Le soulèvement d’un peuple : Les Rifains noyés dans le sang par le criminel monarque de la dynastie alaouite

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Manifestation au Rif

 

CONTRIBUTION (Tamurt) – Le Rif en amazigh « Arrif» , (« rivage, bord ») est la région septentrionale du Maroc, bordée par la mer Méditerranée au nord, l’Algérie à l’est, les plaines le séparant du Moyen Atlas au sud et l’océan Atlantique à l’ouest. Composé de montagnes et de plaines, le Rif s’étend sur près de 500 km de Tanger jusqu’à Berkane et Kebdana (frontière entre l’Algérie et le Maroc), irriguée par la Moulouya, en passant, d’ouest en est, par Ceuta, Tétouan, Chefchaouen, Targuist, Al Hoceïma, Driouch, Melilla et Nador.

Depuis l’indépendance, en 1958, 30 000 soldats marocains, avec à leur tête le futur Hassan II, alors chef d’état-major des Forces armées, répriment un soulèvement au Rif (près de 3 000 morts). La région se retrouvera, de fait, exclue de la vie politique marocaine durant tout le règne de Hassan II. Un second soulèvement se produisit dans la région en 1984 et causa, selon les différentes sources, des dizaines de morts et des emprisonnements à de lourdes peines. Autrefois, le premier rôle était tenu par Abdelkrim El-Khattabi, originaire du petit village d’Ajdir de la tribu d’Aït Ouriaghel, fut enseignant et journaliste à Mritch, ville où il travaillait avec les Espagnols. Il était instruit selon les rites islamiques traditionnels et enseignait aux Espagnols la langue arabe. Il pensait ainsi faire rapprocher les deux peuples culturellement. Mais découvrant les travaux forcés dans les mines rifaines qui alimentaient l’industrie militaire espagnole, et les travaux forcés dans les champs, Abdelkrim retourne dans son village natal pour soulever les tribus rifaines et entamer la Résistance et la rébellion pour un peuple souverain.

Le Rif rebelle revient sur le devant de la scène, un demi-siècle après les événements odieux qui ont vu l’armée marocaine réprimer dans la violence, pour utiliser un doux euphémisme, le moindre foyer de révolte dans cette population jugée ennemie. Si les acteurs ont changé, le fond de l’affaire reste le même. La pauvreté de la région contraint des dizaines de milliers de Rifains à se rendre massivement chaque année vers des pays européens pour travailler tout d’abord dans les houillères du Nord de la France et dans celles de Belgique, puis aux Pays-Bas et plus récemment en Espagne. Cette émigration permet, en dépit de l’isolement relatif de cette région, une amélioration relative des conditions de vie des populations locales. Une majeure partie de la population rurale est analphabète. Mais la population des grandes villes du Rif fait partie de la classe moyenne, pour certains aisée, pour tous cultivée. De ce fait, le taux d’analphabétisme dans les villes du Rif est un des plus faibles du Maroc.

La mort atroce de Mohcine Fikri, vendeur de poisson, a soudainement réveillé le Rif marocain. Depuis, les habitants de la ville d’Al-Hoceïma manifestent pacifiquement contre, pêle-mêle, l’autoritarisme, la corruption, le chômage de masse, la pauvreté… Et désormais contre la répression : une trentaine de leaders du Hirak («le mouvement») ont été arrêtés ces derniers jours, dont la figure centrale de la contestation, Nasser Zefzafi, 39 ans, après deux jours de cavale. La contestation se poursuit dans le Rif qui s’est engagée dans la rue il y a quelques mois, en gagnant plus d’intensité ces dernières semaines malgré l’arrestation de Nasser Zafzafi, dans sa ville natale d’Al Hoceima. Des sources locales et étrangères de droits humains affirment de l’existence de torture des plus atroces, des sévices jusque dans les parties les plus intimes de leurs corps ! Preuve que le nombre d’arrestation était beaucoup plus élevé que celui présenté par la propagande du Makhzen.

Rabah Arkam Militant de droits humains