Sa veuve Nadia à Jeune Afrique : « Rien n’a été fait pour faire découvrir la vérité sur l’assassinat de Matoub »

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Nadia Matoub
Nadia Matoub

KABYLIE (Tamurt) – « Rien n’a été fait pour faire découvrir la vérité sur l’assassinat de Matoub », a affirmé Nadia Matoub dans une interview qui vient de paraitre dans le magazine « Jeune Afrique ». Nadia Matoub, à une question inhérente à l’enquête, a répondu : « Après la fin du procès en 2011 et la condamnation d’Abdelhakim Chenoui, un repenti du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), et de Malik Medjnoun, un saisonnier, à 12 ans de réclusion pour complicité d’assassinat, rien n’a été fait pour découvrir la vérité ». Par ailleurs, concernant sa récente plainte contre l’ancien émir des groupes islamiques armés en Kabylie, Hacène Hattab, Nadia Matoub a révélé : «  Ma plainte contre Hassan Hattab, un des émirs du GIA de l’époque, déposée en juin 2016, n’a pas abouti. Je n’ai reçu aucune justification satisfaisante de la justice ».

Nadia Matoub rappelle en outre que quelques jours après la mort de Lounès, Hattab avait revendiqué dans un communiqué remis au bureau de l’AFP à Londres son assassinat : « Or, cet homme n’a jamais été poursuivi, ni même auditionné, car il a été gracié dans le cadre de la politique de réconciliation nationale. Je ne cherchais pas à travers ma plainte à accuser le GIA, je cherchais, et cherche encore, uniquement la vérité et je n’exclus aucune piste. Pour moi, cette revendication est un élément juridique recevable qui méritait la réouverture du dossier ». Nadia Matoub pense-telle porter cette affaire devant les tribunaux internationaux ?

La veuve du plus grand chanteur kabyle de tous les temps a souligné, dans le même entretien : « J’ai bien sûr pensé à porter cette affaire sur le plan international, après le refus de mon dépôt de plainte en 2016. Patrick Baudouin, avocat pénaliste et président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), m’a clairement indiqué qu’il était inutile de persister dans ce sens. Selon lui, pour saisir les instances internationales, il faut que l’affaire concerne un crime collectif, et encore… En Algérie, je dois donc attendre l’apparition d’un nouvel élément juridique pour pouvoir tenter de rouvrir le dossier ».

A une dernière question posé par le journaliste de « Jeune Afrique » sur ce qui reste aujourd’hui du combat de Matoub Lounès, Nadia Matoub a expliqué que le rebelle est toujours là à travers son œuvre, par ses chansons et ses poèmes : Il est encore un exemple pour beaucoup, sa vie est un exemple d’héroïsme pour des milliers de jeunes car de son vivant, il a toujours su rester fidèle à ses idées. « J’avais vingt ans de moins que lui lorsque je l’ai rencontré et je peux vous dire que je ne serai pas la même sans les chansons de Lounès. En Afrique du Nord, au-delà d’être le symbole de la revendication amazigh, il est la voix qui libère et qui inspire », conclut la femme de celui que tous les kabyles aiment même vingt ans après sa mort.

Tahar Khellaf