Selon Saïd Sadi : Chérif Kheddam était un chanteur engagé

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Cherif Kheddam

TIZI OUZOU (Tamurt) – Dans son nouveau livre, Saïd Sadi nous présente Chérif Kheddam comme étant un grand chanteur engagé. Une facette de la personnalité du grand compositeur de musique que l’opinion publique ignorait complètement. On a de tout temps qualifié Chérif Kheddam de sommité de la chanson kabyle (et c’est là un fait incontestable, quand bien même son style de musique orientale  peut ne pas être du goût d’une bonne partie des kabyles) mais sans aller jusqu’à évoquer une quelconque dimension de chanteur engagé.

Mais Saïd Sadi, aussi bien dans son livre que dans les interviews qu’il accorde à ce sujet, met particulièrement l’accent sur cet aspect, complètement inconnu, de l’un des plus grands chanteurs kabyles. Saïd Sadi est allé jusqu’à attribuer à Chérif Kheddam un statut tout particulier d’artiste engagé qui aurait été, selon lui, à l’origine de la prise de conscience des jeunes des années soixante et soixante-dix quant à la question identitaire. Saïd Sadi semble être très sûr de ce qu’il avance. Même quand les journalistes qui l’interrogent tentent de lui rappeler des épisodes évidents de l’histoire du combat identitaire et contre le régime politique algérien depuis l’indépendance, Saïd Sadi trouve à chaque à fois à redire. Ainsi, selon Saïd Sadi, ce ne sont pas Slimane Azem, El Hasnaoui, Ferhat, Matoub Lounes qui ont été marginalisés par le pouvoir et la dictature algérienne et qui ont joué un rôle déterminant pour l’éveil des consciences kabyles mais c’est plutôt l’auteur de la célèbre chanson « Ledzayer in challah atsehlou ».

On se demande pourquoi Saïd Sadi s’échine à donner un autre visage à Chérif Kheddam que celui que tout le monde lui connait et reconnait. Certes, Chérif Kheddam est une fierté pour la culture kabyle tant il a donné beaucoup autant sur le plan musical que poétique mais delà à faire un raccourci pour dire qu’il était un chanteur engagé, il y a loin de la coupe aux lèvres. A moins que Chérif Kheddam ait milité dans l’ombre, comme disait Matoub en guise de réplique à une journaliste, proche parente de Boussouf. Quand Saïd Sadi avait décidé de créer le RCD à la fin des années quatre-vingt et quand il faisait la promotion de son parti, ce n’est pas Chérif Kheddam qui était à ses côtés pour braver aussi bien le pouvoir que les intégristes et les terroristes. C’était Ferhat et Matoub. Mais Saïd Sadi n’est pas à sa première contradiction, et ce ne sera sans doute pas la dernière, d’ailleurs. Lui qui s’était trompé de société en 1991, puis dénoncé la dernière fraude du siècle en 1999, soutenu Bouteflika juste après pour s’y opposer quelque temps plus tard, etc.

Tahar Khellaf  

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