des Arabes, des arabes ». Cette formule consacrait le caractère négateur de l’Etat ultra centralisé algérien, héritage de la colonisation, ou carrément sa suite logique.
Dans les rues, les signes de méfiance se lisent sur les visages. Les enfants mozabites ont peur, les autres sont sûrs du soutien d’un Etat déliquescent qui joue ses dernières cartes pour survivre aux vents du changement.

Lorsque l’Etat institutionnalise le racisme

Le racisme, voici une notion qui n’est guère étrangère aux tenants du pouvoir algériens. Cette notion a retrouvé toute sa splendeur depuis que Bouteflika, personnage anti-national par excellence, repris les règnes depuis 15 ans.
Ministres issus de son douar, directeurs et autres responsables originaires de sa région. En prime, un racisme officiel et une haine institutionnalisée grâce au concours des suppôts locaux.

A Ghardaïa, la règle est la même. On recrute parmi la clientèle locale et on en fabrique une représentativité. Sellal, simple figurant d’une série tragi-comique, où la lâcheté le dispute à l’indignité a tenté de rééditer l’exploit de ses prédécesseurs en matière de fabrication de représentativité. Comme ce fut pour l’arach Taiwan de Kabylie avec Ali Benflis, Sellal mijote une sauce de mauvais goût, où d’apparence Ibadites et malékites se disputent les clés du conflit autour d’un dîner à Alger. Des siècles qui ont gorgé la personnalité des peuples les séparent des lieux des affrontements où la police tient le haut de peloton du non-respect des valeurs qui sont sensées être celles d’une République, bananière soit-elle. Or, Sellal qui gère un dossier aussi pollué qu’empoisonné sera vite rappelé à l’ordre avec les innombrables dénonciations dont fut l’objet les « notables » de Ghardaïa.

Sur place, on les accuse de vouloir marchander la paix locale contre des postes de sénateurs. « On les connaît tous », s’empresse de dire un homme d’une cinquantaine issu des chaâmbis. Pour lui, « ils sont allés à Alger quémander des postes de responsabilités ». « Le pays est géré ainsi. On nous donne l’impression que les Algériens parlent entre eux, alors qu’au fond, des différends minent leur vie », résume un autre. Du coté des mozabites, le même constat est dressé. Même si l’organisation veut que rien ne supplante la communauté, des voix s’élèvent pour dénoncer « les Sellaliates ». « Ils ne représentent qu’eux-mêmes », lance à notre adresse un quinquagénaire, avant d’ajouter que « contrairement aux autres (à comprendre les arabes), nous, nous sommes une société organisée et personne ne peut passer outre les recommandations de nos sages ».

Répression sauvage

Ce n’est pas la première fois que les services de répression algériens agissent de la sorte avec un mouvement de contestation. Lors des événements de 1985, des jeunes mozabites ont été torturés, passés à tabac et emprisonnés. En 2008, la police épargne leurs assauts aux Arabes Chaâmbis et réprime les mozabites. Lors des derniers événements de la ville de Ghardaïa, le même procédé est employé. Torture, sodomie et humiliation ont été le lot des jeunes mozabites qui n’ont fait que défendre leurs commerces et leurs foyers. « Ils ont chargé les jeunes arabes de nous attaquer, et lors de notre riposte, c’est la police qui les a défendu », raconte Baba A, avant que Salah T, n’ajoute que « le but est de nous faire provoquer pour justifier la répression ». Ces jeunes ont montré des vidéos où la police s’attaquaient aux Mozabites et défendait les autres.

Kameleddine Fekhar, le sauveur

La rencontre improvisée et montée de toute pièce avec Sellal a vite fait de rattraper son initiateur. Dénonciations et démarcation ont eu comme réplique sur le terrain les décisions de Sellal. Pour Dr. Fekhar, le refus des Mozabites de s’inscrire dans cette logique des tenants du pouvoir est le signe qu’ils « se révoltent contre la hogra et le racisme du pouvoir Algériens ». Dans une déclaration, il estime que les mozabites ont rejetés l’intégralité des propositions du premier ministre Sellal et aussi ce qu’on appelle commission de sages qui s’est présumée porte-parole officiel des mozabites.

« Au lieu de s’occuper des vrais problèmes qui est la participation scandaleuse de la police dans l’agression des maisons et magasins des mozabites et la profanation de tombes et des mausolées des cimetières Chikh Baba-salah et Chikh Ammi-said en présence de la police, la commission du premier ministre Sellal a proposé un ensemble de solutions que les mozabites trouvent ridicule ». Ces propositions se caractérisent par « la création d’un organe commun de notable, organisation non reconnue, et la distribution de lots de terrains, des terres qui sont dans la réalité des biens de la communauté mozabite ». Dr. Fekhar précise que les propositions ne font même pas allusion à punir ni les criminels ni les policiers impliqués dans ces évènements.

« Les mozabites qui ont une prise de conscience accrue des droits politiques et civiques ont décidés qu’‘il n’est pas question de céder ni de renoncé à leurs citoyenneté ni à leurs dignité », souligne-t-il, avant d’ajouter qu’ils ont répondu à Sellal et à sa commission par la continuation de la grève des commerçants qui dure depuis 15 jours et par la grève des cartables en empêchant leurs enfants d’aller aux écoles publiques et privées.

