Session de printemps de l’APW de Tizi-Ouzou : Les constats du wali et du P/APW sont aux antipodes l’un de l’autre.

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – En effet, le rapport du wali sur l’activité de la wilaya durant l’année 2010, lequel a été lu par le directeur du plan et de l’aménagement du territoire (DPAT) a été sans équivoque quant à « l’excellente santé » des secteurs d’activités relatifs au développement économique et social de la région de Tizi-Ouzou. En toute vérité, en prenant pour vrai le constat de l’administration de wilaya, un citoyen aisé occidental « pleurerait de jalousie ». D’ailleurs, ce n’est pas seulement le président de la première institution élue, M. Mahfoud Bellabbas, qui a rejeté d’une simple chiquenaude le rapport « positif » du premier commis de l’Etat de la wilaya de Tizi-Ouzou.

Plus de cinquante citoyens, tous des travailleurs de la commune de Tizi-Ouzou, venus spécialement à l’hémicycle Rabah Aïssat avec l’espoir d’exposer aux responsables concernés leur situation infernale qui dure depuis plus de cinq mois déjà, ont quitté les lieux dès la fin du rapport en question avec déception et terribles regrets. Plusieurs voix ont crié en même temps : « Dans ce cas alors, pourquoi nos problèmes persistent ? Et nos droits à nous ? ». A titre informatif, les travailleurs et salariés de la commune de Tizi-Ouzou, tous secteurs d’activités confondus, n’ont perçu aucun sou depuis plus de cinq mois d’où leur mouvement de grève qui dure depuis un mois environ. Il va sans dire que la complainte des malheureux travailleurs a renforcé de plusieurs degrés la justesse du constat du président d’APW dont voici pleine lecture :

«J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt le bilan présenté par M. le wali. Le constat que j’en fais est des plus contrastés. En effet, je constate que lorsqu’il y a une volonté d’entreprendre, les moyens suivent ; d’autant plus que notre wilaya recèle d’un potentiel humain que d’aucuns nous envient. A l’inverse, le résultat peut être mitigé quand la volonté, la disponibilité et la rigueur font défaut. Des efforts ont été déployés dans le court terme, notamment lorsque les élus et l’administration ont pris conscience des retards que notre wilaya a accumulés en matière du développement local. Un fait qui suscite des interrogations légitimes mérite d’être signalé. La réalisation des PCD (plans communaux de développement), par les élus locaux, atteint des taux qui dépassent toute espérance, en particulier pour les deux dernières années. A contrario, les pourcentages de réalisation, en ce qui concerne les PSD (projets de développement sectoriels) sont en deçà de ce qui est attendu, quand ils ne sont pas simplement insignifiants. A titre d’exemple, pour une enveloppe financière de 64 milliards de DA allouée à notre wilaya durant l’année 2010, un tiers seulement a été dépensé pour le développement. Neuf directions de wilaya n’ont engagé aucun centime durant les quinze derniers mois et nombreuses sont les directions dont les dépenses ont péniblement atteint 5% du budget qui leur est attribué. De toute évidence, les commis de l’Etat de la wilaya n’ont pas rempli leur mission. Pourquoi ? Quelles sont les justifications à cela ? Pour autant, les besoins de la population sont immenses, les élus locaux le savent et dépensent rapidement les sommes dérisoires qui sont mises entre leurs mains. S’agit-il d’un problème de compétence ou de volonté ? Faudrait-il penser que les élus sont plus préoccupés par le développement de leur région que les membres de l’exécutif ? Des questions légitimes…

