Ses programmes frisent le ridicule : A4, une chaîne de télévision qui veut enterrer la culture Kabyle

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KABYLIE (Tamurt) – Rien qu’à voir les programmes médiocres présentés par la chaîne A4 « d’expression amazigh », on se rend compte de la volonté des responsables du secteur de l’information d’humilier la région de Kabylie. Ses émissions et ses feuilletons, tirés par el nez, frisent tout simplement la médiocrité.

Les citoyens Kabyles n’ont pas manqué de dénoncer ces pratiques d’ailleurs. Ils sont indignés. « C’est une ENTV bis. Point barre », commente une jeune étudiante.

En plus, on relève le temps restreint des horaires de diffusion, 8 heures seulement par jour et la plupart des programmes sont réservés à des émissions religieuses qui n’attirent même pas les religieux les plus fidèles. Ils invitent toutes sortes d’imams au de charlatans pour développer des sujets qui n’ont rien à avoir avec le dur quotidien des Kabyles et des Algériens en général. Un jour un imam avait même parlé des droits des morts sur les vivants !sic ! Mais ils n’ont jamais soufflé un mot sur les droits de l’homme (le vivant bien sûr). On se demande pourquoi ces imams ne parlent jamais des phénomènes qui gangrènent l’ensemble des institutions.

L’autre partie la plus importante est consacrée par cette chaîne aux « Indjazat de Bouteflika », les grands projets réalisés par le président Bouteflika. Ils ne cessent de parler de l’autoroute est-ouest, sans jamais glisser un mot sur le coût de sa réalisation, qui constitue l’un des plus grands scandales de ce siècle, surtout que c’est le chouchou de Bouteflika qui est le ministre des travaux publics, Amar Ghoul, issu de la mouvance islamique bien sûr.

De 4 milliards de dollars prévus initialement pour la réalisation de ce projet, ce dernier a consommé plus de 20 milliards de dollars et il n’est pas encore livré. On se contente de zoomer sur cette chaîne de petits centres de soins inaugurés en grande pompe par une armada de ministres.

N’utilisez pas trop les nouveaux termes en Tamazight!

Pour ce qui est de volet culturel, sujets plus sensibles, les émissions sont gérées par des responsables « spéciaux », nous révèle un confrère qui travaille pour cette chaîne et qui a requis l’anonymat. « On nous interdit d’utiliser même certains termes en langue Tamazight. On nous demande d’utiliser des termes en langue arabe ou en français», nous indique notre interlocuteur. Les journalistes sont soumis à des règles très strictes dans la présentation de leurs émissions. D’ailleurs 95,5% sont projetées en différé. «Pour l’invitation d’un simple chanteur ou artiste, il faut l’aval des responsables. On nous répète toujours d’éviter les chanteurs engagés.

Certains journalistes et animateurs honnêtes tentent parfois d’améliorer les choses, mais ils butent toujours sur l’œil vigilant des responsables spéciaux qui ne laissent rien au hasard », ajoute notre source. Même les compétences sont écartées. Les responsables de cette chaîne privilégient la médiocrité et intègrent des personnes incompétentes pour bien les gérer, précise notre interlocuteur. Hormis quelques émissions thématiques et d’histoires qui sont, faut-il le dire, intéressantes, le reste du programme de la chaîne A4, lancée depuis 2 ans, est d’une qualité qui laisse à désirer.

D’ailleurs la plupart des citoyens Kabyles préfèrent voir les chaînes de télévision françaises, y compris les vieux et les veilles. « À par BRTV, je ne regarde pas une autre chaîne, car je ne comprends aucune autre langue étrangère puisque je n’ai jamais mis mes pieds dans une école», nous dira une vieille d’Ath Douala. Effectivement, il n’y a que Berbère Télévision, en dépit des moyennes financiers, matériels et humaines dont elle dispose, qui constitue une bouffée d’oxygène pour les Kabyles.

En ce qui concerne les journaux d’information présentés par A4, ce n’est pas la peine d’en parler.

Comme l’ENTV, on lit aux Algériens les courriers du président et on couvre certaines cérémonies officielles. « On dirait que cette chaîne parle d’un autre pays. On nous relate des informations qui n’intéressent personne, alors que les mouvements de protestations et les actes du terrorisme sont le lot quotidien des populations », nous dira un jeune de Tizi-Ouzou. Notons que le directeur de cette chaîne est poursuivi en justice pour harcèlements sexuels.

Ce responsable, qu’on dit très proche de la ministre de la culture, l’inamovible Khalida Toumi, n’est jamais inquiété. La volonté du pouvoir algérien d’en finir avec la culture Kabyle, vieux projet des autorités coloniales qui date des siècles derniers, n’est plus à démontrer. Des sommes d’argent colossales sont dépensées rien que pour dénigrer le peuple Kabyle.

Nadia Iflis