Selon lui, « les jeunes mozabites ont demandés que le pouvoir algérien leur présente officiellement des excuses pour les crimes commis par la police, poursuivre et punir les criminels quel que soit leur poste, la libération des détenus mozabites qui défendaient leurs maisons et arrêtés devant leurs domiciles ». Chez les Mozabites, Dr. Fekahr est victime d’intox. Pour eux, « on jette des pierre sur les pommiers et non sur un cactus ». Ils accusent le pouvoir d’être derrière cette campagne de dénigrement qui vise ce jeune militant et aussi des relais parmi certains partis politiques.

L’absence des partis politiques

Hormis le FFS qui a su garder des bribes de son organisation politique à Ghardaïa, les autres partis sont carrément inexistants. Or, les partis du pouvoir, à savoir le FLN et le RND, n’ont d’existence qu’à travers les quelques opportunistes qui s’empressent à mettre leur photos sur les affiches électorales, sinon comment expliquer que des partis dits représentés parmi la population n’ont aucun poids réel sur le cours des événements ?

Au FFS, son fédéral, M. Hamou Mesbah est conscient que les choses « vont très mal ». Pour y garder son autonomie vis-à-vis du parti, il exclu tout intervention directe de ses responsables dans ses prises de positions. « Je vis ici et je connais le problème mieux que quiconque », a-t-il dit à des journalistes. Interrogé sur la revendication de sécurité formulée par ses pairs, il a souligné que même si dans le fond, elle contredit le principe de liberté individuelle et collective, mais il n’en demeure pas moins que le but « est de mettre l’Etat devant ses responsabilité en assurant la sécurité des personnes et des biens ».
Au sein de la cellule de coordination de suivi, d’autres membres y figurent. Parmi eux, des représentants des l’Union générale des commerçants et artisans algérien (UGCA), des droits de l’homme… La présence de cet impressionnant dispositif ajoute du désarroi, puisque, comme disait Hamou Mesbah « ils sont inefficaces ». Rien que pour la journée du gel de la grève, plus d’une dizaine de jeunes mozabites ont été agressés par les chaâmbis dans les différents quartiers de la ville, dans les écoles et même devant les forces dites de sécurité

Khoubzi trahit

Au lendemain de l’indépendance, le pays s’est retrouvé sans aucune ressource. Des caisses vides, le pouvoir militaire algérien a fait appel aux Mozabites. C’est dans cette perspective que le premier ministre du Commerce algérien fut un mozabite. Khoubzi en l’occurrence s’est engagé à honorer toutes les factures d’importations de l’Algérie. Le jour où le pays a retrouvé ses sources de financement, Boumediene se sépare du sauveur Khoubzi et tente, au contraire, de saborder dette société qui était, rappelons-le, d’un grand apport financier pour la Révolution de novembre.

Un regard sur l’histoire

Selon un vieux commerçant de la ville, les deux communautés ont vécu dans l’harmonie. Chacun dans son espace, ils se partageaient les rôles. « Ils travaillent pour nous durant des années et nous avions jamais eu de problèmes », racontent-ils, avant d’accuser le pouvoir de vouloir utiliser cette frange de la société « étrangère » à la région malgré leur installation des lustres, pour « casser la société mozabite », qui a su, précise-t-il « s’en passer des institutions de l’Etat ». « Cela reste une non-reconnaissance de cet Etat voyou », dira pour sa part un jeune étudiant en médecine. Ce dernier, sûr de ses dires, il dira que « le vrai problème se situe entre deux peuples, arabe et mozabite ». Chacun à ses propres fondements socio-historiques et socio-économiques, il se dit se reconnaître d’abord dans l’organisation de sa société avant autre chose. « C’est la mienne qui me préserve », soutient-il. « On ne peut pas vivre ensemble. Que les étranger quitte cette terre », a-t-il lancé. Voici donc le mot est dit. Deux peuples qui ne se supportent pas et qu’un Etat défaillant veut créer des noces entre eux. « Impossible ! », assène le jeune étudiant.

Quelle solution pour un tel problème

Dans toute dictature, le régime recrute selon à partir d’un référent tantôt religieux, tantôt régionaliste et dans la plupart des temps, sur la base d’appartenance à une secte formée par les barrons de l’économie de bazar. En Algérie, c’est sur la base du sentiment anti-amazigh que le pouvoir mobilise ses troupes parmi les peuples. Comme en Kabylie ou aux Aurès, au M’zab, le pouvoir emploie la haine du berbère pour briser une société organisée. Loin de toute référence démocratique, il réprime, ensuite il manipule. On ne peut éternellement associer le destin de chaque peuple algérien à celui d’un autre si les spécificités et les desseins se divergent. Il est temps de donner à chaque peuple le pouvoir de s’autogérer, car, la leçon de Ghardaïa, après celle de Bordj Badji Mokhtar sont en réalité des bombes à retardement qui risquent de disloquer le pays. Aux décideurs d’y penser !

D. M, AAI