Saadi et Tabou, des voies suicidaires

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ALGÉRIE (Tamurt) – C’est ainsi qu’un régime dictatorial s’est réinstallé en 1962 en remplacement de celui qui venait de partir. Aujourd’hui, on s’aperçoit que la seule différence après l’indépendance est que l’oppression est administrée par des algériens sur d’autres algériens.

Ait Ahmed qui fut à l’indépendance l’initiateur de la réconciliation entre le groupe d’Oujda et le groupe de Tizi-Ouzou avec son fameux slogan “sebεa snin barakat”, (sept ans ça suffit) a été vite rejeté par le clan d’Oujda qu’il venait de rallier.

Il rejoint alors le Front de forces socialistes en 1963 et mena la Kabylie dans une révolte contre la dictature qu’il venait de consolider. Cette insurrection fut réprimée dans le sang et la Kabylie paya un lourd tribut.

La suite fut une longue période d’enfermement jusqu’à ce que la Kabylie sous l’égide du Mouvement Culturel Berbère explose en 1980. Cette région encaissa ainsi sa deuxième expédition punitive et résista jusqu’à la création de la première ligue algérienne des droits de l’homme en 1985.

S’ensuit octobre 88 dont les évènements avaient permis aux algériens opprimés de créer une multitude de partis politiques.
Si les premières élections libres ont révélé un ras de marée islamiste à travers toute l’Algérie, elles ont par contre marqué la différence kabyle où aucune commune ou aucun siège de député n’y a été remporté par les islamistes. Elles ont démontré surtout l’attachement des Kabyle à la démocratie et son rejet à la fois de l’intégrisme religieux et de la dictature militaire.

Le MCB qui était le fer de lance de la revendication berbère s’est transformé en parti politique. La création du RCD a plongé la Kabylie dans une lutte fratricide. Le FFS et le RCD se concurrencent encore pour le leadership en Kabylie. De nombreux militants amazighs ont vite compris que ces deux partis “algérianistes” n’arriveront jamais à abolir l’apartheid linguistique qui les frappe, malgré quelques acquis dus à la réconciliation momentanée des deux tendances du MCB, qui a aboutit à l’introduction de tamazight dans les écoles suite à la “grève du cartable” qui avait durée une année.

Ni l’assassinat de Matoub Lounes ni les massacres des 128 citoyens lors du soulèvement de la Kabylie en 2001 n’ont incité les deux formations politiques kabyles à arrêter de s’auto-neutraliser et de mettre à leur profit le potentiel démocratique que recèle la Kabylie.

C’est à croire que le complexe de colonisé empêche nos deux formations politiques de s’assumer et de défendre leur élément amazigh.
C’est ainsi que leur politique algérianiste est basée sur la compromission et le renoncement des principes des valeurs et des aspirations légitimes de leurs militants de base, pour montrer leur parfaite intégration dans une Algérie Arabo islamique qui les renie royalement.

Les arabophones réfractaires à ces deux partis pensent à tord ou à raison que si le FFS ou le RCD venaient à prendre le pouvoir, ils leur imposeront Tamazight et la laïcité qui sont diamétralement opposées à leurs valeurs et à leur projet de société.

Cependant notre langue kabyle est maintenue dans le même folklore et le même statut que le colonialisme français lui avait attribué. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous somme encore des indigènes, des sous algériens. Mais est ce qu’un kabyle indigène peut devenir un jour président d’une Algérie Arabo musulmane? La réponse est évidement non. C’est comme si un bachagha de l’époque coloniale se prenait à espérer de devenir président de l’Algérie française !

Ces deux zaim n’ont pas encore compris qu’il faut se libérer de cet “indigénat” pour devenir algériens à part entière comme les autres Algériens.
Aujourd’hui, il nous est permis de dire que si nos parents étaient des indigènes de la France, notre sort n’a guère évolué. Nous sommes restés des indigènes de l’Algérie arabo-musulmane !

Les sacrifices d’ Amirouche, Abane, Mouloud Mameri, Matoub et des 128 jeunes assassinés en 2001 sont restés vains.

Ouyahya qui s’est presque excusé auprès d’une journaliste raciste pour avoir parlé en kabyle, n’est choisi comme chef de gouvernement que par sa qualité de kabyle. Ainsi les décideurs de l’Algérie pour se vanter d’avoir même un kabyle au sommet de l’Etat. En réalité les directives et orientations de ce dernier sont souvent annulées par la présidence ou le DRS. Le seul domaine dans lequel il a réellement le pouvoir est celui relatif à la répression de ses frères kabyles.

C’est avec tristesse que nous arrivons à cet amer constat où on peut dire sans ambigüité que, les Kabyles de service qui sont dans le pouvoir sont moins dangereux pour Tamazight/Taqbaylit que les Kabyles de service qui sont dans l’opposition; Ceux qui sont dans le pouvoir ont la franchise et l’honnêteté de s’afficher en tant que Kabyles de service. Par contre ceux qui sont dans l’opposition nous chantent la chanson de l’antikabylisme du pouvoir la journée mais la nuit tombée, les uns s’allient avec le pouvoir de l’ombre (DRS), les autres avec les islamo-conservateurs comme Ben Bella, Mehri et la nébuleuse islamiste.

Dans les pays développés, les démocrates ne font jamais d’alliance avec les extrémistes ou les militaires, mais ils défendent ensemble les causes et les idées qu’ils partagent entre eux. Il se trouve que Tamazight est un idéal commun aux militants du FFS et du RCD, mais nous n’avons jamais encore vu ou lu une déclaration ou une action commune des deux partis en faveur de cette noble cause pour laquelle beaucoup de kabyles ont sacrifié leurs vies.

Saadi et Tabou n’ont jamais fait le bilan de ces 22 années « d’opposition » où ils n’ont fait que servir de décore et d’alibi à la démocratie de façade du pouvoir mafieux.
Par cette incurie dont ils font encore preuve, ils ont non seulement facilité la dépersonnalisation de la Kabylie mais ils ont renforcé la dictature.

Les Kabyles qui se sont investis corps et âme dans le RCD et le FFS pour défendre la démocratie sont aujourd’hui affaiblis et divisés. Ils sont déçus. Ils ont le sentiment d’être trahis et livrés pieds et mains liés à un pouvoir sanguinaire et raciste.

La Kabylie, affaiblie par ces deux partis, est menacée par l’éventualité de la création et le financement par le pouvoir de groupuscules radicaux kabyles et leur incitation à la violence contre d’autres kabyles qui luttent pour l’émancipation et le droit à l’existence de son peuple.

Il est impossible pour nos deux formations politiques, en l’occurrence le FFS et le RCD, de défendre la démocratie, et son corollaire, la liberté de conscience et de culte si elles n’arrivent même pas à défendre leur droit d’être et de demeurer amazighs/kabyles.

Saadi et Tabou profitent de la bravoure et de la sincérité de quelques Kabyles encore naïfs pour les mettre au service d’une Algérie qui a programmé notre anéantissement. Il n’y a que leurs intérêts étroits de clan, d’appareil, de famille ou la satisfaction de leur égocentrisme qui comptent.

Leur contribution à la soumission de la Kabylie et à son maintien sous le joug de l’islamo-baathisme responsable de la régression féconde en Algérie, est un emploi comme un autre, peut-être envié par d’autre KDS, bien rémunéré en CDI (contrat à durée indéterminé) dans l’entreprise mafieuse dirigée par Bouteflika et le DRS qui lui est maintenant inféodé.

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