En tout état de cause, l’analyse des indicateurs financiers et l’insignifiance de la consommation des budgets alloués fait ressortir une situation alarmante. Cette dernière, qui influe négativement sur la concrétisation des ambitions et objectifs escomptés, paralyse également la réalisation des projets engagés. Le présent bilan sonne le déjà vu. Les mêmes contraintes sont relevées, la même rhétorique est reproduite : études en cours, projets en cours de lancement, concours à mettre en place, processus de choix de terrain et d’expropriation complexe, contrainte juridique, appel d’offres infructueux, oppositions des citoyens, dossier de la commission nationale, levée des réserves, etc. Voici M. le wali, Mesdames et Messieurs, à quoi ressemble la situation physique des principaux projets inscrits depuis des années au bénéfice de notre wilaya. Il faut convenir M. le wali que tout cela est conjugué au futur pour ne pas dire au conditionnel. Les principaux projets inscrits depuis des années sont restés lettre morte. Ils n’ont pas connu un début de réalisation. Qu’il s’agisse de l’amélioration du cadre de vie, des infrastructures de bases relevant de l’éducation, l’enseignement supérieur, le transport, la formation professionnelle, la santé, la culture et la jeunesse et des sports, les signaux sont au rouge. La faillite est quasi généralisée, en particulier lorsque l’on sait que – malgré les budgets alloués au secteur de la culture, de la formation professionnelle, de la santé et du transport pour ne citer que ceux-là – aucun centime n’a été déboursé. Ces directions n’ont d’ailleurs aucun projet en début de réalisation. C’est plus qu’un échec, les responsables à la tête de ces secteurs, devraient rendre des comptes pour leur incompétence et/ou pour leur immobilisme. On ne peut décemment justifier cette inertie par la faiblesse de l’outil de réalisation, les contraintes foncières ou les oppositions des citoyens. Rappelons, à ce titre, que l’APW a organisé un séminaire sur la thématique relative à l’outil de réalisation dans notre wilaya. L’ensemble des problèmes avaient été abordés d’une manière sereine et objective. Des résolutions, pour y remédier, avaient été arrêtées. Pour l’essentiel, le problème a été identifié. Il s’agit de faire face à une bureaucratie qui constitue un véritable frein au développement local. La faiblesse de l’outil de réalisation, sans cesse évoquée, par les pouvoirs publics est un prétexte fallacieux qui ne résiste pas à l’épreuve du terrain. Cette contrainte est la conséquence de la bureaucratie qui est le fait d’un contrôleur financier qui bloque d’une manière récurrente les visas des marchés et contrats, et d’un trésorier qui excelle dans les rejets des situations et honoraires dues aux entreprises. Je n’oublie pas, bien sûr, les pressions fiscales exercées sur les opérateurs ainsi que les lenteurs liées à l’approbation et visas des cahiers des charges par la commission des marchés de wilaya. Toutes ces justifications sont, à notre sens, des fuites en avant. Elles ne peuvent être acceptées, d’autant plus qu’elles hypothèquent le développement de toute une région et qu’elles participent, de ce fait, à tuer tout espoir d’une réelle prise en charge des aspirations de la population.

Dans cette perspective, M. le wali, des mesures doivent être prises de toute urgence :
– La première est de faire preuve d’audace en mettant fin aux fonctions des responsables dont le taux de consommation de leur secteur durant les quinze derniers mois est inférieur à 05%. La responsabilité de chacun est entière.
– La seconde mesure est d’établir un contrat de performance en vue de tenter de résorber le retard considérable que connaît notre wilaya.
– La troisième est de préciser les objectifs et de fixer les échéances du lancement des projets ainsi que les délais de leur achèvement. Désormais, le calendrier établi doit être évalué d’une manière régulière.
Le défi du développement est à ce prix. Les tergiversations doivent prendre fin. Nous devons tous lutter contre la bureaucratie et toute forme de léthargie. Que chacun assume ses responsabilités/ je vous remercie de votre attention. ». Notons enfin dès la fin de cette intervention, le groupe FFS a crié « haro » pour n’avoir pas été associé à la réflexion et à la rédaction du document du président de l’APW. Aussi, les élus FFS ont demandé une petite concertation entre eux afin de se prononcer définitivement sur le contenu de ce message dont la portée n’est pas des moindres. Aussitôt quitté la salle, les groupes FLN et RND leur ont emboîté le pas. Chaque groupe a choisi un coin dans le couloir extérieur à la salle des débats pour tenter de décortiquer les tenants et aboutissants de l’intervention de M. Mahfoud Bellabas. Et après étude, chaque groupe (FFS, RND et FLN) a déclaré par le biais de son porte-parole ne pas y adhérer. Cependant, nos lecteurs doivent savoir que le président de l’APW de Tizi-Ouzou n’a engagé que sa propre personne dans la critique du travail de l’administration. D’ailleurs, il a conjugué ses verbes à la première personne de singulier. Toutefois, d’aucuns peuvent remarquer que ses analyses et constats sont appuyés par la réalité du terrain. La deuxième journée des travaux sera consacrée aux débats. Bien des choses seront dites !»