Sanglante bataille près du barrage de Taksebt : onze terroristes tués et deux autres faits prisonniers

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KABYLIE (Tamurt) – Selon nos sources, tout a commencé aux environs de 23 heures, moment où un groupe de terroristes, circulant à bord d’un véhicule, a été repéré par les services de sécurité. Et dès lors, ce fut le début d’un déluge de feu. Même l’artillerie et les lourds fusils d’assaut ont été mis en action. Les échanges de tirs se sont poursuivis jusque dans la matinée d’hier.

Nous avons appris que dès les premiers tirs des services de sécurité, le conducteur terroriste a perdu le contrôle de son véhicule et, par conséquent, l’engin motorisé a quitté la chaussée goudronnée et a suivi sa course folle dans les fourrées du bas de la route pour faire enfin un plongeon dans les eaux du barrage. Ce ne fut pas pour autant la fin des événements. Bien au contraire, ce ne fut que le début d’une sanglante bataille. Oui, ça été une bataille puisque l’armement utilisé et l’intensité des combats ont dépassé de loin les dimensions d’un simple accrochage. Les tirs à la roquette et les détonations assourdissantes des lourds fusils d’assaut ont été entendus à plusieurs kilomètres à la ronde.

Même les habitants de la Nouvelle-Ville, notamment ceux habitants le versant est, les ont nettement entendus. Au matin, les corps sans vie des terroristes ont été acheminés vers la morgue du CHU de Tizi-Ouzou. D’ailleurs, les curieux avides de sang, se sont bien rincés l’oeil puisque les autorités ont exposé délibérément les cadavres à cet effet. S’agissant des prisonniers faits, on croit savoir qu’ils ont accepté de se rendre après qu’ils n’aient plus de munitions pour riposter aux tirs de leurs adversaires. Du côté des services de sécurité en revanche, on ignore s’il y a eu des blessés ou même des morts. En tout cas, aucune source n’a fait état de quelques pertes dans leurs rangs. Ce que l’on sait également, les services de sécurité, les éléments de l’ANP notamment, ont toujours veillé à cacher leurs pertes. La discrétion est d’or chez les militaires. Il paraît que cette discrétion est « exigée » par la nécessité d’éviter de casser le moral des troupes et éviter aux citoyens de « jaser » ou de spéculer sur l’état de guerre dont vit l’Algérie, surtout la Kabylie, depuis des années. Il n’en demeure pas moins cependant que les avis compétents s’interrogent sur un fait qui est loin d’être anodin à savoir : pourquoi c’est la Kabylie seulement qui est devenue le théâtre des opérations terroristes et contre-terroristes ?

D’aucuns remarquent que la violence armée a surtout pris de l’ampleur en Kabylie à partir de juin 2001. Beaucoup de « terroristes » ont été tués en Kabylie alors qu’ils étaient pris en filature à partir d’Alger ou même à partir d’autres wilayas plus éloignées. Pourquoi les laisser entrer en territoire kabyle pour les éliminer ? N’est-ce pas que cela cache quelque mystère ? Un homme identifié comme un terroriste et, par conséquent, condamné à être tué, le chargé de la lutte contre le terrorisme peut très bien le tuer au moment où il l’identifie comme tel. Hélas, ce n’est pas le cas. On attend qu’il atteigne le territoire de Kabylie pour lui « brûler » la cervelle. De tels cas se sont renouvelés plusieurs fois pour ne pas soupçonner l’existence d’anguille sous roche.

En effet, les lecteurs qui lisent les articles de presse ayant fait état de ces événements se basent avant tout sur le lieu des événements et non sur l’ensemble des acteurs des événements. Dès lors, dans leur subconscient, les lecteurs, non kabyles notamment, ne peuvent que considérer que la Kabylie est une région non sécurisée. C’est normal de penser ainsi. Ce ne sont pas tous les esprits qui sont forgés aux grandes analyses pour pouvoir situer les vérités et les réalités. D’ailleurs, n’importe quel investisseur du monde se base uniquement sur l’espace géographique où il désire investir. S’il venait à apprendre que telle zone ou telle région ne sont pas sécurisées, il s’abstient tout simplement d’y investir. L’identité réelle des acteurs de la violence ne l’intéresse pas. Or jusqu’à maintenant, il n’y a que le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) qui a dénoncé cet état de fait.

L’autre aspect de la chose ne prêtant pas à l’optimisme est cette volonté manifestée par Alger de poursuivre sa politique de normalité dans l’iniquité. Il est peu probable effectivement que la politique des quotas, mise en avant lors des dernières élections législatives, ait obéi à l’exigence d’un choix jugé raisonnable. Tout laisse à penser que l’objectif visé est de rendre mécontents et frustrés les véritables gagnants des sièges de la Première Chambre, soit donc les candidats de l’Alliance Verte d’abord, les autres ensuite. Plus encore, le maintien d’Ahmed Ouyahia au poste de Premier ministre est également loin de plaire aux militants du FLN.

Tout ceci suggère que le pouvoir algérien œuvre dans le sens de provoquer le plus de mécontents possible en Algérie pour donner le plus de chance possible à
la violence armée de se poursuivre. Le reste est facile à deviner. La circulation et l’utilisation de l’armement constituent une affaire de gros sous. La gestion opaque des ressources pétrolières ainsi que les autres créneaux d’activités économiques nationales ne peut être que légitimée par l’état de guerre.

Saïd Tissegouine